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Parler avec les élèves de leurs fixations, "les empêchements à apprendre", par Daniel Gostain, enseignant Freinet dans une école REP à Paris (La classe plaisir, Café pédagogique)

6 août Version imprimable de cet article Version imprimable

La Classe Plaisir : Ils ne pensent qu’à ça...
Qui n’a pas dans sa classe des élèves qui ne s’intéressent qu’à une chose, trouvant difficilement un intérêt à ce qui n’est pas footballistique, pokémonial, ou d’autres thématiques, certes dignes d’intérêt, mais d’une manière très souvent exclusive ? Ou alors des enfants qui ont en eux une (des) préoccupation(s) envahissante(s), empêchant toute distance et parfois tout apprentissage. C’est d’ailleurs pour aider les enseignants sensibles à ces empêchements présents dans toutes nos classes - qu’on le veuille ou non - que j’ai élaboré avec des partenaires clowns et enseignants un site consacré aux "empêchements à apprendre" : Le site des empêchements à apprendre

Il y a dans ce site, parmi trente empêchements proposés, un que nous avons intitulé : "Moi, y a que ça qui m’intéresse". C’est sur cette thématique que nous avons récemment réfléchi, mes élèves de CE1 et moi-même.

D’abord, nous avons visionné la scène initiale qui pose la situation : trois clowns préparent un pique-nique, mais Schlémil, un des trois clowns, a une fixation : la quantité 5 qui correspond au nombre de boutons de son gilet. C’est cette quantité-là qui l’obsède. Exclusivement. Ce qui l’empêche d’avancer dans sa préparation du pique-nique.

Les enfants observent la scène, réagissent, visionnent les émotions des clowns consécutives à cette scène, expriment leur accord ou désaccord avec chacune de ces émotions, et puis, je fais le lien avec leur propre vécu par cette question : "Et vous, avez-vous des pensées, des sujets qui prennent beaucoup de place en vous ?"

Les réponses sont étonnantes :
- Moi, je pense beaucoup à l’imaginaire et ça me dérange beaucoup. Surtout depuis que je me suis inventé un ami imaginaire, je pense tout le temps à lui.
- Moi, c’est un peu pareil, mais je pense de mon côté à des bonnes notes imaginaires.
- Moi, je ne pense qu’à la moto.
- Moi, je pense beaucoup à un chien, mais mes parents ne veulent pas en avoir.
- Avant, quand j’étais petite, je faisais des rêves ou des cauchemars et j’avais tout le temps peur de faire le même rêve ou le même cauchemar.
- Quand mon cochon d’Inde a été mort, j’y pensais beaucoup, surtout quand je regardais sa cage.
- chambre est mal rangée, j’aimerais bien la ranger, mais comme je n’y arrive pas bien, je pense toujours à ma chambre.
- Il y a des gens qui disent qu’il y aura la fin du monde, donc je pense beaucoup à ça.
- J’ai regardé un film qui m’a fait faire des cauchemars et je me rappelle toujours ce film.

Je suis convaincu que ces fixations, le plus souvent ignorées de nous enseignants car non manifestes dans le comportement des enfants, ont une influence certaine sur la possibilité d’apprendre chez certains de nos élèves.

Après ce temps d’expression, nous avons regardé des solutions apportées par les clowns puis j’ai demandé aux élèves ce qu’à leur avis nous pourrions faire pour que ces "obsessions" n’empêchent pas d’apprendre :

- On pourrait se changer les idées.
- Sur la fin du monde, on n’a pas à s’inquiéter, car on n’a qu’à penser que la fin du monde, ce sera quand tout le monde sera mort, c’est dans très longtemps.
- Il faut faire autre chose qui n’a pas de rapport avec la moto, par exemple.
- Il n’ y aura jamais la fin du monde, car quand il y aura des gens qui seront morts, il y aura des gens qui seront vivants.
- Sur la fin du monde ou sur les personnages imaginaires, il faut penser à la vérité, à ce qui se passe maintenant, pas à ce qui se passe plus tard ou autre part.
- A celui qui parle tout le temps de la même chose, il faut lui parler d’autre chose.
- Il faut essayer les choses qu’on n’a jamais essayées, les choses qu’on n’aime pas.
- Il faut méditer, penser à autre chose. Par exemple, méditer sur un arbre à la place de la moto.

Ce "temps des penseurs" (Le Temps des penseurs), dans lequel les enfants ont un espace pour réfléchir à leur statut d’élève et à ce qui ne va pas de soi dans ce dit statut, est un vrai moment de jubilation pour les enfants comme pour moi-même : en effet, ces pensées que je vous ai fait partager, elles sont là, elles jouent un rôle dans leur apprentissage, il serait bien dommage de ne pas pouvoir les dire, de ne pas pouvoir les entendre.
Daniel Gostain
[enseignant dans une école REP de Paris

Extrait de cafepedagogique.net du20.06.18 : La Classe Plaisir : Ils ne pensent qu’à ça...

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