> 6 - Pédagogie en ZEP > Actions AU COLLEGE > Sciences et techniques (Collège) > B* Un projet interdisciplinaire et partenarial de découverte du quartier en (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

B* Un projet interdisciplinaire et partenarial de découverte du quartier en SVT au collège REP Gustave Nadaud à Wattrelos. Entretien avec le Café

12 juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

Stéphane Fimbel : Des sciences pour découvrir son quartier

Comment des collégiens peuvent-ils s’approprier positivement un environnement ? Comment faire des sciences sur le terrain dans un projet interdisciplinaire ? Stéphane Fimbel, enseignant de SVT au collège Gustave Nadaud de Wattrelos (59) a mis en place avec deux collègues un EPI mobilisateur en 4ème. De l’observation du vivant, au prélèvement pour aboutir à l’écriture, les productions des collégiens vont de la photographie au musicogramme. Il est à noter que ce projet mobilise aussi les parents et des acteurs associatifs autour du fauchage et de soirée-débats.

Pourquoi cet EPI qui emmène les élèves à la découverte de leur quartier ?
Ce projet concerne une classe de 4ème et trois professeurs (arts plastiques, français et sciences de la vie et de la Terre). Il est étalé sur l’année scolaire : 3 séances de 4 heures en octobre, 3 séances de 4 heures en février et une séance de 4 heures en avril.

Durant ces séances, nous souhaitons faire découvrir notre environnement aux élèves, faire en sorte qu’ils s’approprient cet environnement dans lequel ils évoluent mais qu’ils ne connaissent pas forcément et dont ils ont souvent une mauvaise opinion.

Nous avons réalisé plusieurs sorties dans le jardin, dans les bâtiments du collège et dans le quartier : le canal de Roubaix, la friche de la lainière de Roubaix, un coron, le cimetière,… afin de prendre le temps d’observer ce qu’on n’observe pas en général. Nous avons récolté des échantillons de plantes, des restes d’êtres vivants et pris des photographies.

Les élèves ont écrit des textes à partir des photos. Il s’agissait d’exposer un point de vue et de comprendre qu’une même photographie, selon le texte qui l’accompagne peut traduire une image négative ou au contraire une image positive du quartier.

Côté sciences, que font les élèves sur le terrain ? Avec quels partenaires extérieurs travaillez-vous ?
Les collégiens font des observations scientifiques avec les animateurs de la Maison de l’Eau, de la Pêche et de la Nature de Roubaix et aussi dans le cadre des cours de SVT. Détermination des espèces animales et végétales présentes dans le jardin, observations des êtres vivants au cours des saisons, observation des animaux du sol, élevage de lombrics, écoute du chant des oiseaux, installation d’abris pour la faune locale (exemple : tas de bois pour les hérissons et les musaraignes) et création d’un potager dit « en lasagne » avec les herbes fauchées et les restes de végétaux récoltés dans le jardin sont quelques exemples des activités mises en place.

Les élèves ont été initiés à la pêche à la roubaisienne durant une journée et ont participé à un jeu de piste à travers des bassins végétalisés filtrants l’eau sortant d’une station d’épuration. Ils font aussi des sorties au bord du canal afin d’observer la diversité des poissons, les modalités de la leur reproduction, les relations alimentaires et l’influence des activités humaines sur la répartition des espèces.

Enfin, les collégiens découvrent le paysage local notamment lors d’une sortie sur une ancienne friche industrielle réhabilitée en un espace naturel comprenant des prairies et des mares abritant une grande biodiversité.

Comment s’est passée la découverte de l’orchidée ? Comment travaillez-vous avec les élèves sur l’ophrys abeille ?
Chaque année, j’organise une sortie au bord du canal et à la Maison de l’Eau, de la Pêche et de la Nature de Roubaix avec mes élèves de quatrième afin d’observer le milieu de vie et la reproduction des poissons. J’ai mentionné la présence d’un verger vieux de plus de 15 ans au sein de mon établissement aux animateurs de l’association qui pensaient y trouver des arbres creux occupés par des chouettes. Lorsqu’ils sont venus, ils ont découvert une grande quantité d’orchidées abeille et d’autres espèces remarquables.

Les élèves observent l’orchidée au cours des saisons et étudient son mode de reproduction. Ils ont fauché l’herbe en hiver et évacué les déchets afin d’éviter un enrichissement du sol en matière organique qui serait néfaste aux orchidées.

