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Le rapport de la députée Julie Sommaruga sur l’enseignement des sciences met en avant la baisse sensible des performances en maths chez les collègiens en ZEP (extraits)

15 novembre 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Julie Sommaruga, Députée des Hauts-de-Seine, a présenté le 30 octobre 2013 à l’Assemblée Nationale, dans le cadre budgétaire, son rapport pour avis consacré à l’enseignement des sciences au primaire et au collège.

Rapport n° 1429 de Julie Sommaruga

INTRODUCTION

I. UN BUDGET 2014 AU SERVICE DE LA REFONDATION ET AMORÇANT LA REVALORISATION DU MÉTIER D’ENSEIGNANT

A. LES MOYENS DE LA REFONDATION SONT LÀ

1. Les crédits

2. Les emplois et les concours
a. L’évolution des emplois de la mission entre 2008 et 2014
b. Les mesures du projet de loi de finances

3. Les personnels appuyant l’inclusion et la vie scolaires

4. L’outil numérique
[p. 9 du PDF] Une enveloppe de 10 millions d’euros est destinée à soutenir, l’année prochaine, des projets de développement des usages du numérique dans les établissements scolaires ainsi que la mise à disposition de ressources pédagogiques numériques pour les enseignants. Par ailleurs, des actions spécifiques sont prévues en faveur des personnels : 5 millions d’euros pour des actions de formation au numérique en direction des personnels enseignants et cinq autres millions pour les enseignants du réseau éducation prioritaire via la mobilisation des heures supplémentaires. [...]

B. L’AMÉLIORATION DE LA CONDITION ENSEIGNANTE EST ENGAGÉE

1. Une indemnité créée pour les professeurs des écoles

2. Une Éducation nationale qui maîtrise ses coûts

II. DONNER LE GOÛT DES SCIENCES À L’ÉCOLE ET AU COLLÈGE ET DÉVELOPPER LA CULTURE SCIENTIFIQUE DES ÉLÈVES

A. DES DISCIPLINES EN SOUFFRANCE

1. Des résultats qui stagnent ou qui baissent
[...]
[p. 12] En revanche, le collège, surtout s’il relève de l’éducation prioritaire, semble accroître mécaniquement le nombre d’élèves en difficulté. La comparaison des proportions d’élèves qui maîtrisent les compétences de base en mathématiques est, à cet égard, éclairante : elle est de 92 % en fin de CM2, mais de 87 % en fin de 3ème ; en outre, elle chute brutalement si l’établissement relève de l’éducation prioritaire : dans ce dernier cas, dans les établissements concentrant les difficultés, labellisés ÉCLAIR, cette part baisse à 77 % en fin de CM2 et à 63 % en fin de 3ème (8).
[...]

2. Des fragilités structurelles

a. Un enseignement « inaccessible »
[...]
Des conditions d’enseignement difficiles
[p. 17] Dans les écoles et collèges et particulièrement en éducation prioritaire, les opérations qui permettent aux élèves de « découvrir le monde » reposent, de surcroît, sur des bases précaires, puisque la sortie dans un musée ou l’organisation d’un forum « sciences » sont souvent financées non pas par l’Éducation nationale, mais par la coopérative de l’école, la caisse d’allocations familiales ou la bonne volonté des partenaires extérieurs, notamment les collectivités locales ou les associatifs. Ce contexte creuse les inégalités entre les établissements et n’aide évidemment pas les écoles et les collèges concentrant le plus de difficultés à adopter des projets d’école ou d’établissement dotés d’un volet scientifique digne de ce nom, malgré la volonté des équipes enseignantes. Il faut également noter que les conseillers pédagogiques qui ont la volonté de trouver des partenaires gratuits afin de permettre aux élèves de bénéficier de sorties, consacrent à ce type de recherche une grande partie de leur temps de travail.
[...]
Une démarche d’investigation délaissée
[...]
[p. 17] Il faut déplorer ce « climat » délétère, car ce sont – précisément – les activités pratiques qui concourent à l’égalité des réussites, en profitant aux élèves les plus en difficulté, souvent issus de milieux défavorisés. Ce fait est corroboré par les analyses du ministère de l’éducation nationale : « la réussite des élèves, en ce qui concerne les gestes manipulatoires ou le suivi d’un protocole, ne dépend pas, ou très peu, de la catégorie socio-professionnelle »

