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Présentation de l’éducation prioritaire, un texte de Didier Bargas, IG honoraire, membre du bureau de l’OZP

15 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

PRÉSENTATION DE L’ÉDUCATION PRIORITAIRE

1/ Principes et mise en oeuvre

Instituée en 1981 par Alain Savary pour venir en aide à certains territoires particulièrement démunis, l’éducation prioritaire, souvent résumée dans le mot d’ordre "donner plus à ceux qui ont moins", a ensuite été étendue et concerne aujourd’hui environ 20% des collégiens. L’échec scolaire reste encore massif et concentré sur les territoires les plus pauvres : si 15% des élèves en moyenne nationale ne maîtrisent pas les bases du français et du calcul à l’entrée en 6ème, la fourchette va de 30 à 40% en éducation prioritaire. C’est dire à quel point la tâche des enseignants en éducation prioritaire est lourde.

Selon les époques, l’action a porté principalement sur différents niveaux :

- sur l’élève, dans la classe ou après la classe. Il s’agit alors de remédiation plus que de prévention, ce qui a donné des résultats limités. On a aussi essayé d’"exfiltrer" des élèves méritants des quartiers populaires vers des internats d’excellence, en contradiction complète avec la volonté d’origine de promotion collective de l’éducation prioritaire.

- sur l’établissement, ce qui permet une approche plus globale, incluant notamment la vie scolaire, domaine essentiel car créer un climat de sérénité, de confiance et de coopération favorise grandement la réussite de tous.

- sur l’environnement des établissements, ce qui était au fondement des zones d’éducation prioritaire devenues réseaux écoles-collèges en 2014. En effet, les personnels des écoles et des collèges les plus en difficulté ne peuvent venir à bout à eux seuls de l’échec scolaire massif, ils ont absolument besoin de l’aide des parents d’élèves, des associations éducatives et des collectivités locales.

2/ Les leviers de l’éducation prioritaire

- Comme le confirme la loi sur la refondation de l’Ecole de 2013 et le référentiel élaboré par la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) pour les enseignants en éducation prioritaire, le principal levier est pédagogique. Cela signifie qu’il faut plus d’enseignants capables de gérer l’hétérogénéité des classes, sachant s’adapter aux besoins individuels et désireux de travailler en équipe. A cet égard, la réforme des ESPE ne rassure pas et la relance de la formation continue, qui avait quasiment disparu avant 2012, est encore bien timide sauf en REP+.
La co-intervention (le dispositif "plus de maîtres que de classes" ) est en général très appréciée par les enseignants en éducation prioritaire et il serait très dommage qu’elle soit interrompue prématurément.

- La diminution des effectifs des classes est une revendication constante des syndicats enseignants, mais elle se justifie particulièrement en éducation prioritaire, où la diminution moyenne est faible : environ 22 élèves par classe en collège contre 24 hors éducation prioritaire. Encore doit-on observer que la diminution des effectifs, même importante, n’est pas une garantie d’efficacité si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration des méthodes pédagogiques. C’est ainsi que l’expérience de dédoublement des CP engagée par Luc Ferry n’a donné que des résultats très mitigés.

- Un levier important est l’existence de fonctions spécifiques qui n’existent qu’en éducation prioritaire : les coordonnateurs jouent un rôle essentiel dans l’élaboration et la mise en oeuvre des projets des collèges et des réseaux ainsi que pour la continuité école-collège et les relations avec les partenaires, les professeurs référents conseillent leurs collègues, pratiquent la co-intervention et font parfois le lien avec la recherche, les anciens préfets des études, reconvertis en professeurs référents, faisaient un travail très utile de coordination par niveau scolaire et de suivi des parcours des élèves.

Toutes ces fonctions spécifiques ainsi que les chefs d’établissement font normalement l’objet de postes à profil ce qui permet de vérifier l’adéquation de leur candidature avec les caractéristiques et le projet des établissements.

