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Budget 2016 : Les déchiffreurs de l’éducation contestent le chiffre de 11 711 postes supplémentaires (dont 2 150 d’assistants d’éducation pour l’éducation prioritaire) annoncés par la ministre pour la rentrée

21 décembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Le communiqué des déchiffreurs

A en croire Najat Vallaud-Belkacem, l’Éducation nationale va bénéficier en 2017 des 60 000 postes promis par François Hollande lors de sa campagne présidentielle :

D’après elle, en effet : « Cette année, ce sont 11 711 nouveaux postes qui seront créés, nous rapprochant progressivement de l’objectif des 60 000 postes d’ici la fin du quinquennat. (in « présentation du projet de Loi de finances 2016 sur le site du ministère »

Bel effet de communication, qu’un examen attentif du projet de budget 2016 vient contredire :

Ce ne sont pas 11 711 postes qui seront créés en 2016, mais 9 561 … et encore [1] , dont 8 561 pour l’enseignement scolaire (dont 500 pour l’enseignement privé).

Tout compte fait, ce sont donc 8 061 postes qui seront créés pour l’enseignement public, comme le montre le tableau suivant :

Voir le tableau

Des postes qui n’en sont pas !

Najat Vallaud Belkacem a trouvé l’art de multiplier les postes : aux 9 561 postes réglementairement prévus au budget, elle ajoute en effet 2150 « postes » d’assistants d’éducation présentés comme créés dans le cadre de la réforme de l’éducation prioritaire.

C’est incontestablement une très bonne chose que les écoles et collèges en éducation prioritaire puissent bénéficier de ces assistants d’éducation, mais regardons les choses d’un peu plus près.

Tout d’abord, les assistants d’éducation sont payés sur des crédits [2]. Il est donc tout-à-fait fallacieux de les présenter comme des postes : ce sont des emplois précaires financés par des subventions aux établissements d’enseignement qui sont les employeurs de ces assistants d’éducation.

Les assistants d’éducation sont recrutés dans le cadre d’un contrat de droit public à durée déterminée. Les contrats des assistants d’éducation sont conclus pour une durée maximale de trois ans, renouvelables dans la limite d’un engagement maximal de six ans.

Les assistants d’éducation doivent être titulaires du baccalauréat, ou d’un titre ou diplôme de niveau IV ou d’un titre ou diplôme de niveau égal ou supérieur

La rémunération des assistants d’éducation est calculée sur la base de l’indice 309, soit une rémunération brute mensuelle de 1430.76 € pour un temps complet.

Les assistants d’éducation effectuent leur service sur une période comprise entre 39 et 45 semaines dans le cadre de la durée annuelle de référence de 1600 heures fixée par le décret n° 2000-815 du 25 août 2000, relatif à la réduction et à l’aménagement du temps de travail dans la fonction publique de l’Etat.

Source : SIATEN, système d’information des agents temporaires de l’éducation nationale

(à noter que nous avons dû actualiser la rémunération, le site du ministère étant apparemment inchangé depuis plusieurs années, ce qui montre la considération de l’institution à l’égard de ses personnels).

De plus, les crédits supplémentaires inscrits au PLF 2016 correspondent à un millier d’assistants d’éducation supplémentaires et non pas à 2150. La comparaison des deux budgets est éclairante.

La dotation prévue en 2015 permet de rémunérer 48 300 assistants d’éducation en moyenne annuelle, soit le maintien des effectifs 2014, au coût moyen annuel de 26 598 €

La dotation prévue en 2016 permet de rémunérer 49 300 assistants d’éducation en moyenne annuelle, au coût moyen annuel de 26 591 €. Ceci permettra l’affectation, au bénéfice des réseaux d’éducation prioritaire, de 2 150 AED supplémentaires au 1er janvier 2016

On n’est pas loin d’un miracle, celui de la multiplication des postes qui n’en sont pas.

Il est certes possible que 2150 assistants d’éducation puissent être recrutés à compter du 1er janvier 2016 dans les établissements de l’éducation prioritaire, mais une partie d’entre eux prendront la place d’autres assistants d’éducation en fin de contrat et une autre partie d’entre eux ne seront pas recrutés pour un temps plein, ce qui est fréquent.

On a affaire là à une belle entourloupe, pour ne pas parler d’une belle malhonnêteté.

Et les 60 000 postes dans tout ça.
Si on ne s’intéresse qu’aux vrais postes, nous serons à la rentrée prochaine à un peu moins de 45 000. (44 867). Il en faudrait 15 000 au budget 2017, pour que l’engagement présidentiel soit tenu ! Les aurons-nous et combien d’entre eux seront de vrais postes ?

[1] Le budget affiche la création de 1000 postes dans l’enseignement supérieur, mais ce sont les établissements d’enseignement supérieur, et non plus le Ministère, qui créent effectivement ces postes. Or tous les postes affichés au budget ne pourront sans doute pas être créés par les établissements d’enseignement supérieur dont les budgets sont insuffisants.

[2] La Cour de comptes critique d’ailleurs ceci depuis des années.

Extrait de cahierspedagogiques.com du 11.12.15 : Budget 2016 : l’entourloupe des assistants d’éducation !

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