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"Dialogue de pédagogie critique" : questions de genre et de classe sociale en éducation prioritaire (site Questions de classes)

10 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Dialogue de pédagogie critique : Le rôle de l’enseignant
Dialogue entre Touraj, professeur d’histoire-géographie, et Irène, qui travaille sur la pédagogie critique, sur le rôle de l’enseignant.

[...] A l’inverse, on a bien souvent mis en avant comment les filles étaient plus dociles face à l’ordre scolaire. Certains ont attribué leur meilleure réussite scolaire à leur supposée docilité. Les filles réussiraient mieux à l’école que les garçons car elles seraient plus dociles. A l’inverse, la culture de la masculinité hégémonique se caractérise par une valorisation de la transgression.

Or cette lecture des trajectoires sociales des filles et des garçons relativement à leurs classes sociales souffre d’un double biais à mon avis.

[...] Pour en revenir au rôle de l’enseignant.e face aux élèves, j’aimerais évoquer mes propres pratiques. J’avoue ne jamais avoir été très à l’aise avec cette culture de la virilité chez mes élèves masculins. Elle fait partie de mon éducation familiale, mais est tellement loin de mes croyances et de ma personnalité que dans un premier temps j’ai eu du mal à comprendre et m’adapter. Je me souviens de cette première année d’enseignement en éducation prioritaire, face à une classe avec cinq élèves masculins qui se moquaient systématiquement des élèves scolaires, discrets ou excentriques. Je les ai accusé, à plusieurs reprises, d’avoir un "esprit de gang" en leur expliquant ce que j’insinuais par-là. Je n’avais pas les outils pour adresser les discriminations dont ils faisaient preuve et ne comprenais pas le mécanisme derrière. Je me contentais de dire à certains que d’être un "bonhomme" / "dur à cuire" pouvait impressionner sur le coup, mais qu’à long terme ce n’est pas l’unique manière d’exister sur la scène publique ou de se mettre en valeur car ils sont bien plus que cette façade. Pour le coup, j’étais très peu à l’aise avec ces comportements en début de carrière.

[...] Enfin, et nos dialogues en sont la preuve, il faut de la patience pour construire une pédagogie. Je regrette que dans nos missions nous n’ayons pas plus de temps pour des échanges pédagogiques avec nos collègues, comme c’est le cas dans de nombreuses REP+. Seul.e il est difficile de prendre confiance en sa pédagogie et de la remettre en question régulièrement. Certain.e.s en font l’effort, mais cela est évidemment une question d’envie, de temps (familles et surcharge de travail obligent) et de savoir où chercher. Ce n’est qu’à la fin de ma deuxième année d’enseignement que j’ai découvert d’autres courants pédagogiques alors que je lisais beaucoup et que j’étais politisé depuis très longtemps. Je ne peux donc pas m’imaginer comme c’est difficile pour tou.te.s nos collègues qui n’ont eu cette possibilité. On sent d’ailleurs l’enthousiasme de nombreux collègues lorsqu’il y a des formations ou discussions de pédagogie critique !

Extrait de questionsdeclasses.org du 05.11.20

 

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