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B* Pour un climat bienveillant et une responsabilisation des élèves, un tutorat entre des 3èmes PEP et une petite section à la maternelle REP Marie et Pierre Curie de Toulouse (Journée Innov. 2018)

9 décembre 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Tutorat entre des élèves de 3ème PEP et des élèves de Petite Section en REP : créer un climat bienveillant par la responsabilisation des élèves
Projet proposé pour la Journée de l’Innovation 2018

Ecole primaire publique [REP] Marie et Pierre Curie
59 chemin Linières
31200 Toulouse
Auteur : Maud Martinez
Mél : Maud-emman.martinez@ac-toulouse.fr

Créer un tutorat entre des élèves de 3ème Préparation à l’Enseignement Professionnel et des enfants de Petite Section en REP ? Voilà le défi que nous nous sommes lancé pour lutter contre les discriminations et agir sur le climat scolaire. Les enseignants se retrouvent trop souvent démunis face à des élèves démotivés, lassés du système scolaire et par conséquent, au comportement inadapté et perturbateur. Ce projet est le résultat d’une coopération entre professeurs du 1er et 2nd degrés et d’une longue réflexion sur la manière de développer les compétences psychosociales des élèves afin de les préparer à gérer leur vie au sein d’une société qu’ils sont amenés à construire.

Plus-value de l’action
Par un problème d’agenda, la journée d’intervention des élèves de 3ème PFP s’est révélée être un jour où ils n’avaient pas cours, ils n’étaient donc pas tenus de venir. Nous (enseignants) avions la « boule au ventre » . Tous les élèves étaient présents et tellement motivés et impliqués dans le projet que ce fut une expérience incroyable et inoubliable ! Ce fut ma plus belle récompense et la preuve que ces adolescents avaient simplement besoin d’être considérés. Les élèves de 3ème PFP avaient pour seule crainte que « les enfants ne comprennent pas » ou que leurs propos ne soient pas assez clairs... Ce qui en dit long sur l’estime de soi !

Nombre d’élèves et niveau(x) concernés
Classe d’élèves de 3ème PEP : 26 élèves Classe d’élèves de Petite Section (maternelle REP) : 28 élèves

A l’origine
Un collègue exerçant dans le 2nd degré (en lycée professionnel) me fait part du « mauvais climat » dans l’une de ses classes : beaucoup de violences (verbales essentiellement), des stéréotypes sexistes bien ancrés, peu de motivation dans le travail... et me demande si je peux intervenir pour l’aider à lutter contre les stéréotypes sexistes et promouvoir l’égalité entre les sexes dans sa classe (c’est un sujet sur lequel j’ai travaillé au cours de mes études). Nous avons beaucoup réfléchi à la manière d’aborder ce sujet. Après mûre réflexion, je suis arrivée à l’idée (ou plutôt l’intuition) que l’on ne pouvait pas simplement bâtir une séquence pour promouvoir l’égalité entre les sexes. Il fallait déconstruire tous les schémas pré-établis chez ces élèves et pas seulement du point de vue de l’égalité entre les sexes.
En effet, le comportement de ces élèves de classe préparatoire à l’enseignement professionnel est, entre autre, le résultat d’années de souffrance et de discrimination. En effet, la publication ministérielle concernant le harcèlement scolaire nous informe qu’un élève harceleur est fréquemment un enfant qui a été harcelé. Ces adolescents sont des enfants qui manquent horriblement de confiance en eux, qui ont été « basculés » en filière professionnelle car leur niveau de performance jugé trop faible pour les filières générales. L’ égalité entre les filles et les garçons revient à parler de respect mutuel Or, respecter l’autre implique d’aider les élèves à développer leur esprit critique, à élargir leurs choix, leurs décisions d’orientation. Le but de tout enseignant est de rendre chaque élève autonome. L’autonomie de la personne humaine est le complément indispensable des droits de l’Homme. C’est parce qu’un enfant, un adolescent va avoir confiance en lui, qu’il aura un désir et la motivation de réussir et ainsi qu’il pourra être ouvert aux autres.
En fait, cela revient à prendre le problème à l’envers, promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons c’est agir sur les enfants victimes ou acteurs de violence, d’exclusion et de les amener à réussir.Ces adolescents souffrent d’un manque de valorisation, viennent étudier parce qu’ils le doivent mais pour certains ne tirent aucun plaisir de leurs apprentissages et surtout n’y voit aucun but, aucune motivation. Le jour de mon intervention, en amont du projet, je fais en effet face à une classe peu motivée, très agitée.

