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La Mallette des parents (6e, 3e, et dernièrement CP, surtout en ZEP) évaluée "très positivement" par le rapport de la Mission parlementaire sur la relation Ecole-parents

18 juillet 2014 Version imprimable de cet article Version imprimable

Rapport de la commission des affaires culturelles et de l’éducation sur les relations entre l’école et les parents, présenté par Mme Valérie Corre

Le texte intégral du rapport au JO n° 2117

EXTRAITS
b. Les enseignements très positifs de l’expérimentation la « mallette des parents » 48

Le terme générique de « mallette des parents » désigne trois dispositifs, qui permettent d’accompagner les parents dans leur rôle éducatif et de soutenir leur implication dans la scolarité de leur enfant.
Pour l’essentiel, ils reposent sur l’organisation d’ateliers-débats auxquels sont invités ces derniers. En outre, afin d’en faciliter l’animation, des supports très accessibles, de type DVD ou fiches méthodologiques, sont mis à disposition des équipes éducatives. Ces outils peu coûteux – entre 1 000 et 1 500 euros par collège pour la « mallette en sixième » (107) – ont obtenu des résultats remarquables, qui vont à l’encontre du fatalisme selon lequel la qualité des rapports entre l’institution scolaire et les familles a « des déterminismes sociaux si profonds qu’il [est] illusoire d’en faire l’objet d’une politique publique volontariste » (108).

• La « Mallette des parents 6ème »

Au départ, cette expérimentation s’est déroulée dans les classes de sixième de 37 collèges volontaires de l’académie de Créteil, majoritairement classés en zone d’éducation prioritaire. Dans chaque établissement, les parents sont informés que trois réunions seront organisées sur l’aide des parents aux enfants et les relations avec le collège, ces rencontres étant animées par le chef d’établissement. Par la suite, seules les familles volontaires de classes tirées au sort – les classes tests – sont invitées à participer à ce programme d’informations.

La « mallette sixième » au collège Janusz-Korczak de Limeil-Brévannes [en RRS, ndlr]

Selon les interlocuteurs de la mission rencontrés dans cet établissement, ce dispositif vise à rendre plus lisibles « le sens et le fonctionnement du collège ». Pour ce faire, il s’appuie sur trois débats, organisés de la façon suivante : le premier a lieu en septembre ou en octobre et s’intitule « Comment aider mon enfant ? » ; le deuxième permet de reprendre cette problématique, après la fin des conseils de classe du premier trimestre ; le dernier est plus ouvert et aborde les thèmes choisis par les parents.

En outre, ces rencontres permettent à des parents présents de répondre eux-mêmes aux questions d’autres parents, tandis que leur animateur n’est là que pour encadrer, relancer et donner la parole à tous les invités. Ces réunions, qui se terminent de surcroît par un « temps convivial », ne sont donc pas – volontairement – structurées autour d’une information « ascendante », qui placerait les parents en position d’infériorité.

Au final, selon les témoignages recueillis par la mission, la « mallette » comprend plusieurs points positifs. Elle permet d’établir un lien de confiance avec les parents, qui ont d’ailleurs fait part de leur souhait de poursuivre cette expérience. En outre, le ciblage du dispositif sur la sixième est « pertinent », car il permet de rassurer les parents sur les spécificités de ce niveau d’enseignement. La première réunion permet, à cet égard, d’apaiser leurs angoisses et de « dédramatiser les enjeux ». Le seul point négatif, mais il est de taille, est qu’il peut arriver que les débats impliquent « très peu de parents » (*).

Ce dernier constat rejoint celui établi par l’École d’économie de Paris lors de l’évaluation de l’expérimentation conduite en 2008-2009 : seule une minorité de parents (20 %) était volontaire pour participer à ce programme et, même parmi les volontaires, seulement 58 % avaient participé à au moins une réunion et 17 % aux trois débats (**).


(*) Déplacement dans l’académie de Créteil du 10 avril 2014.
(**) Quels effets attendre d’une politique d’implication des parents dans les collèges ?, rapport précité.

