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François Dubet : Certains élèves se construisent contre l’école

7 mai 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Cet article est extrait du Hors-série déc.2004-janv.-févr.2005 de la revue Sciences humaines ’7,50 euros). Il vient d’être mis à jour sur le site de la revue à la date du 02.05.13

Propos recueillis par Martine Fournier

[...] Beaucoup de travaux montrent que ce que les élèves vivent le plus mal aujourd’hui, c’est la peur du mépris, de la relégation et finalement la perte d’estime de soi. Devant cette expérience de découverte de son inégalité, il existe trois types de réaction :

- La première consiste à dire : « Je ne joue plus » ; l’élève se retire. Cette réaction, plus fréquente que l’on ne croit, est sous-estimée car elle ne fait pas scandale puisque ces élèves-là ne font pas de bruit ; ils se protègent en considérant que la vraie vie est ailleurs...

- La deuxième consiste à jouer le jeu de manière routinière. C’est la situation « Canada Dry » : tout ressemble à l’école, mais ce n’est pas vraiment l’école. Cette stratégie conduit à faire son métier d’élève, à être présent pour assurer une sorte de survie sans vraiment s’engager... Or à l’école, si on ne s’engage pas dans l’apprentissage, on a peu de chances d’apprendre.

- La troisième réaction, souvent le fait d’enfants des « cités », surtout des garçons, consiste à sauver son honneur en rejetant un système qui vous met en échec et donc vous oblige à vous invalider. Il s’agit de renverser le stigmate : « Comme l’école m’oblige à me vivre comme étant nul, je déclare la guerre aux professeurs et au système... » Pour ces élèves, le moindre regard ambigu ou la moindre remarque blessante devient alors le prétexte à agresser l’enseignant pour ne pas perdre la face. Même si les autres élèves n’approuvent pas forcément cette attitude perturbatrice, cette révolte bénéficie de l’indulgence due à Robin des Bois : on salue son courage, sa capacité de résistance au-delà de la condamnation de sa déviance.

Si un grand nombre d’élèves se construisent comme des sujets grâce à l’école, d’autres se construisent contre l’école.

Extrait de sciences humaines.com du 02.05.13 : Rencontre avec François Dubet. École : la révolte des « vaincus » ?

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