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B* Réalisation d’un livre numérique par des élèves de GS de l’école REP Porte d’Ivry de Paris 13e

19 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Ces élèves sont des écrivains !

L’écriture n’a plus de secret pour eux : nourrir l’imaginaire, illustrer, se laisser porter par les mots, construire la cohérence, dire, rédiger, corriger, saisir le texte et publier. Et sa Majesté la Reine d’Angleterre lit leur roman dont elle est l’héroïne involontaire ! Ils sont les élèves de grande section de la classe de Sylvie, 53 avenue de la porte d’Ivry, Paris 13e.

Faire entrer les élèves dans la lecture par l’écriture, telle est la démarche de Sylvie. Et tant qu’à écrire, autant prendre l’affaire au sérieux comme des professionnels de la plume !

Construire des références
Durant le premier trimestre, des personnages, des décors, des intrigues et des émotions sortent des livres, des albums et des histoires ; ils envahissent la classe et le quotidien des élèves.

Les textes lus par l’enseignante, remémorés, racontés par les élèves, construisent une culture et des références littéraires. Ils ensemencent l’imaginaire des enfants qui donnera naissance à un vrai livre, au fil de l’année.

Donc, une histoire va naître, prendre forme. Petit à petit ses composantes vont apparaitre les unes après les autres, sans lien entre elles dans un premier temps.

Naissance d’une inspiration
Cette année Sylvie a choisi le thème de l’Angleterre. Mais où se trouve ce pays ? Étrange, les anglais ont une reine comme dans les contes. Et bien sûr elle a une couronne. Par ailleurs, on apprend le jeu du gendarme et du voleur. Les deux idées s’enchevêtrent et, dans l’histoire, la couronne de la reine sera volée, il faudra la retrouver !

Une correspondance postale avec un « fun club », sorte d’atelier bleu anglais pour des enfants de six à neuf ans, s’engage. Les correspondants racontent leur méthode d’apprentissage du français et son personnage pivot : Turlututu. Dans l’histoire, le voleur s’appellera Turlututu ! Deux souris sortent d’un livre et deviendront les détectives.

Des idées sont jetées, des fragments d’intrigue s’échafaudent. Collectivement, on se met l’histoire en bouche. Des problèmes de cohérence apparaissent. Des erreurs langagières heurtent l’oreille. On y réfléchit, on y remédie. Il s’agit d’un brouillon oral que l’on dit et redit pour l’affiner, l’améliorer. En décembre l’histoire est achevée.

Pour l’instant pas d’écrit, mais chaque enfant sait raconter l’histoire avec ses mots, du début jusqu’à la fin.

Et le numérique dans tout cela ?
Dans la classe, un atelier de six ordinateurs fonctionne quotidiennement. Au premier trimestre, des activités ludiques sont introduites l’une après l’autre. Il s’agit de se familiariser avec la machine. On expérimente, on tâtonne. On découvre aussi le traitement de texte Abiword. L’entraide et la collaboration facilitent l’acquisition de savoir-faire. Jusqu’en décembre, les compétences des élèves sont encore disparates.

Petit à petit, le « coin ordinateurs » se structure de plus en plus en atelier d’écriture. Avec le traitement de texte, on « voit » la lettre, le mot, la phrase. On commence à comprendre ces unités de lecture. On établit la correspondance entre les majuscules et les minuscules à l’aide du tableau qui côtoie le clavier. On reconnait les lettres dans des polices différentes : Arial, Comics, DuCahier et bien d’autres encore.

À partir de janvier, Sylvie transmet les consignes uniquement à la voix, plus question de prendre la souris de l’enfant ou de pointer l’écran du doigt.

Illustration
Les premières esquisses mettent au jour des questions essentielles. Comment pourra-t-on reconnaître les personnages de l’histoire si tout le monde les dessinent à sa façon ? Comment dessiner des objets pour qu’ils soient identifiables par tous ?

Après débats et essais, il est décidé que les fonds seront dessinés à l’encre et que les personnages le seront au trait, puis numérisés, découpés et collés. Pour les objets, les enfants regarderont un dessin sur l’ordinateur de l’enseignante - privilège ! - puis retourneront à l’atelier pour le reproduire, avant de le découper et de le coller.

Les tâches peuvent alors être réparties. L’un fait le fond, l’autre découpe les personnages et un autre dessine les objets de la scène.

Pour numériser les planches terminées, les élèves se rendent chez le directeur, à tour de rôle. Là, il faut employer les mots justes : numériser, scanneur, clé USB. Alors le directeur exécute le travail devant les élèves qui voient les dessins s’afficher à l’écran. De retour en classe, ils devront expliquer les détails de leur mission.

Chaque illustrateur verra son nom mentionné dans les crédits du livre. Fierté !

Il n’empêche, la première planche est longue à mettre au point.

L’écrit
La classe fréquente aussi la bibliothèque de quartier. Au fil des lectures, on observe l’organisation des histoires en chapitres. Une prise de conscience de la structure du livre s’opère. Les interactions entre le texte et les images sont importantes aussi. Mais les règles observées ne sont pas si faciles à appliquer.

Vers le mois de mars, l’oral se transforme en écrit. On créée des phrases en dictée à l’adulte, on écoute le résultat. On constate que contrairement à l’oral, l’écrit, lui, reste immuable.

Tous les élèves maîtrisent correctement le traitement de texte. Certains délaissent même les jeux, pour recopier de petits extraits de livres !

L’atelier « ordinateurs » fonctionne de façon méthodique. Chacun allume sa machine, lance le logiciel et recopie une phrase du roman. Ainsi chacun, finalement, aura tapé l’intégralité de l’histoire écrite ensemble (passage par passage) et se la sera approprié. Voir le texte prendre forme en police de caractères est un moment particulier où l’élève se sent l’auteur d’un vrai livre.

Les textes et les illustrations sont enfin assemblés. Il faut penser maintenant à la couverture : ce sera un drapeau anglais tracé à la règle.

La maquette est prête. Une maman se charge de la reproduction et de la reliure. Chacun pourra recevoir son exemplaire. Émotions !
Entrée dans la lecture

Au cours de ce projet, l’enseignante propose des éléments pour sa réalisation. Puis, au fur et à mesure, que ce projet prend du sens, que les enfants se l’approprient, elle se retire. Voire, elle accompagne les enthousiasmes et aide à les concrétiser. Pour l’élève, il n’y a plus à répondre à une consigne, mais à mener à bien, en autonomie, un projet qu’il a fait sien.

Cette expérience stimulante et riche est une entrée privilégiée dans le monde l’écrit… de très bonne augure pour l’apprentissage de la lecture.

La réalisation finale
Cliquer sur la flèche pour lancer la lecture du livre ou, pour le visualiser en plein écran, télécharger le fichier dans la rubrique "En savoir plus..." en bas de page.

Epilogue
"Le livre a été envoyé à sa Majesté (héroïne involontaire de cette histoire). Nous avons eu le plaisir de recevoir une réponse de celle-ci par l’intermédiaire très protocolaire de sa "lady in waiting" - dame de compagnie. La lettre est particulièrement touchante et montre que sa Majesté a bien eu le livre sous les yeux. Nous transmettons une copie de cette lettre aux anciens élèves de Sylvie à qui la Reine s’adresse.
De plus la bibliothèque Italie accueillera le livre pour une expo au mois d’octobre."
Le directeur.

En savoir plus...

Vidéo : "Qui a volé la couronne d’Angleterre ?" (6,13 Mo)

Extrait de ac-paris.fr du 02.05.17 : Ces élèves sont des écrivains

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