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Devoirs faits : une mise en oeuvre qui s’annonce délicate. Interviews de deux chefs d’établissement affiliés au Snpden (ToutEduc)

28 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

"Devoirs faits" : une mise en oeuvre qui s’annonce délicate (interviews)

Jean-Michel Blanquer a annoncé la mise en place de "devoirs faits" à la rentrée des vacances de la Toussaint dans les collèges. ToutEduc a demandé à Lysiane Gervais, actuellement proviseure, mais longtemps principale d’un "gros collège" dans l’académie de Bordeaux et secrétaire nationale "Éducation et Pédagogie" du SNPDEN (le syndicat UNSA des personnels de direction), et à Sylvie Pénicaut, principale d’un collège à Nice, membre de la commission pédagogique du SNPDEN, comment allait se mettre en place ce dispositif.

ToutEduc : Vos collègues vont devoir mettre en place "Devoirs faits" dans quelques jours, y sont-ils prêts ? Quelles remontées avez-vous par le syndicat ? Et dans votre établissement ?
Lysiane Gervais : Selon les informations recueillies auprès de nos collègues, tout dépend des académies. Certaines n’ont rien donné aux établissement et d’autres ont donné des financements mais uniquement jusqu’à la fin de l’année civile, sans garantie sur les montants pour 2018. Comment voulez-vous mettre en place sérieusement ce dispositif dans ces conditions ?

Sylvie Pénicaut : Il faut d’abord dire que nous sommes, au SNPDEN, très favorables à ce dispositif. Dans mon collège, nous l’avons déjà mis en place avec des assistants d’éducation. 10 % des enseignants de l’établissement vont commencer, très doucement. Comme nous, ils ont été échaudés par l’arrêt brutal, il y a deux ans, de l’accompagnement éducatif. J’ai quelques heures supplémentaires en réserve pour aller jusqu’à la fin de l’année, et l’académie nous a promis des heures pour 2018, mais sans préciser combien...

ToutEduc : Pour accompagner les élèves, les établissements disposent de quatre types de ressources, des enseignants qui seront rémunérés en heures supplémentaires, des assistants d’éducation, également rémunérés en heures supplémentaires, ou sur leur temps de service s’ils ne sont pas affectés à des tâches de surveillance, des volontaires du service civique et des associations. Où en êtes vous ?

Lysiane Gervais : En ce qui concerne les enseignants, dans de nombreux établissements, ils ne se portent pas volontaires pour participer au dispositif, même rémunérés. Les assistants d’éducation sont souvent occupés à d’autres tâches et ils ne sont pas formés à l’encadrement du travail scolaire des élèves. Les jeunes en service civique ne sont pas formés non plus et sont difficiles à recruter dans l’Education nationale. Ils sont de plus, en général peu qualifiés. Quant aux associations extérieures qui constituent une autre possibilité, elles réclament forcément un financement [un budget de 4,5 M€ pour les associations est prévu dans le projet de loi de finances 2018, ndlr].

Sylvie Pénicaut : Pour les AED, nous savons lesquels peuvent faire ce travail, mais ce n’est pas une solution satisfaisante. Pour les services civiques, je n’ai pas essayé. Quant aux associations, je suis réticente à les faire entrer dans le collège.

ToutEduc : Et les élèves ?
Lysiane Gervais : Dans les établissements où "Devoirs faits" va se mettre en place, les élèves accueillis le seront sur la base du volontariat. Ce ne seront donc pas nécessairement ceux qui en ont le plus besoin. On pourra sûrement aider quelques élèves qui en ont vraiment besoin dans la journée pendant les heures de permanence puisque le dispositif le permet, à condition que les études ne soient pas surchargées ou que des professeurs soient volontaires à ce moment là.

Sylvie Pénicaut : Au total, je compte que nous aurons quelque 20 % des élèves qui seront inscrits. Au rectorat, on nous a demandé de privilégier les 6èmes et les 3èmes, et on nous a bien dit qu’il fallait qu’ils soient volontaires, mais je vais en inciter certains à être volontaires...

ToutEduc : Le ministère a publié avant la rentrée de septembre un "vademecum" (ici). Qu’en avez-vous pensé ?

Lysiane Gervais : Le Vademecum est très bien fait ... en théorie. Il devrait faire partie intégrante de la formation des enseignants afin d’aider ces derniers à intégrer cette grande question qui est, aussi, une des plus grandes sources d’inégalités entre les élèves. En tout état de cause, une fois encore, si l’idée est bonne, sa mise en oeuvre apparaît précipitée. Elle ne permet aux différentes équipes des établissements de s’en emparer et de réfléchir à une politique d’établissement en la matière. Cela nécessite un travail en conseil pédagogique, conseils d’enseignement, conseil d’administration, une programmation des séances avec des moyens sur l’année scolaire connus à l’avance et une vraie formation des enseignants sur la question de la pertinence et du volume des devoirs...

À noter toutefois des bonnes pratiques : certaines académies mettent en place des formations en équipes pluridisciplinaires, réunissant chefs d’établissement, CPE, professeurs, assistants d’éducation, référents numériques... Mais au mois de décembre !

Sylvie Pénicaut : Nous partons un peu à l’aveuglette, aucun texte officiel, ni décret, ni arrêté, ni circulaire, seulement le vademecum et une lettre du rectorat, mais surtout, un IA-IPR qui suit le dossier pour l’académie : avoir un interlocuteur, c’est plus important qu’un texte !

Ce dispositif nous oblige à nous poser collectivement la question, pourquoi donner des devoirs à faire ? quelle quantité ? en quoi permettent-ils de lutter contre les inégalités ? Le vademecum propose qu’un enseignant soit désigné pour assurer la coordination avec ses collègues, et à le rémunérer en "indemnités pour mission particulière", mais celles-ci ont été distribuées au mois de juin... C’est encore à la principale de faire le travail !

Extrait de touteduc.fr du 25.10.17 : Devoirs faits : une mise en oeuvre qui s’annonce délicate. interviews

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