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"Refondation, 4 ans après, où en est-on ?", un dossier de la Ligue de l’Enseignement réalisé par ToutEduc (68 p.), avec un chapitre sur l’éducation prioritaire

19 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

La Refondation, où en est-on ? (Un dossier de la Ligue de l’enseignement réalisé par ToutEduc)
Paru dans Scolaire, Périscolaire, Orientation le mercredi 12 avril 2017.

Où en est-on, près de quatre ans après le vote de la loi "de Refondation de l’Ecole de la République" ? À la demande de la Ligue de l’enseignement, ToutEduc a réalisé un dossier de 68 pages, aussi complet que possible, qui fait un état des lieux des mesures mises en oeuvre, des… Lire la suite

Extrait de touteduc.fr avril 2017 : Refondation, Où en est-on ?

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Au sommaire

UNE NOUVELLE ÉDUCATION PRIORITAIRE .............. 26
Une refondation pédagogique . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Une nouvelle carte de l’éducation prioritaire . . . . . . . 28
Favoriser le travail en équipe et la formation . . . . . . .28
Un nouveau pilotage ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
En débat : Faut-il une éducation prioritaire ? . . . . . . . 31
Zoom : Collège Louis Pasteur à Graulhet : La différenciation au service de l’estime de soi . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

 

EXTRAIT
EN DEBAT. UNE ÉDUCAtiON PRiORiTAiRE ? (page 31)
Accusé d’avoir été médiatisé dans le « négativisme », contesté pour les données sur lesquelles il se fonde et parce qu’il ignore beaucoup de mesures instaurées par la loi de 2013 et mises en œuvre depuis 2014, le dernier rapport du CNESCO a relancé le débat sur le bien-fondé d’une éducation prioritaire, alors même que la plupart des pays l’ont abandonnée.

Le 27 septembre 2016, la présentation du rapport du CNESCO intitulé « École
 : pour quelles raisons la France est devenue le pays le plus inégalitaire de
l’OCDE ? » déclenchait une vague d’incompréhension. Non parce que cette présentation, faite par Nathalie Mons, la présidente du CNESCO, faisait le constat des inégalités du système éducatif en France, que l’« on peut partager » comme le souligne l’un des détracteurs les plus virulents de ce rapport, Marc Douaire, ni parce qu’il constate la progression de ces dernières jusqu’en 2012. Mais parce que cette présentation a été l’occasion d’incriminer le dispositif même d’éducation prioritaire et, parce qu’en se fondant « sur des données antérieures à la réforme du prioritaire
 », poursuit le président de l’OZP, elle ignorait quasiment la réforme mise en œuvre depuis 2014 .

Partant en effet des résultats des enquêtes PISA 2000-2012, le CNESCO avait demandé à 22 équipes de recherche, françaises et étrangères, de « mener pendant deux ans des enquêtes distanciées et sans tabou ».
Conclusion du rapport : la progression des inégalités en France depuis 15 ans s’explique par l’inégalité de traitement des élèves . « L’école française donne moins à
ceux qui ont moins » et les moyens supplémentaires en éducation prioritaire, soit
2 élèves de moins par classe, sont, juge le CNESCO, « insuffisant[s] pour avoir un
impact significatif sur les apprentissages ».

Les nouvelles mesures traitées « de façon incidente »
Le CNESCO, qui hésite néanmoins à préconiser la disparition de l’éducation prioritaire, estime que la réforme récente n’a pas permis de mieux définir les objectifs, qu’elle a pour défaut de ne pas lutter contre les ségrégations mais tente juste d’en réparer les effets, et juge les moyens trop éclatés pour être efficaces. Ce à quoi s’ajoute un enseignement jugé « de moins bonne qualité », en raison de problèmes de discipline qui génèrent des temps d’apprentissage plus courts qu’ailleurs ou encore d’enseignants qui adaptent leurs exigences . Une analyse réfutée peu de temps plus tard, en novembre 2016, par Roland Goigoux, chercheur à l’université Blaise Pascal Clermont 2 qui a conduit une enquête sur la lecture au CP : « les progrès des élèves mesurés (...) sont les mêmes, toutes choses étant égales par ailleurs, dans et hors l’éducation prioritaire ».