b. Un déficit préoccupant de formation initiale et continue des enseignants
[...]
La formation initiale : un lourd passif à résorber
[p. 18] Or, cette économie à courte vue ne permettait pas de sensibiliser les futurs professeurs à l’hétérogénéité des élèves, alors qu’il s’agit d’un enjeu fondamental pour la prise en charge de la difficulté scolaire, notamment dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire.
[...]
[p. 21] En outre, la mise à l’écart du volet « investigation » a pu être encouragée par l’insistance mise par les programmes sur les savoirs dits fondamentaux – le « lire, écrire et compter ». En éducation prioritaire, ces facteurs se combinent de telle manière que, selon le témoignage d’un professeur des écoles, M. Olivier Rebena, l’enseignement est principalement axé sur l’apprentissage du français et que les horaires consacrés aux sciences servent, de fait, de variable d’ajustement.

c. Des problèmes propres à chaque niveau et une entrée en sixième particulièrement déstabilisante
Au primaire : un enseignement de sciences expérimentales qui ne serait pas assuré dans près de la moitié des classes
[...]
[p. 21] En outre, la mise à l’écart du volet « investigation » a pu être encouragée par l’insistance mise par les programmes sur les savoirs dits fondamentaux – le « lire, écrire et compter ». En éducation prioritaire, ces facteurs se combinent de telle manière que, selon le témoignage d’un professeur des écoles, M. Olivier Rebena, l’enseignement est principalement axé sur l’apprentissage du français et que les horaires consacrés aux sciences servent, de fait, de variable d’ajustement.
[...]
[p. 22] – En deuxième lieu, un dispositif baptisé « accompagnement en sciences et technologie à l’école primaire » (ASTEP) a été mis en place en 2009, dont l’objet est de développer un enseignement scientifique reposant sur la démarche d’investigation. S’appuyant sur la Fondation la Main à la Pâte et la présence de scientifiques et d’étudiants pour seconder les professeurs des écoles, il a concerné, en 2012-2013, 2 573 classes (1 734 en 2009-2010), dont 26 % en éducation prioritaire.

3. Des expérimentations riches d’enseignements
L’EIST
[...]
[p. 24] Sur ce dernier point en effet, à la rentrée 2012, la part des établissements relevant de l’éducation prioritaire représentait la moitié des collèges participant à l’EIST, tandis que la circulaire n° 2011-089 du 14 juin 2011 précisait que « les collèges du dispositif ECLAIR sont prioritairement invités à mettre en œuvre l’EIST », une orientation contestée par plusieurs interlocuteurs de la rapporteure pour avis, car elle laisse à penser que « l’expérimentation, c’est pour les autres », sous-entendu, les élèves les moins favorisés.

B. LES VOIES ET LES MOYENS D’UN ENSEIGNEMENT RÉNOVÉ DES SCIENCES

1. Un enjeu décisif pour la compétitivité, la citoyenneté et l’égalité des réussites
[...]
[p. 27] Enfin, la rénovation de l’enseignement scientifique devrait aussi favoriser l’égalité des réussites. La culture scolaire dominante est, en effet, une culture littéraire, dont les codes, souvent implicites, peuvent créer une réelle distance entre les enfants issus de milieux défavorisés et l’école. À l’inverse, les mathématiques et les sciences expérimentales, surtout si elles accordent une part importante au jeu et à la démarche d’investigation, peuvent être des matières qui « font aimer » l’école, en mettant ces élèves en confiance et en situation de réussir.

2. Réformer les contenus et la pédagogie
a. Les programmes et l’évaluation des acquis

b. Les équilibres à construire
[...]
[p. 29] Cet aspect est d’ailleurs indispensable dès l’école maternelle afin que l’élève, puisse « problématiser » en découvrant un phénomène, en travaillant sur ses effets et en établissant des relations entre différents phénomènes. Cette initiation précoce est utile à la construction des savoirs et plus particulièrement pour les élèves scolarisés en réseau d’éducation prioritaire, qui peuvent parfois préférer la restitution « brute » de savoirs, a priori plus simple à leurs yeux, avec une démarche d’investigation qui, au départ, pourrait les déstabiliser. Elle permet en outre de lutter contre la constitution précoce des stéréotypes : en manipulant ensemble, garçons et filles peuvent ainsi constater que la science est faite pour tous.

c. Les mesures à adopter au niveau de la formation initiale

3. Rompre l’isolement des professeurs en agissant sur trois leviers
a. Assurer un accompagnement des professeurs pendant les deux premières années d’exercice du métier
[...]
[p. 31] En revanche, une fois entrés dans le métier, les professeurs, en particulier ceux du cours préparatoire, du cours moyen et de sixième, devraient bénéficier, pendant les deux années suivant leur prise de fonction, d’un accompagnement renforcé, qui pourrait s’adresser, plus particulièrement, aux enseignants des écoles et collèges de l’éducation prioritaire .

