> 5 - Education prioritaire > ACTEURS > ENSEIGNANT : métier, statut... (5 SR) > Témoignages (Enseignants) > Lettre à un collègue qui débarque en REP+, par Guillaume Caron (Cahiers (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Lettre à un collègue qui débarque en REP+, par Guillaume Caron (Cahiers pédagogiques)

25 août 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Être nommé en REP+ n’est pas souvent un choix pour les jeunes profs. Pour certains, cela devient vite une source d’angoisse.

Qu’est-ce que j’aimerai dire à un collègue dans cette situation ?
Tout d’abord dédramatiser au plus vite ! Un collège REP+ n’est pas l’antichambre des enfers. C’est un collège comme les autres, son « label » tient au fait que les catégories socio-professionnelles défavorisées sont sur-représentées, souvent entre 70 et 90 % des familles. La problématique est donc avant tout sociale. Ce « label » garantit surtout des moyens supplémentaires non négligeables qu’il est toujours intéressant d’exploiter. Quand on sait que le système scolaire français a des difficultés à faire réussir ces élèves de milieux populaires, le défi est forcément intéressant. Mais si c’était facile, alors la solution aurait été largement diffusée…

Faut-il sourire avant Décembre ?
Cher collègue, tu vas, en arrivant, recevoir plein de conseils des personnes qui sont en place dans le bahut. Ils sont importants, en particulier pour connaître les habitudes de l’établissement, son fonctionnement, ses difficultés mais aussi ses réussites. Tu auras d’ailleurs du temps pour ça puisque, en REP+, notre service est allégé pour pouvoir se concerter. Certains conseils sont toutefois à prendre avec distance (ceux que je suis en train de donner ici aussi), chacun a son propre fonctionnement et ce qui convient à un collègue ne convient pas à tous et peut même vite se transformer en fausse bonne idée. On va peut être te conseiller de ne pas sourire jusqu’en décembre, de punir d’entrée de jeu, de revoir tes objectifs à la baisse… prudence, prudence…

N’oublie jamais que l’empathie est un facteur clé de réussite scolaire et qu’un environnement positif et une relation de confiance entre toi et tes élèves sont primordiaux. Ton autorité (dont on sait que c’est une de tes préoccupations majeures) ne tient pas au fait d’adopter une posture sévère, elle se construit. Je te conseille à ce sujet la lecture de ce billet : Autorité et si ça s’apprenait ?

Cette question de la « gestion de classe » ne peut pas être considérée à part. C’est un tout qui va faire que la mayonnaise va prendre. Le contenu de tes séances, les modalités pédagogiques que tu vas choisir pour tel ou tel contenu, la différenciation indispensable que tu auras prévue, les modalités d’évaluation (une question particulièrement sensible dans ce type d’établissement ou le décrochage est si vite arrivé) que tu auras choisi…

Refuser de baisser les exigences
Enseigner en REP+ c’est aussi refuser la baisse des exigences. C’est vrai, on peut être tenté face aux difficultés des élèves de « simplifier », de détailler les consignes… on finit par saucissonner les tâches et on ne permet pas aux élèves d’accéder à toute la complexité des acquis. Il faut être conscient que lorsqu’on simplifie, on ne convoque plus les élèves sur les mêmes registres… Au final, pas de réduction des inégalités en vue. Traiter la difficulté des élèves ce n’est pas simplifier, c’est trouver les moyens qui vont permettre de réduire ses difficultés, en les anticipant, en les diagnostiquant, en mettant la question du statut de l’erreur au cœur de nos réflexions. C’est probablement le moment de te parler de ce que tu entendras souvent (et tu constateras peut être aussi toi-même) : les « élèves ne sont pas motivés ». Ca ne peut pas rester un constat… Se poser, en tant que prof, la question de savoir ce sur quoi on peut agir est toujours intéressant. On ne peut pas forcer un élève à être motivé mais il est fondamental de connaître les facteurs qui favorisent la motivation pour guider nos choix : la perception de la valeur que l’élève accorde à l’activité, le sentiment de contrôle sur les conséquences de celle-ci (et donc une évaluation qui laisse la place pour l’erreur, le progrès… ), la perception de sa capacité à réussir…

Un optimisme forcené
Si j’avais un dernier conseil à donner, ce serait celui d’être résolument optimiste. Tout le monde rencontre des difficultés dans ce métier, encore plus en REP probablement. Plutôt que de les prendre comme un échec, il faut les voir comme une opportunité de te poser de nouvelles questions, de te former, d’échanger avec les collègues, de chercher des solutions. Cet optimisme face aux difficultés se conjugue parfaitement avec un optimisme capital au quotidien : croire que chaque élève peut progresser, même si c’est compliqué à un moment donné. Croire en cet éducabilité de tous sans cesse est essentiel, même si parfois ils nous donnent envie de baisser les bras. Certains comportements et réactions face au travail sont parfois déroutants (dans les deux sens !) et peuvent être vécus comme une remise en cause mais il ne faut jamais les surinterpréter (et donc sur-réagir). ce ne sont finalement que des problèmes quotidiens de travail pour nous. La seule sur-réaction de notre part a tout intérêt à être positive la plupart du temps. Cet optimisme forcené finira par embarquer un maximum d’élèves !

Avant de te souhaiter une bonne rentrée, je te conseille la lecture du référentiel de l’éducation prioritaire. Ce guide a été rédigé suite à de nombreux retours de terrain mais aussi grâce aux apports de la recherche : Le référentiel

Extrait de guillaumecaronmaths.wordpress.com du 24.08.16 : Lettre à un colègue qui débarque en REP+

 

Note du QZ : Guillaume Caron est professeur de maths en éducation prioritaire, formateur et co-rédacteur de la revue de presse des Cahiers Pédagogiques

Répondre à cet article