Objectifs poursuivis
- Sensibiliser les élèves de Petite Section au tri des déchets et commencer à adopter une attitude éco-citoyenne en développant la conscience de l’action.
- Amener les élèves de 3ème PEP à se sentir responsable, à prendre confiance en leurs capacités et à s’ouvrir à un domaine nouveau.
- Plus globalement, amener chacun des élèves à comprendre que chacun d’eux a en lui les ressources nécessaires pour réussir et mener à bien ses projets et leur faire prendre conscience que l’Autre n’est pas un obstacle ni une menace mais une aide potentielle.
L’école, comme tout lieu d’apprentissage a besoin de développer les compétences psychosociales, d’abord pour optimiser les apprentissages cognitifs qui constituent sa spécificité et, par ailleurs, pour préparer les élèves à gérer leur vie personnelle et relationnelle au sein d’une société qu’ils sont amenés à construire.

Description
L’enseignant des 3ème PEP met en place le projet « COP ton lycée » de développement durable avec sa classe (recyclage) Intervention au lycée pour rencontrer les autres professeurs de la 3eme PEP dont leur professeure principale, recueillir leurs propos concernant la classe (violences, réussite, motivation ). Intervention dans la classe des 3ème PFP, présentation du projet. Réactions froides des élèves (affalés sur leur table, semblent peu motivés). Nous avions anticipé leurs réactions et j’attaque la phase de motivation : je leur explique que si je fais appel à eux, c’est parce que j’aimerais aborder le tri des déchets avec ma classe mais que je ne connais pas assez le sujet et que j’aimerais faire appel à des personnes, qui ont déjà bien travaillé dessus pour le faire. Je leur ai expliqué que le fait que la transmission se fasse par des jeunes adultes allait favoriser l’implication de mes élèves. Ensuite, nous leur avons expliqué plus concrètement le projet et nous leur avons expliqué comment communiquer et prendre en charge un enfant de 3 ans.

Modalité de mise en œuvre
Temps de questions : au début, ils n’osaient pas puis une première question est apparue et toute la classe s’est lancée. Les questions qui revenaient montraient exactement ce que l’on pensait : ces élèves souffrent d’un grand manque de confiance en eux « Comment je vais être sur-e de bien expliquer ? » « Oui mais si je ne réussis pas, tout le projet va échouer ! » « Comment on peut être sur que les petits vont retenir ce que l’on dit ? » Phrases : je compte sur vous, il faut que chacun de vous y croit car vous avez le pouvoir d’agir sur les générations futures ! Intervention des 3ème PEP, les élèves sont venus alors qu’ils n’avaient pas cours ce jour là ! Grande surprise et preuve de l’implication dont ils ont fait preuve.
4 ateliers :
A1 : Jeu de l’oie A2 : Écoute d’albums et débat/questionnement : Qu’est-ce que je peux faire pour aider la planète ? Mon doudou c’est la Terre (Noé Carlain, Cécile Bonbon) 10 choses à faire pour protéger ma planète (Mélanie Walsh) Voyage au pays du recyclage ( Elisabeth de Lambilly, Rémy Saillard)
A3 : Tri des déchets ( simulation à partir de photos
) A4 : Coloriages La journée s’est formidablement déroulée et les deux classes étaient tristes de se séparer, les 3ème PEP ont pu rester un peu plus longtemps que prévu. Correspondance entre les classes.

