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Un rapport de l’Inspection générale sur la réorientation dans l’enseignement supérieur

16 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

La réorientation dans l’enseignement supérieur

Bertrand MINAULT
Maryelle GIRARDEY-MAILLARD
Bruno JEAUFFROY
Aziz JELLAB
Inspecteurs généraux de l’éducation,
du sport et de la recherche

Sophie BERGERAT
Chargée de mission auprès de l’inspection
générale de l’éducation, du sport
et de la recherche

SYNTHESE
Inscrite au programme de travail de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) pour 2019-2020, l’étude de « la réorientation dans l’enseignement supérieur » prend place dans le cadre de la réflexion menée dans le contexte de mise en œuvre de la loi orientation et réussite des étudiants1
(ORE). Composée de cinq inspecteurs généraux2, la mission a centré ses investigations sur la première année d’enseignement supérieur, plus particulièrement la première année de licence. Car, si « plus d’un bachelier sur quatre se réoriente pendant ses études, dans un cas sur deux, elle [la réorientation] a lieu entre la première et la deuxième année post-bac »
.
Le rapport rappelle, dans un premier temps, combien les données statistiques, administratives et de gestion, sont dépendantes des définitions adoptées (incluant ou non les poursuites d’études dans une autre formation), des publics considérés (bacheliers, néobacheliers, nouveaux entrants, etc.), des périmètres retenus pour décrire les cursus (filières, formations, secteurs disciplinaires), des périodes d’observation considérées (mesure annuelle ou suivi longitudinal). Pour mieux distinguer les réorientations d’une part, des redoublements et, d’autre part, des bifurcations au sein d’un parcours ascendant, la mission propose de retenir une définition de la réorientation comme une nouvelle inscription au même
niveau, durant l’année ou l’année qui suit immédiatement, dans une formation universitaire d’un autre secteur disciplinaire ou dans une autre formation (recommandation 1). L’adoption d’une définition commune, dans la perspective d’un renforcement de la fonction statistique dans les établissements (recommandation 2) doit permettre une mesure partagée du phénomène entre services ministériels et
établissements, de nature à renforcer leur capacité de pilotage. Bien qu’elles soient difficilement comparables entre elles car mesurant des situations différentes, les
données convergent toutefois pour montrer une augmentation continue du nombre de réorientations :

 les données statistiques du ministère chargé de l’enseignement supérieur issues des panels 2008 et 20144 montrent une augmentation du phénomène qui concerne, en 2014, 21 % des bacheliers inscrits dans l’enseignement supérieur, contre 18 % six ans plus tôt ;
 cette tendance à l’augmentation se retrouve lorsque l’on observe le devenir des nouveaux entrants à l’université, que la mission analyse à partir des données issues du système d’information du suivi des étudiants (SISE). En moins d’une décennie, entre les années universitaires 2009-2010 et 2017-2018, le nombre de réorientations augmente trois fois plus vite que le nombre d’inscriptions en première année
de licence, pour atteindre, en fin de période, le nombre de 52 000 étudiants qui se réorientent en fin de première année de licence ;
 les données de gestion tirées des algorithmes d’affectation dans l’enseignement supérieur, Admission post-bac (APB) puis Parcoursup, confirment cette augmentation, tout en avançant des ordres de grandeur bien plus importants : entre 2017 et 2019, la Cour des comptes5 relève une croissance des étudiants en réorientation de + 24 % 6 pour les seuls candidats ayant accepté une proposition,
l’année 2019 enregistrant ainsi plus de 133 000 candidats en réorientation inscrits sur la plateforme Parcoursup.
La croissance du nombre d’étudiants changeant de formation est toujours supérieure à celle des effectifs concernés, et concerne toutes les filières de formation. La réorientation est devenue un phénomène de masse, qui affecte tous les types d’étudiants, quel que soit leur profil scolaire, quelle que soit leur filière de formation, posant ainsi un problème spécifique de gestion de flux en augmentation.

