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L’empathie pour mieux vivre ensemble à l’école : entretien du Café pédagogique avec Omar Zanna, docteur en sociologie et en psychologie, maître de conférences à l’Université du Maine au Mans

14 juin 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

L’empathie pour mieux vivre ensemble à l’école

Docteur en sociologie et en psychologie, maître de conférences à l’Université du Maine au Mans, Omar Zanna a notamment publié Apprendre à vivre ensemble en classe (Dunod, 2015) et a coordonné l’ouvrage Corps et climat scolaire (Revue EPS, avec C Veltcheff et P-Ph Bureau, 2016). Il défend la nécessité d’éduquer à l’empathie dans une école qui accueille un public de plus en plus hétérogène où, pour bien apprendre, il faut savoir vivre ensemble.

Pourquoi est-ce si important de développer l’empathie à l’école ?

Avec l’ouverture sur le monde, l’immigration et les différentes cultures qui s’y côtoient, l’école accueille des enfants de plus en plus divers. Afin de pouvoir vivre ensemble correctement, il est nécessaire de développer l’empathie, une compétence à la fois sociale et relationnelle. Dans les années 60, l’école de la République accueillait une population beaucoup plus homogène et n’avait pas un tel besoin.

Qu’est-ce que l’empathie dans le domaine scolaire ?

Il y a l’empathie cognitive : il s’agit de se représenter ce que se représente l’autre, de comprendre la manière dont il fonctionne. C’est ce dont fait preuve l’enseignant quand il prépare ses cours.

Il y a aussi l’empathie émotionnelle : c’est ce qui passe dans les relations face à face, entre les corps qui expriment des émotions. Par exemple si vous souriez, je vais avoir tendance à vous sourire.

Pour aller vite, on dit souvent que l’empathie, c’est se mettre à la place de l’autre. En réalité, cela n’est pas possible, on se représente ce qu’il pense sans en avoir aucune certitude, on s’en approche.

Les conditions d’une ambiance apaisée

Qu’est-ce que cela permet ?

L’école étant un lieu d’apprentissages, le but est de faire classe dans de bonnes conditions. Or souvent les enseignants doivent régler des conflits, voire des violences, avant de pouvoir faire cours. Grâce à l’empathie, vous permettez la compréhension mutuelle entre élèves, et celle entre élèves et professeurs. Vous évitez les malentendus et les a prioris, sources de conflits. Vous créez ainsi les conditions d’une ambiance apaisée pour enseigner. Dès lors que l’on est connecté, au sens de l’empathie, on peut avancer ensemble.

Y a-t-il des dispositifs pour y parvenir ?

Dans la Sarthe, dans les 20 établissements qui ont accepté de rentrer dans notre expérimentation, les enseignants volontaires - tous ne sont pas prêts, certains n’y voient qu’un nouveau "truc" - se disent satisfaits. Ils reconnaissent qu’il faut faire un effort. Mais une fois que l’enseignant s’autorise à organiser sa classe autrement, il en tire un bénéfice, pour lui et pour sa classe.

J’ai en tête 6 professeures des école de l’école Walllon de Trappes (Yvelines). Elles mettent en place "l’échelle des émotions" : quand un élève ne va pas bien, il a le droit d’aller dans un coin de la classe où il y a une "échelle des émotions". Il met un mot sur son ressenti et il le place sur l’échelle. L’une d’elles m’a confié qu’elle ne venait plus jamais à l’école à reculons car sa classe est apaisée.

J’ai travaillé avec ces enseignantes sur des rituels d’entrées et de sorties de classe. Avec ces rituels, vous dites aux élèves qu’ils sont en sécurité car vous les prenez en charge. Lorsqu’ils sortent, vous leur dites : "Je vous lâche, à demain". Les enseignants le font déjà plus ou moins sans le savoir – par exemple, ils se placent l’entrée de leur classe et disent bonjour aux élèves. Mais il faut le conscientiser.

Une école d’avant les années 60

Les profs sont-ils formés à l’empathie ?