Outre que le fait que ce dispositif est assez simple à mettre en œuvre, celui-ci obtient des résultats incontestablement « vertueux ». Les différences entre les classes où il est appliqué et les autres sont en effet « extrêmement fortes » selon M. Marc Gurgand (109) :

– du côté des familles volontaires qui ont effectivement participé aux débats, on note un surcroît sensible d’implication institutionnelle et d’implication à la maison. Elles ont en effet demandé davantage de rendez-vous individuels aux professeurs que les parents volontaires des classes « témoins » (près de 30 % des volontaires des groupes tests ont eu plusieurs rendez-vous, contre 24 % seulement pour les « témoins »). De même, les volontaires des groupes tests ont davantage participé aux réunions parents/professeurs organisées par le collège (88,3 % contre 80 %) et davantage participé aux réunions organisées par les organisations de parents d’élèves (79,7 % contre 72 %). Par ailleurs, seuls 15 % des volontaires ayant pu bénéficier des débats laissent régulièrement regarder la télévision après 21 heures à leur enfant, contre plus de 20 % des parents qui n’ont pas pu bénéficier des débats. Enfin, les familles volontaires des classes tests ont également été moins souvent convoquées par l’administration que celles des classes témoins (20 % contre 28 %) ;

– du côté des élèves, la qualité du comportement de ceux des classes tests est meilleure que celle des élèves des classes témoins. Les écarts observés sont tous significatifs sur un plan statistique : moins d’absentéisme (3,6 demi-journées en moyenne contre 4,3), moins de sanctions (10,9 % contre 13,4 %) ou davantage de distinctions (38,6 % contre 34,2 %). En revanche, l’impact sur les résultats scolaires est « ténu » : il est vrai aussi, comme l’ont indiqué les évaluateurs de l’expérimentation, que trop peu de temps – quelques mois seulement – s’est écoulé entre la fin des débats et la mesure des résultats des élèves pour qu’une intervention « finalement assez légère et indirecte puisse agir sur des variables au déterminisme si fort » (110).

Au-delà de ces données brutes, deux remarques d’ordre plus général peuvent être faites sur les retombées positives du dispositif :

– les différences de moyennes d’absentéisme et d’exposition aux sanctions disciplinaires observées entre les élèves des classes tests et ceux des classes témoins sont du même ordre de grandeur que celles observées entre les enfants de cadres et les enfants d’ouvriers scolarisés dans ces établissements, ces derniers étant plus souvent absents et sanctionnés. Autrement dit, pour reprendre les propos de M. Marc Gurgand, trois réunions d’information « suffisent à réduire la distance sociale » reflétée par ces variables de comportement (111) ;

– autre résultat fondamental, la participation aux débats conduit à une amélioration très nette non seulement du comportement des enfants des familles invitées, mais aussi de celui de tous les autres enfants appartenant aux mêmes classes – par exemple, la baisse de l’absentéisme dans les classes tests est à peine moins marquée parmi les non volontaires (- 14 % en moyenne environ) que parmi les volontaires (- 18 %). Les conséquences d’une telle politique se transmettent donc à tous les enfants et peuvent ainsi « tout à la fois avoir un large effet et ne pas accroître les inégalités de comportement » (112).

Il faut donc se féliciter du fait qu’après cette expérimentation, le dispositif ait fait l’objet d’une extension en 2010. D’ailleurs, la « mallette des parents » est un outil plutôt bien perçu par les équipes pédagogiques, dont elles constatent les retombées positives. En effet, selon le ministère de l’éducation nationale, 90 % des établissements interrogés pour l’année scolaire 2012-2013 ont estimé que l’effet de la « mallette » sur le climat des classes de sixième est « assez bénéfique » ou « très bénéfique » et près de 47 % des collèges interrogés ont observé une augmentation de la participation des parents aux réunions de parents d’élèves.

