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Compte rendu par le Café pédagogique de la rencontre OZP du 23 mars 2016 sur l’interdegrés : "ça va pas être possible ? "

24 mars 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

ÇÇ En principe c’est très simple. La loi d’orientation prévoit la création de conseils école - collège (CEC) chargés de veiller à la continuité pédagogique entre le premier et le second degré. Mais qu’en est-il réellement ? Les CEC sont-ils réellement opérants ? De quoi s’occupent-ils ? L’Observatoire des Zones Prioritaires (OZP) a invité le 23 mars trois principaux pour échanger sur leurs expériences. Un exercice qui a vite buté sur l’expérience des coordonnateurs présents dans la salle. Finalement, l’interdegrés ca va pas être possible ?

La création des conseils écoles - collège
Pour échanger sur les réseaux interdegrés, l’Observatoire des Zones Prioritaires (OZP) invite le 23 mars trois principaux de deux collèges Rep situés à Paris et dans le 93 et un collège très populaire du 93. La loi d’orientation a voulu créer un lien entre primaire et secondaire et l’a marqué de façon forte en créant un cycle interdegrés, le cycle 3, et en imposant la création de conseils école - collège (CEC) très souples pour organiser la continuité éducative.

Ce conseil "contribue à améliorer la continuité pédagogique et éducative entre l’école et le collège.. Il se réunit au moins deux fois par an et établit son programme d’actions pour l’année scolaire suivante ainsi qu’un bilan de ses réalisations... Le conseil école-collège peut créer des commissions école-collège chargées de la mise en œuvre d’une ou plusieurs des actions de son programme. La composition, les objectifs et les modalités de travail de ces commissions sont arrêtés par le conseil école-collège".

Comme le souligne François Régis Guillaume, animateur de cette rencontre, "l’enjeu c’est de permettre aux élèves d’entrer dans un monde où les apprentissages sont structurés par des disciplines" et pour les enseignants de "rapprocher leurs cultures professionnelles". En diminuant l"écart de pratiques et en communiquant sur les élèves, écoles et collège doivent faciliter la réussite des élèves.

Tout parait simple...
Et en éducation prioritaire, tout cela parait simple. "On a la chance que les réseaux interdegrés existaient déjà ", souligne une principale. "Le comité exécutif du réseau d’éducation prioritaire devient CEC. On connait bien les enseignants du primaire qui sont stables". Du coup, dans son collège, le CEC a choisi le thème des Parcours culturel et citoyen pour entrer dans les nouveaux programmes et réécrire le projet de réseau. Dans un autre collège, la principale explique que le CEC existait en fait depuis 2 ans et l’établissement travaille à un "projet de partage des pratiques pédagogiques". Dans le troisième collège on travaille en petites commissions sur les maths ou l’enseignement de la lecture. Une coordinatrice évoque même l’ouverture prochaine de classes de Cm2 - 6ème dans certains collèges. Tout semble donc déjà installé et facile.

"Je suis tombée de haut..."
Que nenni. "Je suis tombée de haut. On n’arrive pas à travailler ensemble. On a du mal à trouver du temps en commun, d’autant que les enseignants du primaire finissent plus tôt avec la réforme des rythmes", explique une principale. "Les agendas se heurtent", explique le troisième principal. Pas seulement celui des écoles et du collège mais aussi le fait qu’il faut aussi faire face à la réforme difficile du collège, aux nouveaux programmes.

Mais c’est de la salle que viennent les vraies questions. Plusieurs coordonnateurs sont venus avec de vrais problèmes. Le premier à être évoqué porte sur l’anglais. "En 6ème les professeurs redémarrent à zéro comme si l’anglais n’était pas enseigné à l’école ", explique une coordinatrice. "En principe le niveau A1 doit être évalué en fin de cycle en 6ème mais il est souvent déjà validé à la fin du CM2". Pour la validation des compétences, le collège se sert de l’application Sacoche... inaccessible aux professeurs des écoles. L’ENT du 93 reste limité également aux collèges.