Trois ressources ou points d’appui
Les recherches sur les compétences psychosociales qui m’ont permis de croire que mon intuition allait « dans le bon sens » et que ces adolescents avaient avant tout besoin de développer leur estime d’eux-mêmes. L’appui et le soutien de mon inspecteur de circonscription qui a été le premier a dire que c’était un projet totalement « hors normes » mais absolument pertinent et très intéressant. Ne surtout pas s’arrêter sur les difficultés rencontrer et toujours chercher un moyen de parvenir à valider les objectifs que nous nous étions fixés.

Difficultés rencontrées
Avant que le projet ne voit le jour, il a fait face à beaucoup de critiques de la part de collègues. Beaucoup trouvaient cela trop ambitieux (surtout le tutorat 3ème PEP / enfants de 3ans) et ont tenté de nous décourager ; Les démarches administratives très longues à réaliser (obtenir toutes les autorisations nécessaires) ; Organiser l’intervention finale pour que les élèves puissent être présents, que cela corresponde avec les horaires de la maternelle (rythme d’un enfant de 3ans différent de celui d’un adolescent) etc...

Moyens mobilisés
Démarches et négociations auprès des supérieurs hiérarchiques pour autoriser ma venue et mon intervention dans le lycée ainsi que l’intervention des 3ème PEP dans ma classe de maternelle ; Demande de prêt d’un gigantesque jeu de l’oie (écocitoyen) auprès d’une association sur le thème du développement durable ; Demande de prêt à la Bibliothèque Universitaire de Saint Agne d’albums de jeunesse abordant cette thématique ; Collaboration et coopération avec les enseignants des 3ème PEP (l’intervention des 3ème auprès des PS se déroulant sur des heures d’enseignement) ; Collaboration et coopération avec les enseignants de maternelle afin d’obtenir des espaces spécifiques le jour de l’intervention, au sein de l’école.

Partenariat et contenu du partenariat
Partenariat avec une association pour le prêt du jeu de l’oie écocitoyen ; Collaboration avec la Bibliothèque Universitaire de l’ESPE de Saint Agne pour le prêt d’albums ; Collaboration et coopération avec l’ensemble de nos collègues, sans qui nous n’aurions pas pu mener à bien le projet !

Liens éventuels avec la Recherche
Ce projet a été le fruit d’une longue réflexion, éclairée par d’une part des travaux de psychologie à propos du développement des compétences psychosociales (L’importance fondamentale des facteurs subjectifs, croyances, émotions, pression sociale, histoire et caractéristiques personnelles a été mise en évidence par de nombreux travaux , notamment ceux de Tones, Bruner, Bruchon-Schweitzer...) et d’autre part des travaux sur l’égalité des sexes dans le milieu de l’enseignement (notamment Marie Duru-Bellat et Nicole Mosconi qui montrent que l’enseignant est souvent le premier à véhiculer des stéréotypes sexistes mais également que l’égalité est quelque chose qui s’apprend et qu’il n’y a souvent qu’à l’école qu’on peut l’apprendre.) Nous avons été invités à présenter ce projet dans deux conférences : -Lors du lancement de la plateforme « Matilda » ; « Pédagogie et égalité des sexes », ESPE Saint Agne, Toulouse, le 15 mars 2017. -Lors de la conférence : « Santé des jeunes et climat scolaire »à l’ESPE Saint Agne, Toulouse le 6 juin 2017.

Modalités du suivi et de l’évaluation de l’action
L’évaluation a été effectuée par observation des enseignants le jour de l’intervention mais également en contrôle continu (implication des élèves au fur et à mesure du projet). En outre, l’auto-évaluation a joué un rôle capital dans notre projet car nous cherchions à développer les compétences psychosociales des élèves (carnet de bord puis retour réflexif après l’intervention).

