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Une étude de Pisa sur le harcèlement

6 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Harcèlement : Le paradoxe français

Alors que la lutte contre le harcèlement est un des rares exemples, avec celle contre le décrochage, de politique éducative réussie en France, une nouvelle publication de Pisa remet la situation de la France dans une perspective internationale. Et Pisa éclaire d’un jour assez intéressant la situation française qui, on va le voir, ne manque pas de paradoxe.

Une rare réussite du système éducatif
Menée de façon opiniatre depuis 2010, la lutte contre le harcèlement a engrangé des résultats intéressants. On sait que le taux de victimation a baissé. Selon les enquêtes d’E Debarbieux, le harcèlement scolaire ne concerne plus qu’un élève sur dix. Selon l’enquête internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les quatre ans dans 42 pays auprès de collégiens, le harcèlement aurait diminué en France de 15 % au collège entre 2010 et 2014. La baisse atteindrait 33% en sixième.

Enfin une enquête Depp publiée en décembre 2017 montre que le sentiment d’être bien dans son collège est passé de 90 à 94% depuis 2010. 88% des élèves déclarent de bonnes relations avec les enseignants, soit 1% de plus qu’en 2013. 86% des élèves jugent les notes justes, en hausse de 2% depuis 2013.

La France tantôt dans les meilleurs...
Ces données sont maintenant éclairées par Pisa 2015. L’enquête de l’OCDE permet de situer le cas français dans sa dimension internationale. Elle fait ressortir deux trais saillants.

Le premier c’est que la France est plutôt bien placée par rapport aux autres pays de l’OCDE quant au harcèlement. En moyenne dans les pays de l’OCDE 11% des élèves indiquent faire l’objet de moqueries, 8% être victimes de rumeurs à l’école au moins quelques fois par mois et 7% de mise à l’écart. Enfin 4% déclarent être frappés ou bousculés. Un pourcentage identique se plaint d’être menacé.

Pisa montre que la France fait partie des pays qui ont le plus faible taux de harcèlement avec des pays comme la Corée, l’Allemagne, l’Espagne ou la Suisse. On est très loin des taux élevés du Japon, de Singapour, ou du Royaume Uni.

Et parfois dans les pires...
Le paradoxe c’est que si la France a un taux de harcèlement meilleur que la moyenne de l’OCDE ce qui nous place au 11ème rang des pays étudiés dans Pisa, on se retrouve à la seconde place quand il s’agit des effets négatifs du harcèlement.

Après la Grèce nous sommes le pays où être harcelé a le plus fort impact sur les résultats en sciences. La différence de score entre un élève harcelé et un non harcelé est de 50 points en France, nettement plus d’une année de scolarité, soit le double de la moyenne de l’OCDE.

Cela nous rappelle que le harcèlement a un impact important sur la réussite scolaire ce qui contribue à justifier que les équipes enseignantes s’y intéressent. 42% des élèves harcelés se sentent étrangers à leur école contre 15% pour les autres.

Mais les données OCDE montrent aussi autre chose. Elles calculent la différence de performance en sciences entre les établissements où la prévalence du harcèlement est forte et ceux où elle est faible.

utrement dit ce que nous montre Pisa ce sont aussi les écarts entre établissements en France et les inégalités de réussite qu’ils entrainent. Le harcèlement frappe davantage certains établissements au climat scolaire dégradé. Il est un élément d’un contexte d’inégalités scolaires qui perdure aussi à l’ombre des discours parfois moralisateurs sur le harcèlement.
François Jarraud

Etude Pisa

Extrait de cafepedagogique.net du 06.03.18 : Harcèlement : Le paradoxe français

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