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« L’école qui classe », Joanie Cayouette-Remblière, Puf, 2016, 273 p., Comment l’école creuse les inégalités en raison même de la "forme scolaire" et des impensés enseignants. Entretien de l’auteure avec le Café pédagogique et avec les Cahiers pédagogiques et un mémo de l’INED

13 septembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 27.02.17

Comment se construisent les inégalités scolaires au fil des trajectoires des élèves ?

Les dernières données nationales permettant de suivre un échantillon représentatif des élèves de la 6e vers le baccalauréat révélaient, en 2005, que 87 % des enfants d’enseignants obtiennent ce diplôme, contre seulement 39 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Partant de ce constat, Joanie Cayouette-Remblière s’est proposé de suivre au plus près les parcours scolaires de deux cohortes d’élèves, de leur entrée au collège jusqu’à leur éventuel accès au baccalauréat. Les résultats de ce travail permettent de voir que, loin d’être données, ces inégalités se construisent, pas à pas, au sein du système scolaire.

Extrait de ined.fr : memos-demo : les inégalités scolaires au fil des trajectoires

 

Additif du 12.01.17 :

[...] Parmi les facteurs explicatifs des inégalités de progression vous soulignez les effets de composition des classes : en quoi cela peut-il pénaliser les élèves de classes populaires ?

J’ai pu mettre en évidence un effet du niveau scolaire de la classe qui joue de façon inattendue en 6e. En effet, en début de collège, les enseignants se montrent attentifs au niveau moyen de leur classe et prennent plus de temps à expliciter les exigences du collège et sa méthodologie dans les classes qu’ils estiment les plus faibles. Or, ce qu’ils vivent souvent comme une perte de temps semble expliquer que, toutes choses égales par ailleurs, les élèves progressent davantage de la 6e à la 3e lorsqu’ils ont fréquenté, en 6e, une classe faible. Ou, pour le dire autrement, ce sont les élèves des classes populaires qui ont fréquenté les classes les plus fortes à l’entrée au collège qui ont le plus de chances de décrocher au niveau des apprentissages. L’effet est inversé en 3e ; aussi ce résultat ne doit-il pas être compris en faveur de la création de classes de niveaux, mais peut-être au contraire, plaider pour une meilleure explicitation des exigences dans l’ensemble des classes.

Un autre effet de la composition de la classe passe par la position relative de l’élève dans celle-ci. Il apparaît qu’un élève progresse d’autant mieux qu’il est situé parmi les meilleurs élèves de sa classe, notamment parce que cette position lui permet de bénéficier d’interactions pédagogiques et d’encouragements de la part de ses enseignants. Les élèves les plus faibles d’une classe posent moins de questions et osent moins dire que les autres lorsqu’ils n’ont pas compris, ce qui ne peut que participer de leurs difficultés scolaires. Effet amplifié puisqu’ils disposent moins souvent, dans leur entourage, d’un interlocuteur compétent pour répondre aux questions qu’ils n’ont pu poser en classe ce qui contribue donc à accroître l’écart qui existe à l’entrée du collège entre les élèves de classes populaires et les autres.

Extrait de cahierspédagogiques.com de janvier 2017 : L’école qui classe : 530 élèves du primaire au bac

 

Que nous apprennent les bulletins scolaires sur l’Ecole ? La sociologue Joanie Cayouette-Remblière a analysé les dossiers scolaires de 530 enfants entrés en 2001 et en 2002 au collège et près de 8000 bulletins trimestriels. Dans son livre « L’école qui classe », elle en a tiré des conclusions originales sur la source des inégalités. Pour elle, l’école creuse les écarts en raison même de la « forme scolaire », c’est-à-dire de tous les attendus implicites quant au comportement et au savoir-être des élèves, auxquels les enfants des classes populaires les plus fragiles ne savent pas répondre.
Au lendemain de la parution de son ouvrage, Joanie Cayouette-Remblière répond aux questions du Café pédagogique.

Pour vous, l’école produit elle-même des inégalités du fait de la façon d’enseigner ?
Je parlerais plutôt de pratiques pédagogiques au sens large, des impensés que les enseignants ne questionnent plus, des choses qu’ils attendent de leurs élèves : les dispositions sociales, les façons d’être, de penser, d’agir, de tenir son corps.

Ces choses sont posées comme un préalable à l’enseignement. Elles sont transmises au sein de certaines familles, mais pas dans les familles précarisées des quartiers populaires. Or elles sont constamment reprochées à ces élèves, trimestre après trimestre, et cela va les empêcher d’apprendre.

[...] Que peuvent faire les enseignants pour aplanir ces inégalités ?
Beaucoup se joue sur la formation. Il faudrait que les professeurs aient une meilleure connaissance de leurs élèves, de ce qu’il ont appris avant d’être dans leurs classes, de leurs conditions de vie.

C’est d’autant plus important que l’on assiste à un très net embourgeoisement du recrutement. Les professeurs ne viennent quasiment plus des classes populaires. Ils n’ont pas grandi dans ces quartiers. Quand ils ont été dans les mêmes classes, ils étaient parmi les bons élèves.

Mieux connaître les élèves et leurs difficultés permettrait d’éviter la violence que les enseignants exercent en les rendant de fait responsables de leur échec - « Si vous n’avez pas réussi, c’est que vous ne travaillez pas assez », « vous n’approfondissez pas »... Ces commentaires sont extrêmement violents pour des élèves encore dans le jeu scolaire. Ils peuvent marquer le début de la rupture avec le système scolaire.

Pour lutter contre les inégalités, la ministre veut « donner plus à ceux qui ont moins » (plus de profs, plus de soutien, des classes moins chargées en Education prioritaire). C’est la solution ?

Les 2 collèges que j’étudie sont des collèges dits ordinaires, non Zep. En termes de répartition de CSP (catégories socioprofessionnelles), ils accueillent la moyenne française à l’exception des agriculteurs car ils sont situés en Région parisienne. S’y côtoient des enfants de cadres, d’enseignants, d’ouvriers, de chômeurs, habitant des cités, des pavillons… L’un abrite toutefois une population un peu plus favorisée que l’autre.

Or, on constate que les inégalités sont très fortes entre les enfants de classes populaires, notamment les plus précaires, et ceux de classes moyennes et supérieures. Alors qu’il y a une certaine mixité sociale. [...]

Extrait de cafepedagogiqque.net du 12.09.16 : Joanie Cayouette-Remblière : Comment naissent les inégalités scolaires ?

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