Effets constatés
- Sur les acquis des élèves : Résultats concernant la classe de 3ème préparatoire à l’enseignement professionnel : Nette amélioration du climat de classe, groupe plus soudé et entraide entre pairs ; Les professeurs ont donné un retour très positif et ont été très surpris des conséquences de ce projet ; Certains élèves se sont trouvé une vocation dans le milieu (atsem...) et l’envie de travailler avec de jeunes enfants ou tout simplement le désir de s’investir dans un projet professionnel. Résultats concernant les élèves de Petite Section : Plusieurs parents sont venus me voir pour me dire que leur enfant leur avait appris à trier les déchets ! Tri des déchets dans la classe.
- Sur les pratiques des enseignants : Confiance dans l’intuition professionnelle : cela a confirmé l’idée qui germait en moi selon laquelle on ne peut pas obtenir un climat scolaire bienveillant et sécurisant, on ne peut pas faire accéder les élèves aux apprentissages si l’on ne considère pas avant tout leur individualité propre, le contexte de leur scolarisation. Je ne pouvais pas « plaquer » une séquence sur l’ égalité entre les sexes au sein de cette classe de 3ème prépa-professionnelle cela aurait créé un choc cognitif trop important, il fallait avant tout panser les plaies accentuées par ces années de scolarisation et d’ enchaînement d’échecs et de dévalorisation scolaire. Rétablir la confiance que les enfants ont en eux-même ou plutôt créer une image valorisante de leurs capacités était pour moi un moyen privilégié de leur permettre d’avoir confiance dans le système scolaire et dans les acteurs .
- Sur le leadership et les relations professionnelles : Ce projet n’a fait que confirmer mon idée selon laquelle la coopération et la collaboration avec les autres collègues enseignants sont très importantes pour mener à bien un projet dans un établissement « tout seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin ». Avoir le retour des professeurs du lycée, si surpris et heureux des résultats a été très émouvant et gratifiant pour moi. Ce projet n’aurait pas eu la même tournure sans leur soutien sans faille. Ce qui m’amène à parler d’un sujet : la liaison 1er degré / 2nd degré : j’ai été incroyablement bien accueillie par l’ensemble des collègues du 2nd degré, qui m’ont donné toute leur confiance et n’ont pas hésité une seconde à modifier leurs emplois du temps et divers projets pour que l’on mène à bien cette expérience. J’ai rapidement senti que mon binôme attendait de moi que je prenne le devant sur le projet, il m’a donné toute sa confiance et se sentait en quelques sortes démuni, j’ai donc naturellement chaperonné le projet, ce qui était une première pour moi (je venais tout juste d’obtenir le CRPE) et cela a été une expérience extrêmement enrichissante).
- Sur l’école / l’établissement : Le projet a renforcé la cohésion entre les professeurs du lycée, a « poussé » certains à coopérer et les a motivés à élaborer des projets davantage transversaux au sein des classes. Les professeurs ont pu voir des résultats concrets et mesurables sur l’ambiance de classe et le climat scolaire. Concernant l’école maternelle, les enseignants qui étaient dubitatifs au début du projet m’ont finalement félicitée et demandé si je pouvais mettre en place les ateliers pour leur classe... Le projet leur a montré que l’on peut (presque) tout faire avec de la détermination et des arguments solides.
- Plus généralement, sur l’environnement : Ce projet a un double impact sur la planète, il prépare des acteurs de Demain et des futurs citoyens à être responsables de leurs actes, à agir pour la planète, à inscrire leurs actions dans un processus éthique et responsable. En outre, ces enfants, futurs adolescents et ces adolescents, futurs adultes auront eu l’opportunité de croire en leurs actions, à comprendre qu’ils avaient en eux les ressources pour mener à bien leurs rêves et leurs projets. Certes, cette prise de conscience prend du temps et ces compétences sociales ne seront pas acquises par le seul fait de ce projet mais cela leur a permis de comprendre que chaque existence compte et que chacun d’eux peut réussir dans ce qu’il entreprend.

Extrait du site Expérithèque : Tutorat entre des élèves de 3ème PEP et des élèves de Petite Section en REP : créer un climat bienveillant par la responsabilisation des élèves 2018

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