Ca leur manque cruellement. La formation est encore basée sur un concours préparant les enseignants à une école d’avant les années 60, l’école du contenu. Ce qui ne veut pas pas dire que la didactique n’a pas évolué.

Or l’école scolarise de plus en plus d’enfants différents. Il faut former aussi au contenant. On focalise sur le fait qu’un prof de maths doit être bon en maths. Mais il faut qu’il soit aussi un bon médiateur social, qu’il mette en situation, qu’il sache lire les corps et les postures, qu’il comprenne l’impact de ses paroles lorsqu’il dit, par exemple, "Tu es nul, on ne fera rien de toi"...

Un jour, je présentais mes travaux dans un collège pour convaincre les enseignants. Je parlais d’émotions, de relations. Une professeure m’a interpelé : "Moi je n’ai pas de problèmes avec les émotions, je gère ma classe."

Je lui ai demandé si elle envoyait ses élèves au tableau. Et depuis quand elle enseignait. Puis, après lui avoir demandé si je pouvais la bousculer un peu, je lui ai dit : "Alors vous êtes maltraitante depuis 17 ans ! Car vous n’avez pas compris que pour un gamin, aller au tableau, ça peut être comme un passage à tabac, et que s’exposer ainsi aux regards produit des émotions".

Je ne lui jette pas la pierre. En discutant, elle a d’ailleurs parfaitement compris. Depuis, j’ai travaillé avec les enseignants sur comment réduire la pression au tableau et créer les conditions d’un enseignement plus serein. On a mis en place des techniques : certains font asseoir, d’autres envoient 2 ou 3 élèves en même temps au tableau.

Les profs, des ethnologues de l’école

Quel lien entre le passage au tableau et l’empathie ?

Depuis 3-4 ans, j’étudie le rituel des passages au tableau comme une occasion d’évaluer l’ambiance empathique d’une classe. Quand vous avez quelqu’un au tableau, l’important n’est pas de le regarder mais de regarder ceux qui regardent celui au tableau. Là, vous appréhendez le degré d’empathie de la classe. Il y a ceux qui rigolent, ceux qui détournent le regard car ils ont peur d’y être envoyés à leur tour, ceux qui y sont déjà allés et qui ont de l’empathie, qui comprennent celui qui est malmené, etc.

Autre chose intéressante : il n’est pas sûr que le professeur évalue ici ce qu’il veut évaluer, c’est-à-dire la connaissance. Il évalue plutôt la capacité de l’élève à restituer une connaissance en situation émotionnelle forte.

Il reste beaucoup à faire ?

Dans les enquêtes internationales Pisa de l’OCDE, les Finlandais caracolent en tête. Ils ont développé depuis une quinzaine d’années la relation empathique avec leurs élèves. Pour eux, la difficulté de tenir une classe, ce n’est pas tant le nombre d’élèves même si cela compte, mais l’état d’esprit avec lequel on appréhende sa classe.

Je propose souvent aux enseignants de se faire les ethnologues de l’école. Les indigènes, ce sont les élèves. Au collège par exemple, ils passent 6 à 7 heures par jour, 5 jours par semaine. C’est leur tribu, c’est leur monde.

Je dis aux enseignants : décentrez-vous de vos représentations pour comprendre le monde des indigènes de l’école. Pour cela, vous devez appréhender leur paysage intérieur, leur vision du monde. Comme l’ethnologue ou l’ethnographe qui allait à la fin du 19 ème siècle étudier les sociétés traditionnelles. Il s’immergeait, il s’imprégnait.

En tant qu’enseignant, on doit faire l’effort d’aller vers la manière dont l’autre pense. Ce n’est que du positif. Car lorsque les uns et les autres se comprennent, ils avancent de conserve.
Véronique Soulé

Des liens sur des fiches réalisées par O. Zanna sur l’éducation à l’empathie à l’école :

Eduquer à l’empathie au collège (6 pages)

Eduquer à l’empathie à l’école primaire (10 pages)

Le jeu des Mousquetaires

La visite au Musée

Extrait de cafepedagogique.net du 06.06.16 : La chronique de Véronique Soulé : L’empathie pour mieux vivre ensemble à l’école

 

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