1 Loi n° 2018-166 du 8 mars 2018 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants.
2 Maryelle Girardey-Maillard, Bruno Jeauffroy, Aziz Jellab et Bertrand Minault, inspecteurs généraux, et Sophie Bergerat, chargée de mission.
3 Note flash du SIES n° 13, septembre 2018.
4 Publications du ministère chargé de l’enseignement supérieur – SIES (Système d’information et études statistiques).
5 Insertion au rapport public annuel 2020, Accès à l’enseignement supérieur : premier bilan de la loi orientation et réussite des étudiants.
6 À rapprocher de la croissance du nombre de formations présentes sur la plateforme, qui augmente de + 19 % dans le même temps (12 350 formations dans APB 2017, 13 286 pour la première campagne 2018 et 14 742 pour la campagne 2019).

Depuis 2014, cette gestion des étudiants en réorientation s’appuie sur les procédures d’accès à l’enseignement supérieur, APB puis Parcoursup, qui semble aujourd’hui s’imposer comme l’instrument privilégié, tant par les étudiants – qui ont une expérience récente de la plateforme – que par les établissements, de gestion des flux de réorientation. Conforme à la volonté des pouvoirs publics de s’appuyer sur une plateforme nationale d’accès à l’enseignement supérieur, ce choix de s’appuyer sur Parcoursup devrait être pleinement assumé, en accordant aux universités le statut d’établissement d’origine (recommandation 3), permettant ainsi un suivi renforcé des candidats en réorientation tout au long de la procédure et de s’assurer de leur volonté réelle de s’engager dans ce nouveau projet.
Ce premier constat s’accompagne de celui de la très grande diversité de situations des étudiants en réorientation : l’examen des motivations, comme les choix de nouvelles formations, que permet l’exploitation des données du panel 2014, montrent que les réorientations agissent le plus souvent comme une correction de trajectoire, résultant d’une orientation par défaut ou d’une insuffisance de niveau, et
comme une adaptation de parcours, lorsqu’apparaît un nouveau projet personnel de formation.
Si chaque réorientation est bien le fruit d’une histoire personnelle, où interagissent facteurs individuels et contextuels, la mission identifie cependant trois situations types de réorientation :
– la réorientation stratégique : elle correspond aux situations où le projet préexiste, mais n’a pu se décliner immédiatement, imposant un détour temporaire à l’étudiant ;
– la réorientation d’adaptation : elle caractérise l’étudiant dont le projet, passée la phase de découverte et d’adaptation du premier semestre, évolue ou se formalise, débouchant alors sur une démarche de reconversion ;
– la réorientation de rebond : elle renvoie à une expérience assez proche de l’échec académique, l’étudiant prenant la mesure de l’écart entre, d’une part, ses compétences, ses acquis et sa motivation et, d’autre part, l’exigence de la formation dans laquelle il est inscrit. L’enjeu semble ici d’éviter le décrochage en travaillant sur les qualités et aspirations personnelles (confiance en soi, persévérance, ...) pour remotiver l’étudiant.
Esquisser une typologie des causes de réorientations toujours plus nombreuses invite à les replacer dans le contexte plus large de « délinéarisation » des parcours qui conduit à faire évoluer le regard porté sur elles.
La deuxième partie du rapport s’ouvre sur le rappel de l’image traditionnelle négative qui affecte la réorientation – symptôme d’un échec personnel et facteur de coûts pour la collectivité – qui explique l’intervention ancienne tant des pouvoirs publics (l’article 8 de l’arrêté du 27 février 1973 relatif au diplôme d’études universitaires générales autorise les aménagements du régime d’étude pour rendre possibles les
réorientations) que des établissements (l’université de Limoges propose ainsi depuis 2001 l’un des plus anciens dispositifs de « rebond »

7). L’État semble osciller entre le souhait d’éviter autant que faire se peut
les réorientations futures ou, au contraire, en faire un véritable droit ; cette dernière préoccupation a permis d’élaborer progressivement un outillage important mis au service des acteurs.

Le déploiement de la loi ORE et de l’arrêté du 30 juillet 2018 relatif au diplôme national de licence permet toutefois d’inscrire ce balancement dans une perspective dynamique : le renforcement de l’articulation entre, d’une part, le développement de parcours individualisés de formation, dans le cadre d’une organisation de plus en plus modulaire des cursus et, d’autre part, l’objectif de réussite, dont la mesure est
appelée à s’adosser sur les engagements pris par l’étudiant dans le cadre de son contrat pédagogique de réussite 8 permet d’inscrire la réorientation comme l’une des modalités possibles d’un parcours de réussite. Dès lors, l’accompagnement des étudiants doit viser trois objectifs :
– sécuriser la situation d’entre-deux-formations, en veillant à conserver des liens étroits et réguliers entre l’étudiant et son établissement (entretiens réguliers, participation à des ateliers, inscription dans une formation rebond) ;
Les formations « rebonds », proposées au second semestre, offrent aux étudiants en échec ou souhaitant se réorienter à l’issue du premier semestre un accompagnement dans leur nouveau projet de formation.