Marc Douaire dénonce, lui, une méconnaissance de l’histoire. Ainsi, le rapport « parle de continuité depuis plus de 20 ans », alors qu’« il y a eu une discontinuité
complète », puisque « la droite en 2002 a oublié l’éducation prioritaire ». Le rapport méconnaît aussi, selon lui, le consensus de 2012, « apparu pour maintenir la labellisation ‘éducation prioritaire’ que Sarkozy avait attaquée », tout comme la relance de l’éducation prioritaire depuis 2014, qui « n’est traitée que de façon incidente ». Or, poursuit-il, « il faut comparer avec la situation de départ » : « en REP+ les enseignants ont obtenu du temps de concertation sur le temps de service
 », « la scolarisation des enfants de moins de 3 ans est en marche doucement
 », tout comme « le plus de maîtres que de classes » ou les « stages de
formation ». Pour Marc Douaire, ce n’est pas à l’éducation prioritaire qu’il faut s’attaquer car ce n’est pas elle qui accroît les inégalités scolaires mais plutôt au « 
fonctionnement du système éducatif avec le pilotage par l’aval, les examens, l’implantation des filières d’excellence dans les bons lycées ».

Il est suivi en ce sens par des organisations syndicales et des spécialistes de l’éducation. Le SNUIPP appelle ainsi « au renforcement de ces dispositifs » dont « 
l’impact (...) mériterait d’être évalué sur un temps plus long ». Évaluation d’ailleurs prévue pour 2018 par la Cour des comptes . Le syndicat relève, en outre, au regard de son enquête réalisée juste avant l’été, que les enseignants en REP et REP+ jugent « majoritairement satisfaisants » l’allégement du temps de service et la mise en place du « plus de maîtres », même si le SNUIPP dénonce un manque de moyens pour les mettre en œuvre « comme les textes le prévoient ».

Le SGEN-CFDT évoque, lui, « une présentation à contresens » puisque le rapport porte sur le temps long et occulte de « toutes les inflexions de la politique éducative
 ». Le syndicat insiste surtout sur le fait que celui-ci observe des « évolutions encourageantes » depuis 2 ans, constatées aussi, en juillet 2016, par les inspections
générales : comme le « plus de maîtres que de classes » « apprécié des équipes enseignantes » parce qu’elles y voient « la possibilité renforcée d’être au plus près des besoins des élèves », ou encore la formation des formateurs REP+ « nanimement
saluée ».

Des réformes qui « vont dans le bon sens » selon l’OCDE.
Ce parti pris de ne pointer que les éléments négatifs a également été dénoncé
par Françoise Sturbaut, présidente de l’association Éducation & Devenir . « Je trouve
ça vraiment fort dommageable », confiait-elle dans un entretien accordé à ToutEduc .
« Il y a beaucoup de choses qui se font au niveau d’un établissement, d’une classe,
d’une équipe pédagogique ou d’un enseignant isolé. Il serait bon d’arrêter de se
flageller, et de se dire qu’il y a des choses positives, il faut les regarder et essayer de
les généraliser, l’Éducation nationale est dans le savoir-faire et pas assez dans le
faire-savoir.

 » Florence Robine, la directrice de l’enseignement scolaire au ministère, le disait en d’autres termes dans la Revue Diversité1 : « l’éducation prioritaire a permis de tester des hypothèses, de construire des dispositifs nouveaux, de mettre en évidence les enjeux cruciaux pour l’évolution vers un système plus juste, plus égalitaire ».
Des positions qui font écho à une récente recommandation de l’OCDE . Éric Charbonnier, expert auprès de l’OCDE et responsable de PISA France, estime que les
réformes mises en œuvre depuis 2012, la priorité au primaire, la promotion de l’interdisciplinarité, l’éducation prioritaire, la revalorisation des salaires des enseignants, vont « dans le bon sens ». Certes, pas question de dire que « 
tout va bien », insiste l’expert, mais il faut « reconnaître les points forts du système éducatif français », cesser de se focaliser sur les moyens et insister sur le qualitatif .

La plupart des défenseurs de l’éducation prioritaire rappellent aussi qu’il faut du
temps avant de mesurer les effets d’une réforme . À titre d’exemple, la dernière enquête PISA 2015 mesure les acquis des élèves entrés au CP en septembre 2005
et qui n’étaient pas concernés par les nouveaux programmes . Pour ceux dont les nouveaux programmes sont entrés en vigueur en septembre 2016, à l’école élémentaire et au collège, les effets ne pourront donc être évalués qu’entre 2021 et 2024 .

1- Diversité n° 186, « L’Éducation prioritaire, histoire(s)et enjeux pour demain », novembre 201

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