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Marc Douaire interviewé par Le Monde sur la prime ZEP, les CP à 12, l’annonce d’une nouvelle carte de l’éducation prioritaire...

14 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Prime en ZEP : « Les délais posent question aux enseignants »

Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires, réagit aux annonces du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.

La prime de 3 000 euros promise aux enseignants de l’éducation prioritaire devrait « commencer à se déployer en 2018 », a dit le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, dans un entretien au Parisien, lundi 13 novembre. Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), ex-directeur d’école et ex-coordonnateur de zones d’éducation prioritaire (ZEP), réagit aux annonces du ministre sur l’éducation prioritaire.

Concernant la prime de 3 000 euros, connaissez-vous plus précisément le calendrier et les destinataires ?
Marc Douaire : Ce n’est pas vraiment une surprise : ces 3 000 euros sont un engagement de campagne du candidat Macron en direction des 240 réseaux [collèges et écoles] les plus prioritaires, les « REP + ». M. Blanquer nous annonce que cette indemnité doit encore être discutée avec les syndicats pour être déployée à partir de 2018. Les réseaux REP + étant généralisés depuis la rentrée 2016 [à la suite de la réforme de l’éducation prioritaire menée par la gauche], il me semble qu’il aurait été parfaitement possible d’appliquer cette mesure plus rapidement. Ces délais posent question aux enseignants.

Est-ce là le levier adéquat pour attirer vers l’éducation prioritaire des enseignants dits « chevronnés » ?
C’est une mesure d’abord pensée pour stabiliser les équipes. Elle n’est pas négligeable, étant donné les retards de rémunération de nos enseignants par rapport à moyenne de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. Mais il ne faudrait pas qu’elle occulte la demande première des personnels engagés sur le terrain : la reconnaissance d’activités [qui ne le sont pas actuellement] sur leur temps de service, comme le temps de concertation en équipe, le temps d’échange avec les familles, le travail de préparation des projets… Bref, toutes ces tâches qui ne sont pas directement dans le face-à-face avec les élèves.

Et qu’entend-on par enseignants chevronnés ? L’ancienneté en soi peut figer les démarches ; elle n’est pas une garantie de plus-value pédagogique. Une expérience dans la gestion de l’hétérogénéité, le travail collectif, l’expertise de la difficulté ou de la pauvreté a du sens. On peut aussi la trouver dans des profils d’enseignant plus atypiques, des reconversions par exemple.

En matière d’éducation prioritaire, ce gouvernement a tablé sur une mesure phare : des classes de CP à douze élèves dans les réseaux les plus défavorisés. Quels sont vos premiers retours ?
Deux mois après la rentrée, vouloir à tout prix affirmer que cela marche, ou ne marche pas, est évidemment prématuré.

Mettre l’accent sur les premiers apprentissages en élémentaire est une bonne chose, mais à certaines conditions qui ne semblent pas toutes prises en compte aujourd’hui. La première : considérer ce qui s’est fait en amont, en maternelle, voire dans l’accueil avant 3 ans, ce dont ce gouvernement parle peu. Deuxièmement : ne pas oublier que l’apprentissage de la lecture se construit sur un cycle ; qu’il est aisé pour certains enfants, quand d’autres auront besoin de plus de temps. Or fixer comme objectif à tous de savoir lire en un an fait peu de cas de cette hétérogénéité. Troisièmement : avoir pris des moyens au dispositif du « plus de maîtres que de classes » pour financer la mesure. Enfin : ne pas avoir en amont diligenté d’évaluation… Tout cela justifie, aujourd’hui, des réserves sur la mise en œuvre des classes de CP à douze élèves.

Les collègues rencontrés n’ont guère d’inquiétudes pour cette année scolaire. C’est pour 2018-2019, année de la généralisation annoncée d’effectifs restreints dans tous les CP et CE1 de l’éducation prioritaire, qu’ils émettent des doutes. Comment et où va-t-on trouver les financements ?

Le 3 novembre, entendu devant l’une des commissions de l’Assemblée nationale, M. Blanquer a fait part d’une évolution de la carte de l’éducation prioritaire à la rentrée 2019. Est-ce une surprise ?
Rien de neuf là non plus. Cette carte, remise à plat par la gauche en 2014, n’a été pensée que pour cinq ans. Elle devra être évaluée, tout comme son référentiel, ses moyens et la formation des enseignants, et éventuellement redéfinie en étroite collaboration avec la politique de la ville. C’est une bonne chose que le ministre de l’éducation se situe, en la matière, dans la continuité avec les mesures prises par ses prédécesseurs. La dynamique est suffisamment rare pour être saluée.

Est-ce à dire que vous ne voyez pas dans les annonces du ministre de l’éducation de rupture radicale avec les mesures portées par la gauche, en tout cas concernant l’éducation prioritaire ?

Mon appréciation est encore mesurée, mais je ne vois pas de discours de rupture sur l’éducation prioritaire. Le président Macron ne se situe pas sur ce registre. Il n’est pas question, par exemple, de « délabellisation » des réseaux. Reste que l’éducation prioritaire se résume, pour l’heure, à une mesure phare — les « CP à 12 » — et à une perspective — la révision de la carte des réseaux. De nombreux enjeux, comme la scolarisation avant 3 ans ou le cycle CM1-CM2-6e, restent dans l’ombre.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/13/prime-en-zep-les-delais-posent-question-aux-enseignants_5214250_3224.html#Coo1yCjP4b83IvB6.99

 

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