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Le conte oral en milieu scolaire. Expériences de classes RRS en Guyane d’après la recherche de Suzy Platiel, ethnologue

7 avril 2014 Version imprimable de cet article Version imprimable

Le conte à l’école en Guyane
Entretien de Nicole Launey avec Lydie Senecaux , enseignante en maternelle

Après le stage DAFOR en février 2008 auquel deux enseignantes de l’école avaient participé, Alexandra Descombes et Lydie Senecaux, l’école maternelle Edmée Courat de Macouria a développé un projet autour du conte 2 ans de suite, en moyenne et grande section .

En 2008 2009 ce projet a été celui de l’école et il a été mené avec Alexandra puis continué l’année suivante par Lydie, après la mutation d’Alexandra
On peut dire que le projet a été entièrement réalisé et ses objectifs atteints.

La troisième année Lydie continue à raconter et ne saurait plus se passer de cette présence du conte oral même en dehors de tout projet. Elle a intégré cette pratique et l’a ritualisée : une fois par semaine un tissu est disposé au fond de la classe et les enfants s’y retrouvent pour écouter, chanter et raconter à leur tour. Elle continue aussi à lire des histoires mais à d’autres moments.
Le premier trimestre est consacré au temps d’imprégnation, d’autres maitresses viennent raconter et il y a des échanges entre classes.
Elle a modifié sa pratique : auparavant elle lisait sans jamais raconter sans livre. Elle posait des questions sur les contes : qui ? où ? quoi ? et faisait créer des contes aux enfants. Elle ne pensait pas à faire restituer alors que beaucoup d’enfants maintenant demandent à raconter.

Le projet contes s’est donc développé sur 2 ans avec un financement.
La première année des conteurs divers sont intervenus : parents en langue maternelle (portugais), stagiaire hmong présente à l’école, conteurs intervenants en saramaka et langue amérindienne teko ; maitresses de l’école en créole car le projet mêlait oralité et éveil aux langues de Guyane.

La deuxième année le projet a été réalisée avec la directrice et les maitresses qui ont conté surtout en créole et en français.

remarques sur le projet oralité et éveil aux langues

- écoute de langues de Guyane
La classe comportait des enfants non francophones, dont 2 saramaka, qui au début n’osaient pas prendre la parole. Après l’écoute de contes dans leur langue ils ont osé lever le doigt après la question de la maitresse : « Qui comprend ? » et ils ont été très fiers d’avoir pu expliquer aux autres ; leur évolution a été si positive qu’un autre élève saramaka de l’école s’est joint à la classe. (élève de CLAD). Un de ces enfants suit maintenant tout à fait correctement.
Ces élèves non francophones ont développé leur faculté de concentration : Ils arrêtent de gesticuler et ils tendent l’oreille parce que c’est leur langue ; ils deviennent attentifs et concentrés. Il est évident que pour eux cela les met en confiance et simplifie les choses. Ils sont accrochés et participent.

Les autres sont intéressés aussi mais il est nécessaire de faire court. La traduction est faite par les conteurs mais les élèves locuteurs ont pu donner des bribes de phrase et résumer des passages. Il faut aussi mélanger les langues. Les conteuses saramaka ont été très démonstratives : elles chantent, dansent, font participer les enfants et montrent des objets.

Des mamans puis une maitresse d’origine brésilienne ont raconté et introduit des éléments de la langue en faisant compter les enfants et en leur apprenant à dire « bonjour , merci » et autres formules de politesse . Les 6 enfants d’origine brésilienne en ont tiré profit : leur évolution a été positive, cela dénoue leur parole. Des enfants ont été très fiers de leurs mamans. Ils avaient de réelles difficultés à parler en français et ont progressé sur 2 ans.

Il est évident que la question de la qualité des conteurs se pose : ils doivent se mettre à la portée des enfants mais cela se pose moins quand ce sont des parents qui racontent déjà eux-mêmes en famille.

- séances d’éveil aux langues proprement dit :
- En 2008 2009 nous avions un coin de la classe avec l’arbre des langues ; sur le tronc est écrit « français » puis sur chaque feuille est écrit le nom d’une langue que les enfants ont découverte en classe soit parce qu’elle est parlée par les enfants (portugais, espagnol, créole guyanais et créole haïtien, saramaka , teko )soit parce qu’elle a été introduite par un adulte ( hmong) . Il y a eu une enquête écrite auprès des familles après explication.

- Il y a eu des activités sur les jours de la semaine, les différentes écritures avec tri visuel : ils ont très vite repéré le chinois
- Les séances en hmong ont permis de faire répéter des mots et les enfants y arrivent très bien, mieux que les adultes.