Ils vont maintenant devoir réfléchir à l’élaboration d’une charte afin de protéger cet espace et le faire découvrir aux autres élèves du collège.

En quoi les collégiens sont-ils sensibilisés à la pollution de l’eau ?

Les élèves ont réalisé une sortie sur le site des bassins filtrants de Leers. Ils ont observé les différents bassins dans lesquels se trouvent des plantes qui filtrent les eaux sales et polluées de la station d’épuration avant d’être rejetées dans le canal. Ils ont aussi été sensibilisés à la pollution de l’eau du canal de Roubaix durant la soirée débat cinéma.

Comment d’autres disciplines s’intègrent au projet ? Pour quelles productions ?

Dans le cadre des arts plastiques, les élèves ont été amenés à réaliser des prises de vue photographiques du jardin et du quartier. Porter un regard sur son environnement a permis de questionner les élèves sur les notions de cadrage et de porter la réflexion sur l’image en tant que véhicule d’un point de vue (positif ou négatif) sur ce qui constitue notre cadre de vie.

Des planches mêlant croquis, prises de notes écrites, éléments prélevés sur place ont été composées pour rendre compte des impressions de la perception des différents lieux explorés.

L’écoute des différents chants des oiseaux a amené les élèves à les transcrire graphiquement sous forme de musicogrammes.

Dans le cadre du français, les élèves ont réalisé des travaux sur les rapports entre l’homme et la nature dans les films d’Hayao Miyazaki et des travaux d’écriture : Vous faites visiter votre environnement à un extra-terrestre ; le tribunal des oiseaux, adapté du texte de Cyrano de Bergerac.

Un travail de fauchage impliquant les parents est proposé, ainsi qu’une soirée débat. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’impliquer l’ensemble des acteurs : parents, enfants, professeurs et personnels de direction dans le projet sur la base du volontariat. Plusieurs rendez-vous conviviaux sont donc organisés durant l’année scolaire.

Nous avons organisé un café des parents en septembre afin de faire découvrir le jardin et les membres de l’association aux parents, aux élèves et aux professeurs de l’établissement.

Afin de protéger l’orchidée et les autres espèces, nous souhaitions une méthode de fauchage dite« douce ». Nous fauchons donc le jardin une fois par an afin que les espèces puissent s’épanouir pleinement et terminer leur cycle de reproduction. Des couloirs sont réalisés à la tondeuse pour permettre la circulation dans le jardin.

A l’initiative des animateurs de l’association, nous avons invité des scientifiques afin de sensibiliser les élèves, leurs parents et les professeurs à la fragilité des écosystèmes et à la richesse de la biodiversité locale et notamment celle du canal de Roubaix. Parents, élèves et professeurs sont venus et ont montré un grand intérêt pour cette soirée. Les parents m’ont dit qu’ils ne soupçonnaient pas l’existence d’une telle diversité d’espèces dans ce canal qu’il connaissent depuis l’enfance et qu’ils croyaient pollué et sans vie.

Ils se sont rendu compte que la nature existait même en ville, qu’il ne fallait pas aller à la campagne pour observer des animaux et des plantes. Ils ont compris qu’elle est fragile, qu’elle fait partie du patrimoine et qu’il est nécessaire de la protéger.

Comment pensez-vous intégrer le projet Oasis Nature mené par l’association Humanité et Biodiversité d’Hubert Reeves ?
Le projet de labellisation des espaces verts de l’établissement a été présenté par l’association à nos responsables et notre principale adjointe se charge ainsi du dossier administratif afin d’obtenir le label Oasis Nature. Nous espérons vraiment l’obtenir afin de concrétiser notre projet et de s’inscrire dans une démarche de préservation à long terme. Ce label nous permettra également de mieux communiquer auprès de nos futurs élèves et parents d’élèves mais aussi auprès du personnel chargé de l’entretien des espaces verts au sein du collège.
Entretien par Julien Cabioch

Humanité et Biodiversité

Voir les autres liens sur l’article du Café
Quand les lycéens étudient un "coin nature"
Un vignoble au collège
Education au développement durable : Des éco délégués au collège

Extrait de cafepedagogique.net du 11.07.17 : Stéphane Fimbel : Des sciences pour découvrir son quartier

Répondre à cet article