- Une des propositions récurrentes parmi les responsables politiques consiste à envoyer des enseignants expérimentés en éducation prioritaire à la place des néo-titulaires. Force est de constater que jusqu’à présent toutes les tentatives en ce sens ont échoué malgré les avantages de mobilité ou de rémunération, faibles dans ce dernier cas. En attendant de savoir si une prime importante pourrait renverser cette tendance, la seule solution consiste à mieux accueillir, accompagner et insérer les enseignants sortant des ESPE.

- Enfin, en éducation prioritaire, plus encore qu’ailleurs, le rôle des directeurs d’école, des IEN de circonscription, des principaux et des proviseurs, est essentiel. Le pilotage des réseaux dépend beaucoup de la mobilisation et de la bonne entente entre le principal du collège, l’IEN, l’IA-IPR référent et le coordonnateur.

A cet égard, la circulaire DGESCO du 3 mai 2017 a le mérite de clarifier et préciser la responsabilité en matière de pilotage des différents niveaux du système éducatif, en particulier celle de l’échelon académique.

3/Les critiques de l’éducation prioritaire.

Un petit nombre d’universitaires et de chercheurs, autour notamment de Nathalie MONS et du CNESCO, ont formulé récemment diverses critiques à l’égard de l’éducation prioritaire. On peut les résumer ainsi :

- un effet de stigmatisation. Selon eux, c’est le label éducation prioritaire qui ferait fuir les familles des couches moyennes et supérieures. Cette affirmation est contredite par toutes les observations de terrain et les rapports de l’Inspection générale. Ce qui provoque en effet l’évitement de certaines familles, ce n’est pas le classement en éducation prioritaire, ce n’est même pas la faiblesse de résultats scolaires, c’est un climat scolaire détestable, des phénomènes de violence et de harcèlement et un environnement difficile.

- la politique de l’éducation prioritaire serait peu coûteuse et pas vraiment prioritaire. On peut répondre à cela que le ministère estime à environ un milliard d’euros le coût global de cette politique, ce qui n’est pas rien. Ensuite, l’argument qui consiste à montrer qu’un collège favorisé de centre ville coûte davantage qu’un collège en éducation prioritaire n’a guère de sens. En effet, la différence vient essentiellement de la masse salariale, parce que le collège favorisé a plus d’agrégés et de certifiés anciens. Or ce qui est déterminant pour venir en aide aux élèves défavorisés, ce n’est pas la masse salariale globale mais les ressources que la direction peut mobiliser pour l’action : emplois spécifiques, personnels médico-sociaux, crédits pédagogiques, crédits sociaux, aides financières extérieures.

- le dernier argument des détracteurs de l’éducation prioritaire, le seul à vrai dire qui soit partiellement recevable, consiste à contester l’efficacité de cette politique en termes de réduction des inégalités et des résultats. A cela on peut répondre que, de 1981 à 2013, l’éducation prioritaire a connu une succession de phases d’abandon et de relance et qu’elle n’ a presque jamais été poursuivie avec la force et la continuité qui auraient été nécessaires.

En outre, si les écarts moyens de résultats au DNB et au bac entre les établissements en éducation prioritaire et les autres demeurent importants, il existe aussi des réussites locales remarquables en éducation prioritaire, dans le premier comme dans le second degré.

Conclusion

Pour la première fois depuis longtemps, la politique de l’éducation prioritaire a été officiellement reconnue et soutenue ces dernières années par tous les responsables de l’Education nationale : allègement du service des enseignants en REP+, relance de la formation continue grâce notamment aux formateurs académiques, mise en place du référentiel pédagogique, implication des corps d’inspection.

Ces efforts ne doivent pas se relâcher mais être complétés par une amélioration des politiques urbaines et sociales afin de combattre à la racine les inégalités qui minent les quartiers défavorisés. De même, l’expérience en cours de renforcement de la mixité sociale et scolaire devrait être élargie et concerner aussi l’enseignement privé sous contrat.

Didier BARGAS, IGAENR honoraire
Membre du bureau de l’Observatoire des Zones Prioritaires

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