Dans ce petit coin des langues étaient aussi affichés des dessins faits par les élèves sur les contes entendus et les comptines apprises dans différentes langues : comptine saramaka d’Odeth Amoida , comptine en espagnol et français et un conte hmong, version de la grenouille et le bœuf, en hmong et français .Le dessin affiché était celui que la classe reconnaissait comme le plus représentatif.

Les élèves se rendaient souvent dans ce coin et regardaient les affiches.

Oralité la deuxième année avec les mêmes élèves qui avaient l’habitude d’écouter et étaient tous déjà sensibilisés. Ils ont eu moins de possibilité de conter ; tous ne l’ont pas fait mais les séances de restitution collective d’un conte entendu ont montré leur investissement.

Les contes entendus :
- des contes de randonnée essentiellement racontés par les maitresses : la sombre histoire ; roule galette, la grenouille à grande bouche, les 2s ( collection Didier Jeunesse ) ,le pou et la puce, boucle d’or : ce sont ces contes que les élèves ont très vite su raconter. Le pou et la puce a été raconté d’abord puis lu en montrant le livre. C’est très porteur en maternelle car il y a des bruitages ; les enfants peuvent être actifs immédiatement . Ils ont été racontés de multiples fois bien entendu.

- les contes en diverses langues dont il a été déjà question

- les contes créoles : la majorité a accroché car ils sont tous compreneurs ; tous empressés d’expliquer à la maitresse qui, elle, ne comprend pas
Un des contes « Obanie » a donné naissance à un spectacle collectif de fin d’année avec 5 classes . Ce texte a été raconté en créole par la directrice puis en français par Lydie
Les classes ont été mélangées : les élèves d’une classe de Grande section ont restitué un texte réapproprié en se partageant le texte : une phrase par élève. Les autres classes ont joué en tableau vivant, en mimant. Tous chantaient le petit refrain qui ponctue ce conte.
Ce spectacle a été joué en fin d’année devant les parents.

Bilan
En fin de la première année de nombreux élèves de MS étaient capables de conter à des plus grands : Toute la classe était capable de raconter des bouts de contes. Au moins la moitié était capable de raconter un conte entier. Il était surprenant de voir ces enfants de 4 ans venir conter debout devant le groupe
Lydie reconnait qu’elle est allée plus loin avec ses élèves de Grande section dans l’apprentissage de la lecture que les années précédentes. Elle constate une bonne maitrise du français et une meilleure aisance.

L’écoute de contes a facilité le travail de toute la classe. Cela a créé le groupe de classe et il y a beaucoup moins d’exclus : toutes les activités orales se passent avec la participation de toute la classe. Aucun n’est resté non participatif
En tant que remplaçante Lydie et Alexandra ont pu conter dans d’autres classes : les enfants étaient très réceptifs ; des CM2 ont conté ; il y a une grosse demande
Elle va se renseigner sur le suivi de ces enfants au CP et au CE1

En 2009/2010 le projet d’école est sur le cirque mais elle déclare qu’elle n’abandonnera jamais le conte oral : elle conte et elle lit des histoires avec comme objectif d’amener les élèves à être conteurs. Il y a d’abord l’écoute puis la première prise de parole d’un enfant et la première phrase bien formée d’un conte

Extrait de laparole.net du : Entretien avec une enseignante de maternelle.
école maternelle Edmée Courat de Macouria

 

Vidéo : Au pays du conte
Suzy Platiel, ethnolinguiste et africaniste, explique ce qui l’a amenée à travailler sur le conte, à comprendre sa fonction dans les sociétés à tradition orale (en particulier chez les Sanan du Burkina Faso) et à intervenir, dès les années 1980, dans les écoles en France pour le diffuser comme outil d’éducation permettant de recréer le lien social. Elle insiste sur le fait que la maîtrise du langage oral et corporel est essentielle dans le développement de l’enfant, avant d’exiger de ce dernier qu’il lise et écrive.
Jean-Christophe Gary, professeur de français au collège, et d’autres enseignants qui mettent en pratique l’heure du conte, démontrent que, pour leurs élèves, se mettre à raconter à leur tour,
c’est partager, établir une relation avec l’autre, transmettre, tout en développant leur capacité d’écoute et de concentration et en apprenant un mode de raisonnement logique de type synthétique parce que fondé sur le discours.

Extrait de vidéothèque.cnrs.fr : http://videotheque.cnrs.fr/doc=4095

 

L’enfant face au conte, article de Suzy Platiel, in "Cahiers de Littérature Orale, n°33, INALCO, 1993, pp55-73

Extrait de llacan.vif.cnrs.fr : L’enfant face au conte

 

Extrait de euroconte.org : Une bibliographie de Suzy Platiel

 

 

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