b. Investir dans la formation continue

c. Encourager les partenariats avec les associations et développer les activités scolaires et périscolaires « scientifiques » à certaines conditions
Un effet valorisant et une exigence du législateur
[p. 34] Les interlocuteurs de la rapporteure pour avis ont cité de nombreux exemples de réussite en matière d’activités « hors classe » ou périscolaires à caractère scientifique : les forums « sciences » des classes maternelles et élémentaires de Bagneux, qui leur permettent de s’approprier une notion scientifique et de présenter ce travail, de manière ludique, devant d’autres élèves ; les « classes en fac » de l’académie de Reims, qui rendent possible l’observation, par des élèves du primaire, d’un scientifique au travail dans son laboratoire ; le dispositif « Maths en jeans » qui fait concourir deux classes, avec l’aide d’un chercheur, les résultats étant présentés à l’occasion d’un congrès, etc.
[...]
[p. 35] Ces manifestations devraient donc être encouragées, en particulier dans les écoles et les collèges relevant de l’éducation prioritaire. Cet objectif a d’ailleurs été inscrit, grâce à un amendement présenté par la rapporteure pour avis, dans le rapport annexé de la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République |...]

L’association les « Petits Débrouillards »
Des conditions et des « bonnes pratiques » à respecter
[...]
[p.36] De « bonnes pratiques » devraient être également respectées, comme, par exemple, le recours au contrat pour définir un cadre partagé, l’appel à des institutions ou à des associations bénéficiant d’un label de qualité, qu’elles soient spécialisées ou qu’elles fassent partie des mouvements d’éducation populaire, et la présence de scientifiques ou d’intervenants formés. De même, les parents des élèves devraient être, autant que possible, associés à ces activités, car ils seraient ainsi amenés à changer leur regard sur leur enfant et à « élargir » leur horizon, notamment en fréquentant des institutions dont ils peuvent penser qu’elles ne sont pas « faites pour eux ». Pour Mme Maryvonne Audren, conseillère pédagogique, cet aspect revêt une importance particulière dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire, où il faut toujours « en faire plus ».
Sur ce dernier point, la rapporteure pour avis tient à préciser que l’enseignement scientifique doit évidemment être le même en éducation prioritaire et hors éducation prioritaire. En revanche, dans les écoles et les collèges des zones défavorisées, les moyens consacrés aux activités périscolaires et aux intervenants extérieurs devraient être renforcés.

4. Faciliter la transition école-collège et l’interdisciplinarité en s’appuyant sur l’enseignement scientifique
S’appuyer sur l’expérimentation EIST et l’interdisciplinarité
[...]
[p. 38] D’une manière générale, l’EIST montre qu’il est possible de décloisonner les apprentissages par l’étude d’objets ou de thèmes communs, ce qui permet de « fédérer », de manière dynamique, les disciplines. C’est la raison pour laquelle, au vu du caractère d’intérêt général de cette expérimentation et contrairement aux préconisations de la circulaire précitée du 14 juin 2011, elle ne devrait pas être réservée, en priorité, aux établissements ECLAIR.

Le rapport (60 pages)

 

Présentation du rapport par Julie Sommaruga

Mon rapport pour avis sur l’enseignement des sciences au primaire et au collège

 

Redonner le goût des sciences : Le rapport de Julie Sommaruga met l’accent sur la formation continue et la démarche d’investigation

Comment redonner les goût des sciences aux jeunes français ? L’enjeu est de taille tant les entreprises ont besoin d’ingénieurs et de techniciens et les citoyens d’un minimum de savoir scientifique pour relever les défis du 21ème siècle. Rapporteure du budget de l’enseignement scolaire au nom de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée, la députée Julie Sommaruga (PS) a choisi d’approfondir ce sujet. Elle préconise de revoir les programmes en facilitant les objets communs aux disciplines, de relancer la formation continue en la complétant par des certifications et d’encourager l’EIST.

[...]

Propos recueillis par François Jarraud

Extrait de L’Expresso du 06.11.2013 : Redonner le goût des sciences : Le rapport de Julie Sommaruga met l’accent sur la formation continue et la démarche d’investigation

 

Voir aussi Evaluation de l’action "Culture scientifique et égalité des chances". Rapport sur les investissements d’avenir. Annexe au projet de loi des finances pour 2014

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