8 Rapport IGÉSR n° 2020-013, La mesure de la réussite étudiante au regard de la mise en œuvre de la loi ORE, février 2020.

– inscrire la réorientation dans une transition de plus grande ampleur temporelle, et qui se joue pour l’essentiel au premier semestre, qui voit le passage du statut de lycéen à celui d’étudiant en cherchant à repérer le plus en amont possible les difficultés éventuelles et leurs solutions ;
– s’assurer que la réorientation est, parmi d’autres possibilités, la solution pédagogique adaptée à la situation de l’étudiant.
L’inscription de la réorientation dans une dynamique de réussite suppose donc un dialogue entre l’étudiant et son établissement qui puisse s’établir dans la durée, le premier semestre universitaire constituant à cet égard un temps fort dans cette relation. C’est le sens de la recommandation 4 qui propose de s’appuyer sur le contrat pédagogique pour la réussite étudiante comme outil d’un dialogue continu tout au long de l’année universitaire.
C’est à l’aune de cet objectif de mise en œuvre de parcours de réussite que sont examinées, dans la troisième partie du rapport, les questions de l’accompagnement des étudiants et de la gestion des flux internes et externes.
S’appuyant largement sur les observations faites par la mission lors de ses déplacements dans les établissements, le rapport s’attache à décrire les modalités d’accompagnement des étudiants qui reposent encore largement sur un triptyque associant :
– diffusion en amont d’une information abondante (sur les formations), que la mission propose d’enrichir, sur Parcoursup, d’éléments illustrant de manière concrète
es contenus des cours et décrivant la vie de campus (recommandation 5) ;
– accompagnement personnalisé (des candidats à une réorientation), qui mobilise des acteurs de plus en plus nombreux, au-delà des services universitaires d’orientation et d’information (SUOIP), dont la mission propose de renforcer l’animation pour diffuser, sous la forme d’un vade-mecum, les meilleures pratiques (recommandation 6) ;
– adaptation de l’offre de formation (pour la cibler sur des publics à profils particuliers), qui doit s’inscrire dans une stratégie de réussite étudiante (recommandation 7) qui doit être davantage préventive (recommandation 8).
Le développement de démarches d’accompagnement doit déboucher sur une gestion des situations de réorientations qui prennent mieux en compte les périmètres de mobilités (internes ou externes à l’établissement d’inscription) et la temporalité des souhaits de changement de formation (selon qu’ils s’expriment au premier ou au second semestre). Aussi est-il nécessaire de développer et de soutenir, à côté de la gestion nationale adossée à Parcoursup, pertinente pour gérer l’ensemble des souhaits s’exprimant au second semestre, deux niveaux complémentaires – celui de l’établissement et celui de la région académique – permettant la gestion des réorientations du premier semestre :
– les établissements doivent prendre en charge la gestion des réorientations internes, lorsqu’elles s’expriment au cours du premier semestre. Il est toutefois nécessaire de renforcer la transparence des procédures internes (recommandation 9), pour garantir la qualité d’une offre de services formalisée en direction des étudiants concernés. Il est d’autre part souhaitable que les étudiants connaissent dès l’entrée dans un cursus les crédits ECTS capitalisables et donc acquis y compris lors d’une réorientation (recommandation 10) ;
– l’échelon de la région académique doit organiser la gestion des réorientations externes, lorsqu’elles s’expriment au cours du premier semestre (recommandation 11), de manière à offrir aux étudiants désireux de se réorienter précocement dans un autre établissement, et repérés par les directions d’études, une solution rapide (intervenant au cours du premier semestre) en mobilisant à cet effet les places laissées vacantes à l’issue de la clôture de la campagne Parcoursup ou se libérant en cours de semestre.

Extrait de enseignementsup-recherche.gouv.fr de juin 2020

 

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