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Auditionné par l’Assemblée nationale, le SNALC fait des propositions pour développer la mixité sociale

18 mars 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Audition sur l’évaluation des politiques publiques
en faveur de la mixité sociale
dans l’Education Nationale

Mesdames et Messieurs les membres de la commission,

A nos yeux, toute réponse à la question de la mixité sociale dans l’Education nationale nécessite trois remarques préliminaires :

- I’Education nationale ne peut être seule rendue responsable de la question de !a mixité sociale dans notre pays qui a abouti à une véritable ségrégation spatiale : l’institution scolaire ne fait en effet que subir une situation qui doit être imputée à des facteurs beaucoup plus généraux, en particulier ceux liés à l’urbanisme et à la gestion des flux migratoires, auxquels elle doit s’adapter sans disposer de la possibilité de les influencer ;

- même la mixité sociale est un objectif Iégitime, il est clair qu’il n’est pas partagé par tous : on connaît bien sûr les travaux de sociologie du couple Pinçon sur l’aristocratie et la haute bourgeoisie qui ont démontré la volonté assumée d’homogamie de ces groupes sociaux favorisés, mais cette tendance à la fermeture gagne également de plus en plus d’autres groupes sociaux, à commencer par les classes moyennes installées dans les villes centres mais aussi les périphéries urbaines en pleine croissance du fait du renchérissement sans précédent des prix de l’immobilier depuis une vingtaine d’années. Une récente étude conclut même que les élèves issus de l’immigration seraient « plus heureux » dans des classes où leurs camarades seraient de même origine !

- il faut en finir avec l’hypocrisie qui consiste à considérer que la mixité sociale c’est bien pour les autres, pas pour ses enfants : je suis ainsi intimement persuadé qu’il n’y a quasiment pas un fils de parlementaire qui fréquente un collège de REP...

Ceci posé, deux mesures peuvent pour le SNALC contribuer à enrayer les mécanismes de ségrégation scolaire que connaît aujourd’hui notre système éducatif :

- la mise en place d’une carte scolaire fondée sur de vastes zones incluant les établissements privés sous contrat s’inspirant du rapport publié par la sénatrice Françoise Cartron : en effet, tant qu’il sera possible d’éviter d’inscrire son enfant dans un établissement ayant une mauvaise réputation en recourant à un établissement privé sous contrat parfois très éloigné du domicile, toute politique visant à favoriser la mixité sociale au sein de l’institution scolaire sera vouée à l’échec ! A l’inverse un zonage large laissant des possibilités de choix étendues aux familles pourra permettre une meilleure régulation des flux. ll faudra peut-être dans cette perspective prévoir un système de
bourses compensatoires pour que les élèves issus des milieux défavorisés puissent acquitter les frais de scolarité dans les établissements privés sous contrat.

- afin de rendre attractif tous les établissements, il convient d’implanter partout des filières dites d’excellence : des filières d’excellence au recrutement sélectif (classes européennes et bilangues, options artistiques, langues rares, langues anciennes, BTS, CPGE, etc.) doivent être implantées massivement sur tout le territoire et non plus réservées à quelques établissements de centre-ville afin de ne plus donner lieu à des dérogations et d’attirer partout de bons élèves.

Ces mesures globales doivent s’accompagner de deux mesures techniques :
- chaque établissement de la large zone de carte scolaire devra disposer d’indicateurs susceptibles de mesurer sa mixité sociale, en fonction notamment du nombre d’élèves boursiers, et sera tenu de recruter obligatoirement un minimum d’élèves issus des milieux défavorisés sous peine de lourdes sanctions administratives et financières à l’égard des personnels de direction, des DASEN et des recteurs qui ne respecteront pas les quotas demandés ;
- les résultats scolaires et le statut de boursier seront les deux premiers critères décidant de l’affectation des élèves.

Conclusion :
Aux yeux du SNALC, seule une politique volontariste et courageuse de l’Etat, fondée sur la contrainte, peut permettre la mise en place d’une véritable mixité sociale à l’heure où notre société libérale favorise l’individualisme et l’entre soi et où le libre choix des familles ne peut aboutir qu’à une aggravation de la ségrégation scolaire.

François PORTZER
président national SNALC- FGAF

Extrait de snalc.fr du 17.03.15 : Audition sur la mixité sociale

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