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Le climat scolaire et les enfants perdus de la République. Entretien avec Caroline Veltcheff, membre de la délégation ministèrielle et créatrice du site "Climat scolaire"

4 février 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Caroline Veltcheff a été professeur et IPR-IA de Lettres. Puis elle a travaillé comme IPR Établissement et vie scolaire et a coordonné les dispositifs d’éducation prioritaire pour l’académie de Versailles.

Depuis trois ans, elle fait partie de l’équipe qui, autour d’Éric Debarbieux, met en place des actions à l’échelle nationale pour prévenir les violences scolaires.

Elle a monté le site Climat scolaire dans lequel interviennent des réseaux de partenaires très divers du système éducatif.

Les récents événements et l’accent mis sur le rôle de l’école nous ont amené à l’interroger. Un essai récemment paru, auquel elle a collaboré L’Évaluation en collège et lycée peut éclairer pour partie les enjeux actuels.

Pardon de commencer par une question brûlante comme en posent les chaînes d’info en continu : est-ce que par votre travail, votre présence sur le terrain, vous avez vu arriver ces « enfants perdus de la République » ?

Non pour être honnête, non. En revanche, j’ai compris depuis les années 1990 les divorces nombreux dans la société française, et je me suis toujours intéressée aux publics dont personne ne veut s’occuper : les allophones, les enfants migrants, les jeunes en rupture. Parce que la racine d’une pensée juste et droite se trouve là : si on s’intéresse vraiment à ces publics, on travaille à la cohésion pour le profit de tous. Cette intuition a été confirmée par les recherches autour de PISA : aussi bien en psychologie, qu’en sciences de l’éducation. Plus on laisse les écarts se creuser, plus le niveau général d’éducation baisse, plus on laisse des exclusions s’installer, plus le malaise de « ceux qui restent » croît, sur fond de peur du « déclassement ».

Bref, un phénomène délétère pourtant facile à enrayer ! En fait, la psychologie et les sciences de l’éducation donnent raison à notre État de droit et à nos valeurs républicaines. Si l’on pouvait associer morale et pragmatisme…

Pour rester sous l’angle pragmatique, nos amis québécois assument les théories renouvelées sur le comportement et donc, quand ils recrutent de nouveaux enseignants, ils les forment à ce que va être de façon certaine leur population scolaire : plus de 77 % des élèves vont réagir positivement au cadre scolaire donné et adopteront donc sans difficulté les codes scolaires, le règlement intérieur, la langue de l’école. Environ 15 % , pour des raisons ponctuelles de difficultés familiales ou psychologiques ne vont pas adopter naturellement ces codes et seules des interventions combinées, ciblées d’adultes pourront faire évoluer les choses. Enfin, environ 5 % d’élèves se situent hors cadre scolaire : aucun code, méconnaissance ou rejet de toute forme de règle ; pour ces élèves l’intervention combinée avec des spécialistes (au Québec, psychologues et psycho-pédagogues sont organisés autour des établissements) est absolument nécessaire.

Le site Climat scolaire / Canope

Vous avez donc créé ce site, Climat scolaire, et vous insistez sur cette notion que l’on cerne mal. Est-elle d’abord connue ou comprise par toute la communauté éducative. En tant que professeur, on n’en est pas forcément conscient. Qu’est-ce que le climat scolaire et comment le rendre meilleur sans pour autant masquer les réalités ?

Oui, prévenir toutes les formes de violences en milieu scolaire, signifie anticiper, scruter, relier des informations ténues mais qui en quelque sorte peuvent faire symptôme : les élèves X et Y sont manifestement constamment en tension, la classe X est dans une forme d’anomie scolaire, l’établissement Z présente un nombre élevé d’exclusions de cours à la journée, de conseils de discipline, de tensions entre les personnels ou encore bénéficie de nombreux courriers de parents…

Là on est en aval des problèmes et quand on parle de climat scolaire, la notion parle intuitivement à tout le monde : enseignants, parents, élèves. Chacun a son ressenti, sa façon d’imaginer un climat scolaire de qualité : certains insistent sur la sécurité, d’autres sur le climat relationnel – les élèves sont très sensibles à la question de la justice des évaluations, des punitions… En fait, la notion parle à tout le monde et connaît un grand succès parce que la démarche est non-jugeante.

Mais nous proposons une méthode pro-active, en amont des problèmes, avant que tout cela n’arrive : que faire pour construire un climat scolaire de qualité ? Quand je pose telle action, aura-t-elle un impact positif sur le climat de la classe ? sur le climat de l’établissement ?

Le site climat scolaire constitue un centre de ressources pour tous ceux qui veulent enclencher une dynamique positive. Parce que, de notre point de vue, tous nos collègues doivent pouvoir avoir à leur disposition les résultats de la recherche, le site propose des synthèses, et des dispositifs d’actions qui marchent. Nous nous attachons à identifier les programmes et les actions qui ont été testés qui donnent des résultats.

Nous proposons une démarche pas à pas pour construire des situations où chacun se sent impliqué et responsable : c’est la base même d’une citoyenneté active de chacun.

Le faire connaître à toute la communauté éducative, c’est une gageure, mais nous nous déplaçons beaucoup à la rencontre des collègues. Pour ma part, j’ai formé, informé, été invitée à des groupes de travail auprès de plus de 5 000 personnes par an depuis la création de la délégation : à la fin de l’année cela fera 15 000 personnes environ ; même chose pour mes collègues de la délégation et pour Éric Debarbieux, qui de surcroît intervient souvent dans les médias.

Nous tentons tout pour instiller cette idée que a) c’est possible, b) élèves et enseignants et personnels vont mieux ensemble, qu’il s’agit d’une solution « gagnant-gagnant ». Pour le bien-être des élèves avec celui des personnels, et jamais l’un contre l’autre. J’insiste parce que c’est un élément fondamental de la méthode « climat scolaire ».

[...]

Propos recueillis par Norbert Czarny

• Aziz Jellab, Caroline Veltcheff et Didier Vin-Datiche, « L’Évaluation en collège et lycée. Confiance et engagement des acteurs et des usagers », préface d’Éric Debarbieux, Berger-Levrault, 2014, 272 p.

Extrait du Blog de L’Ecole des Lettres du 03.02.2015 : Des clés pour améliorer le climat scolaire. Entretien avec Caroline Veltcheff

 

Voir aussi
Le climat scolaire en éducation prioritaire (compte rendu OZP de la Rencontre du 26 mars 2014 avec Catherine Veltcheff)

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