> 6 - Pédagogie en ZEP > Actions interdegrés > "Les cités de transit du Port de Gennevilliers (1965-1987)", par Alain (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

"Les cités de transit du Port de Gennevilliers (1965-1987)", par Alain Bourgarel, avec l’histoire de l’"école du port", appelée « la première ZEP de France » par Alain Savary

19 mai 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Une brochure de 140 pages, éditée par la Société d’histoire de Gennevilliers, retrace les 20 années d’existence des cités de transit située dans le Port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Seules quelques pages traitent des écoles qui s’y trouvaient mais elles révèlent un fonctionnement particulier que le créateur des ZEP, Alain Savary, ministre de l’Education nationale en 1981, considèrera comme préfigurant l’éducation prioritaire.

Extrait :

« La ville de Gennevilliers et l’éducation prioritaire
Notre commune est connue pour sa politique sociale et culturelle, ainsi que pour sa politique du logement. Elle l’est moins pour ses liens avec l’éducation prioritaire au cours des 50 dernières années.
● En 1965 se fonde dans cette ville un groupe de travail sur la scolarisation dans les cités d’urgence et de transit, un réseau qui vise à relier entre eux les enseignants d’écoles situées dans ces zones d’exclusion où l’Education nationale ne parvient pas à être efficace.
● En 1966 s’ouvrent les écoles du Port de Gennevilliers qui inaugureront la première organisation originale (recyclage de 200 enfants sur 12 écoles de 4 communes pendant 20 années, effectifs faibles, maîtres spécialisés, scolarisation à 2 ans) pour lutter contre la ségrégation sociale et scolaire instaurée par la construction des cités de transit du Port.
● En novembre 1966, alors que les enseignants en accord avec les parents sont en grève dans les écoles du Port, un article du Monde, écrit par Frédéric Gaussen, explique les enjeux de cette nouvelle organisation scolaire et reprend la revendication de l’équipe pédagogique : « mener une recherche sur ce qu’il convient de faire dans les territoires où l’Education nationale ne parvient pas à remplir ses missions élémentaires ».
● En mai 1969, c’est à Gennevilliers qu’est écrit et publié le premier article français souhaitant l’instauration de zones d’éducation prioritaires (« Interéducation » revue de GFEN, de l’IPEM et autres organisations pédagogiques). La création des ZEP deviendra ensuite une revendication syndicale en 1972 et un objectif politique, en 1978.
● En 1981, le ministre Alain Savary, créateur des ZEP, présente le système établi depuis 1966 au Port de Gennevilliers comme « la première ZEP de France ». Les enseignants durent alors lui faire remarquer que le recyclage en cours amenait au partage des élèves, ce que le dispositif ZEP permettait justement d’éviter.
● En 1981, la ville de Gennevilliers est la première à déposer auprès de la Commission nationale de développement social des quartiers (CNDSQ) un dossier pour que le quartier des Grésillons fasse partie des territoires retenus. Cette demande sera agréée et le quartier des Grésillons fera partie des 15 premiers DSQ de France, dispositif interministériel dont les ZEP sont la part éducative (discours de Pierre Mauroy, le 30 juin 1981).
● En décembre 1981, Jacques Bruhnes, député de Gennevilliers, présente à l’Assemblée nationale, comme rapporteur du budget de l’Education nationale, les premières mesures du budget initial de la Nation concernant les ZEP.
● En janvier et février 1982, le maire et plusieurs de ses adjoints participent sans relâche aux commissions de déterminations des territoires prioritaires qui se tiennent à Nanterre. On note qu’à ce moment-là, dans d’autres départements, la Seine-Saint-Denis en particulier, il n’y a aucune revendication en ce sens. Le quartier des Grésillons devient l’une des trois ZEP des Hauts-de-Seine et l’une des trois cent cinquante ZEP de France à la rentrée scolaire 1982.