Cependant, le nombre d’établissements mettant en œuvre le dispositif est en diminution, puisqu’il est passé de 1 223 collèges pour l’année scolaire 2010-2011 à 1 217 collèges pour l’année scolaire 2011-2012 et à 1 161 collèges pour l’année scolaire 2012-2013. D’après la direction générale de l’enseignement scolaire, cette légère baisse est en partie imputable à la suppression du volant d’heures supplémentaires effectives mis à disposition des établissements les années précédentes afin de favoriser l’implication des enseignants et financée sur l’enveloppe académique d’heures supplémentaires (113).

• La « Mallette CP »

Depuis l’année scolaire 2012-2013, le dispositif a été étendu aux parents d’élèves de cours préparatoire dans 2 161 écoles, qui relèvent majoritairement du programme ÉCLAIR lequel regroupe les établissements jugés les plus difficiles (soit 42 % d’écoles labellisées ÉCLAIR, 39 % d’écoles appartenant aux réseaux de réussite scolaire ou RRS et 19 % d’écoles hors éducation prioritaire).

Pour organiser les réunions avec les parents, les enseignants peuvent s’appuyer sur les outils qui leur sont proposés par le ministère de l’éducation nationale et qui portent sur des thématiques comme : « Comment accompagner son enfant dans l’apprentissage de la lecture ? », « Comment aider son enfant à être élève ? », « Être bien à l’école », etc. Ces supports tendent ainsi à favoriser la complémentarité et la continuité entre le temps scolaire, périscolaire et « à la maison », dans une perspective de coéducation.

Selon les précisions apportées par le ministère de l’éducation nationale, la mise en œuvre de ce dispositif a suscité une réaction favorable des équipes : 76 % des écoles interrogées ont estimé qu’il avait des effets « assez bénéfiques » ou « très bénéfiques » sur le climat scolaire. Il semble en outre que l’appropriation du dispositif ait été particulièrement marquée dans les écoles appartenant aux réseaux ÉCLAIR ou RRS (114).

• La « Malette 3ème »

L’académie de Versailles a expérimenté en 2010-2011, dans 37 collèges, un dispositif axé sur les choix d’orientation en fin de troisième, qui repose sur la participation des familles de classes tirées au sort à deux réunions d’information avec le chef d’établissement. L’évaluation intermédiaire de cette « mallette » par l’École d’économie de Paris a mis en évidence ses effets positifs non seulement sur la qualité de l’orientation mais aussi sur le décrochage scolaire.

Ce programme permet ainsi de réduire la proportion de décrocheurs à l’issue de la classe de troisième de 8,8 % à 5,1 % et la proportion d’élèves qui redoublent leur troisième de 12,7 % à 9,2 %, soit dans les deux cas une réduction de plus d’un tiers (115). Ce double recul est à mettre au crédit d’une stratégie d’orientation plus réaliste. En effet, les familles dont les élèves ont des résultats faibles – et qui n’ont que de 10 à 30 % de chances de décrocher un baccalauréat – préfèrent parfois demander le redoublement de la troisième dans l’espoir d’accéder à une seconde générale ou technologique alors que ce choix n’est pas le plus pertinent. Le dispositif leur donne donc la possibilité d’ajuster leurs aspirations, le plus souvent au profit du certificat d’aptitude professionnelle (CAP), lequel se prépare en deux ans en centre de formation d’apprentis.
Or, selon M. Marc Gurgand, un an après la classe de troisième, les enfants concernés sont toujours en CAP – leur stratégie d’orientation est donc confortée –, redoublent moins et sont moins souvent décrocheurs, l’effet sur la réduction du décrochage étant d’environ 40 %. En outre, les effets du dispositif perdurent au-delà de la première année qui suit la décision d’orientation puisqu’au bout de deux ans, la proportion des décrocheurs chez ses bénéficiaires diminue de cinq points, en passant 20 % à 15 % (116).

 

Voir aussi
Publié au JO, le rapport de la Mission d’information sur les relations entre l’école et les parents (Assemblée nationale) souligne "un rapport abîmé avec les milieux populaires" (Extraits)

Une mallette des parents pour la maternelle. "Première scolarisation. Etre élève à deux ou trois ans" (DSDEN Pas-de-Calais)

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