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Témoignage d’une enseignante, maître surnuméraire dans une école REP de l’Ouest

10 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Les maîtres surnuméraires et le programme Macron

Retour à la case départ. C’est ce que semble promettre aux mîitres surnuméraires, les fameux "plus de maîtres que de classes" (PDM), le programme éducatif d’Emmanuel Macron. Ces enseignants surinvestis souhaitent défendre un dispositif qui bénéficie aussi d’un fort soutien syndical. Cécile, une maîtresse surnuméraire travaillant dans une école REP de l’ouest du pays, nous explique pourquoi.

Depuis 2 ans, Cécile (le prénom a été changé l’enseignante souhaitant garder l’anonymat) a transformé son service dans l’école REP où elle travaille depuis 8 ans. Après un Cafipemf, un certificat de maître formateur, elle a postulé sur un poste de PDM et a été acceptée par son Dasen. Comme de nombreux "maîtres +" elle s’inquiète de l’annonce d’E Macron de réduire le nombre d’élèves par classe en CP et CE1 en envoyant dès la rentrée 2017 les PDM enseigner en CP.

C’est quoi exactement cette fonction de maître surnuméraire ?

Je circule dans les classes de mon école de la grand section (GS) au CM2 pour permettre la mise en place de la différenciation pédagogique et aider à l’étayage. J’interviens surtout en production et compréhension de l’écrit, pour la résolution de problèmes et pour le développement de l’oral.

En étayage par exemple, mon travail c’est d’aider les élèves à réussir. Je les aide à réfléchir sur ce qu’ils ont déjà appris, à transférer des savoirs d’une séance à l’autre. Je les suis ainsi sur leur scolarité et fais le lien entre les années.

Vous intervenez comment dans les classes ?

Cela dépend. Mais j’interviens presque exclusivement en co-enseignement. Je suis dans la classe avec la maîtresse en titre mais les modalités d’intervention peuvent changer. Je peux accompagner un atelier ou un petit groupe en fond de classe pour un travail sur les consignes. En production d’écrit on est pas trop de deux dans la classe pour aider les élèves à écrire. Pour la lecture orale je sors un petit groupe de la classe par exemple pour une répétition théâtre ou pour les filmer pour qu’ils s’entendent et se corrigent.

Quand on travaille ainsi à deux, même dans la même salle, le climat est plus serein. Les élèves attendent moins longtemps l’aide du maitre. On les recentre mieux.

Comment ça se passe avec les enseignants ?

Cela dépend. Personnellement j’étais depuis 8 ans dans l’école et je n’ai pas eu de problème. Le PDM doit s’adapter aux peurs des enseignants qui ouvrent leur classe. Il peut par exemple sortir plus souvent un groupe de la classe pour rassurer la maîtresse. Mais le plus souvent les enseignants perçoivent bien cette aide qui leur est apportée.

Faut-il réduire votre intervention en CP et CE1 ?

On travaille sur les stratégies d’apprentissage des élèves. Cela demande du temps, des allers retours. C’est pourquoi je suis les élèves de la GS au CM2. Ce travail sur les stratégies ne se construit pas en un an. Je connais l’itinéraire de chaque élève et je suis capable de mieux voir les progrès de chacun ,de relativiser ses difficultés. C’est important pour l’enseignante de savoir que Pierre qui déchiffre avec difficulté en Ce1 n’arrivait pas du tout à lire en CP.

Les PDM sont formés et suivis ?

Dans mon département on a été recrutés sur postes à profil et donc choisis par le Dasen. On a des réunions d’information régulières et un stage en début d’année de 3 jours sur un thème précis. Quand on a une question on sait qu’on peut compter sur la conseillère pédagogique.

Qu’en est il des résultats ?

Dans mon école les professeurs de cycle 3 disent que sur la résolution de problème ce qui a changé, c’est que les enfants osent chercher. Ils mettent en place des stratégies. En production d ’écrit ils osent aussi se lancer.

Personnellement je trouve très positif le travail mis en place entre enseignants. On échange sur les méthodes, les stratégies mises en place et on échange aussi les outils pour un meilleur suivi des élèves. L’équipe est beaucoup plus cohérente grâce au PDM. Les élèves gardent la même manière de travailler au fil des années.

Comment vivez vous la proposition d’E Macron de diminuer les effectifs en CP et CE1 de l’éducation prioritaire en envoyant les PDM en CP dès la rentrée 2017 ?

Je trouve dommage de supprimer un dispositif qui n’a même pas été évalué. Partout on lit que ça fonctionne bien. Le retour au CP ce sera le retour à sa petite classe, à la fermeture alors qu’on avait réussi à créer devrais collectifs professionnels permettant des parcours cohérents pour les élèves. J’espère qu’Emmanuel Macron saura nous entendre et comprendre ce qu’on fait.

Vous allez faire quelque chose en ce sens ?

Avec des collègues et des formateurs nous préparons un texte pour expliquer nos missions. Pour nous il faut au minimum attendre que le dispositif soit évalué sérieusement avant de décider de son avenir. D’autant que la question des locaux , pour accueillir ces nouvelles classes, n’est pas résolue.

Propos recueillis par François Jarraud

Un dispositif au milieu du gué

Julie Meunier maîtresse surnuméraire

Extrait de cafepedagogique.net du 09.17 : Les maîtres surnuméraires et le programme Macron

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