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Dans Libération une tribune de chercheurs et sociologues demande de "prendre à bras-le-corps la question des inégalités territoriales en repensant l’éducation prioritaire et les moyens humains et matériels associés"

15 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Education : pour des réformes (vraiment) sociales

Face au projet de Jean-Michel Blanquer, des enseignants-chercheurs listent des mesures pour pallier les inégalités scolaires.

Tribune. Depuis quelques mois, les enseignant·es, de la maternelle au lycée, se mobilisent contre les réformes initiées tambour battant par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Réforme du lycée et du baccalauréat, projet de loi pour l’école de la confiance : celui qui affirmait en arrivant rue de Grenelle qu’il n’y aurait pas de loi qui porterait son nom a en effet multiplié les actions visant à transformer profondément le système éducatif français.

Celles-ci sont présentées par le ministre comme permettant l’« élévation générale du niveau » et la « justice sociale » (1). Certes, offrir une diversité de programmes, une éducation dès 3 ans et une liberté de choix des familles peut paraître séduisant, mais il y a tromperie sur la marchandise : la liberté est sous contrainte car le nombre de places dans les établissements est toujours limité ; la scolarisation obligatoire dès 3 ans est en réalité déjà effective et n’aboutira qu’à financer davantage l’école privée ; les nouveaux systèmes de spécialités au lycée sont à même non seulement de recréer une hiérarchisation des cursus mais également de ne la rendre visible que pour les familles les mieux informées et les plus armées dans la compétition scolaire. Le rôle de l’Etat est-il d’accroître la libre concurrence en favorisant un système hiérarchisé ou de travailler à construire un système qui s’efforce de réduire les inégalités qui lui préexistent ?

Les travaux conduits en sociologie de l’école et de l’éducation, en France comme à l’étranger, démontrent que les mesures envisagées –à l’école primaire, au lycée général, technologique et professionnel– vont très certainement accentuer les inégalités sociales face à l’école, alors que notre pays se distingue déjà par leur importance (voir le rapport du CNESCO). En effet, au-delà des spécificités propres à chaque réforme, celles-ci portent en commun l’individualisation des parcours, la multiplication de choix scolaires de plus en plus précoces, la mise en concurrence des élèves et des établissements, le recours accru aux enseignant.es contractuel.les peu (ou pas) formé.es et la diminution des moyens humains et matériels : autant de facteurs à même d’affaiblir l’efficacité du système éducatif et de fragiliser les plus faibles.

Nous, enseignant·es-chercheur·euses, chercheurs et chercheuses en sociologie de l’école et de l’éducation, apportons notre soutien aux collègues qui se battent pour défendre leur métier et un système éducatif plus juste. Jean-Michel Blanquer estime que ses lois sont « profondément sociales » (les Matins de France Culture, 8 avril 2019). Il est loin du compte. Voici ce que seraient de réelles mesures sociales en matière d’éducation :

[...] Prendre à bras-le-corps la question des inégalités territoriales en repensant l’éducation prioritaire et les moyens humains et matériels associés, en redéfinissant la sectorisation des écoles, collèges et lycées publics pour lutter contre les ségrégations scolaires, et en limitant les possibilités de l’enseignement privé de faire concurrence au public.

Extrait de liberation.fr du 13.05.19

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