● En 1984, a lieu dans la salle des fêtes de Gennevilliers flambant neuve (ce fut sa première utilisation) le premier forum national « Ecole et quartiers » qui est le lancement du travail commun, tout à fait nouveau à l’époque, entre les ministères de l’Education nationale et la Commission nationale de développement des Quartiers (devenue en 1990 le ministère de la Ville). Le choix de Gennevilliers marquait, pour le gouvernement de Pierre Mauroy, sa reconnaissance pour une commune ayant anticipé la mise en place d’une politique éducative en lien avec les autres aspects de la vie des élèves : culture, logement, vacances, camion dentaire, etc.
● En 1990, le Recteur Alliot décide de relancer vigoureusement la politique prioritaire dans l’académie de Versailles et publie une plaquette dont la couverture représente la sculpture monumentale « Les mains » du futur lycée Galilée. Gennevilliers symbolise ainsi les trente-deux ZEP de l’académie de Versailles.
● En 1995 est publié « Patience et passions » où sont présentées les ZEP du Luth (pédagogies et références culturelles) et des Grésillons (langue et langages).
● En 1995, le Conseil d’Etat, dans son rapport sur l’évolution de la notion d’égalité dans la République, cite un dispositif, les ZEP, et une commune, Gennevilliers, comme exemples dans la marche vers l’égalité.
● En septembre 1997, c’est à Gennevilliers, à l’école des Grésillons, que la ministre de l’Enseignement scolaire choisit de présenter le plan de relance gouvernemental des ZEP, promis par le Premier ministre en juin.
● En décembre 1997, « Par sa décision n° 157 425 Commune de Gennevilliers, le Conseil d’Etat accepte qu’une différenciation tarifaire soit effectuée pour l’accès à un service public facultatif de loisirs. » C’est une victoire pour la ville car le préfet avait refusé que les tarifs de l’école de musique et l’école d’arts plastiques soient modulés en fonction des revenus des familles. Cette inégalité de traitement était reconnue comme fondement de la République.
● En l’an 2000, à la salle des fêtes, puis en 2002, au collège Edouard Vaillant, se tiennent à Gennevilliers les journées nationales de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), dont le siège social est alors dans cette ville. Les recteurs Alliot et Pair, mais aussi Catherine Moisan, Jean-Yves Rochex, Claude Thélot, et bien d’autres sont ainsi venus à Gennevilliers travailler sur la mise en œuvre française du concept de ZEP créé en 1981.
● En 2002, au collège Edouard Vaillant, puis en 2007 et 2012, dans un restaurant de la ville, furent fêtés les 20 ans – 25 et 30 ans de l’éducation prioritaire.
● La rentrée scolaire 2014 a vu la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, choisir une école du REP+ du Luth à Gennevilliers pour affirmer son attachement à l’éducation prioritaire en cours de refondation, y rencontrant les élèves, les enseignants, les parents d’élèves, l’inspecteur et le maire.
● En 2015, à l’occasion de la réorganisation de la carte de l’éducation prioritaire, l’ancien réseau de réussite scolaire du collège Pasteur quitte ce dispositif où il était entré en 1999, l’ancienne ZEP Edouard Vaillant (entrée dans le dispositif en 1982) devient Réseau d’Education prioritaire (REP) et l’ancienne ZEP Guy Môquet (entrée dans le dispositif en 1990) devient « REP+ »

Ainsi, la ville de Gennevilliers a participé à la conception, à la mise en place et au fonctionnement de l’éducation prioritaire, chez elle et sur l’ensemble du territoire national. »

Alain Bourgarel, « Les cités de transit du Port de Gennevilliers (1965-1987) », Société d’histoire de Gennevilliers, avril 2016, 140 p, 16 €.

Commandes : envoyer un chèque de 20,50 € (16 € + frais de port) à l’ordre de la Société d’histoire de Gennevilliers, Archives municipales, 177, avenue Gabriel Péri, 92230 Gennevilliers.

 

Note du QZ : L’auteur de cette étude historique est Alain Bourgarel, co-fondateur de l’OZP, qui a exercé longtemps comme instituteur et directeur de cette école.

Répondre à cet article

2 Messages de forum