Le second problème évoqué porte justement sur l’évaluation. L’évaluation par compétences domine à l’école. Une coordinatrice aimerait bien qu’elle gagne les collèges. "C’est problématique car c’est un sujet de crispations qui cristallise les tensions", explique un principal.

Troisième problème les PPRE passerelles. Ces programmes sont devenus courants à l’école. Ils restent inutilisés au collège. "Au début j’ai cru que c’était leur taille", explique une principale. Mais la réduction à une seule page ne change rien. "Les professeurs du 2d degré ne savent pas faire de pédagogie différenciée", estime une responsable municipale de politique éducative.

Un système qui organise l’échec de l’interdegrés
La discussion aurait pu s’en tenir aux éléments pouvant faire évoluer ces obstacles. Mais un coordinateur porte le coup de grâce. "Dans ma circonscription, la moitié des enseignants du primaire ont moins de 2 ans de métier, 70% moins de 10 ans. Au collège comme à l’école, on doit faire face à une multiplicité de contrats de travail entre corps de titulaires et contractuels". Dans ces conditions les efforts de formation des enseignants au travail en commun ressemblent au tonneau des Danaïdes. Il évoque aussi la nécessité pour les enseignants du primaire de connaitre ce que font les professeurs des collèges, par exemple de savoir ce qu’est une Segpa avant d’y orienter les élèves.

Des remarques qui montrent que le fossé est bien plus profond. D’abord parce que le système éducatif envoie des injonctions particulièrement contradictoires en fixant des principes éducatifs mais en ne créant pas les conditions minimales pour leur existence. Ensuite parce que les objectifs même de l’interdegrés semblent flous. S’agit-il d’importer au collège des pratiques du primaire, ce qui semble implicite dans les déclarations des principaux, ou de faire prendre en compte le collège dès le primaire ? Poser la question c’est au final s’interroger sur la nature des difficultés des élèves et aider les enseignants à les surmonter. Mais on voit que les conditions ne sont pas réellement réunies dans un système éducatif qui semble soutenir insuffisamment les quartiers prioritaires. Finalement l’interdegrés c’est plus facile dans les quartiers privilégiés ?
François Jarraud

Le conseil école collège

Extrait de cafepedagogique.net du 24.03.16 : Interdegrés école - collège : Ca va pas être possible ?

 

Voir aussi
Compte rendu OZP de la rencontre du 23 mars 2016 sur l’interdegrés : "Malgré des obstacles, le métier évolue dans le bon sens"

Compte rendu par Tout Educ de la rencontre OZP du 23.03.16 sur l’interdegrés : "Une mutation de la culture professionnelle a commencé"

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1 Message

  • A lire ce compte rendu, je me demande si F.Jarraud a bien assisté à la même rencontre que moi. Des acteurs de terrain échangent sur ce qu’ils entreprennent pour cette liaison entre écoles et collèges, sur les obstacles auxquels ils se heurtent, je comprends que ce n’est pas facile ; F.Jarraud écrit : « ça va pas être possible », alors même que les intervenants n’ont cessé de décrire ce qui a été possible.
    Ces mêmes acteurs pointent comme difficulté principale : l’opposition des cultures professionnelles des enseignants du premier et du second degré dont les élèves font les frais. Mais en même temps, ils disent ce qu’ils ont déjà fait et comment les uns découvrent les avoirs faire des autres. Devant cette difficulté de fond, F. Jarraud botte en touche et renvoie le problème à « un système qui organise l’échec de l’interdegré ». Trop facile !
    Certes les moyens attribués aux REP ne réparent pas dégâts causés par les destructions au cours des périodes précédentes : dans les écoles de tel réseau, une majorité de professeurs avec peu d’ancienneté, n’ayant reçu aucune formation, fréquemment en arrêt maladie, qui ne sont pas toujours remplacés ou par des contractuels sans formation eux aussi, parce que les emplois de remplacement ont été remplacés par des crédits. Mais pour que ces mauvais jours ne reviennent pas, il ne faut pas escamoter ce qui se dégage de cette rencontre : le sentiment fort que malgré tout, en éducation prioritaire, on travaille bien et que le métier évolue dans le bon sens !

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