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Vies majuscules. Autoportrait de la France des périphéries, Les Petits matins, 2020 (textes recueillis lors d’ateliers d’écriture par deux journalistes)

18 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Vies majuscules Autoportrait de la France des périphéries
Jérômine Derigny (Photographies), Emmanuel Vaillant (Réalisateur) et Edouard Zambeaux (Réalisateur)
Les Petits matins, 2020, 332 p., 17 €

« Pour moi, l’écriture, c’est zéro. Catastrophique. Même un mot, je galère. » (Stéphane, 30 ans, Grande-Synthe). Et pourtant… Cent soixante textes courts, sortes de diamants bruts sertis dans un ouvrage soigné. Des textes issus du travail intime et collectif fourni lors d’ateliers d’écriture, animés par deux journalistes, fondateurs de La Zone d’expression prioritaire. Les auteurs et autrices, de 14 à 80 ans, vivent dans des zones pauvres, urbaines ou rurales, de France métropolitaine (ce projet a également été porté par le Comité national de liaison des Régies de quartier et de territoire). Leur force d’expression tient sans doute à leur simplicité et à leur intégrité.
Ni détours, ni faux-semblants ; tout de suite au cœur du sujet. Elle tient aussi à leur agencement en dix thématiques, chacune introduite par une sobre demi-page, pour mieux « donner la parole à ceux que l’on entend peu ». Les chapitres se répondent, à l’instar du premier, « Là où j’habite », et du dernier, « Le champ des possibles », tant les aspirations dépendent des lieux de vie. Cette dimension est d’ailleurs l’un des grands intérêts du livre, ̶ des territoires parfois réduits à la dimension d’une habitation. La dialectique du dehors et du dedans est constante : « Trop peur du monde extérieur » (Alem, 38 ans, Bourtzwiller) est un sentiment qui revient souvent dans ces pages… Tout comme son dépassement. Malgré les récits de vies brisées ou naufragées, malgré l’isolement, s’expriment des espoirs, une vitalité, un courage incommensurables.
Une dizaine de photographies de Jérômine Derigny, sensibles et pudiques, apportent une tonalité particulière. Elles parlent d’une autre manière. Une chose enfin est frappante dans cette succession de courts récits : si certains font écho à d’autres, si l’on y retrouve des points communs, chacun est pourtant absolument singulier, irréductible. Aucune banalité, aucune banalisation de la pauvreté, voire de la misère, n’est possible. « Il y a aussi tous ces ateliers obligatoires qui sont censés nous profiter. À l’atelier écriture, encore, j’arrive à dépasser du cadre […]. J’fais 1,63 mètre seulement. On veut me raboter, me corseter, me torseter je dirais même. Eh ouais, il est encore plus parlant ce nouveau mot. Personne ne me torsètera jamais. » (Peggy, 48 ans, Billom).

Jean Vettraino
9 novembre 2020

Extrait de revue-projet.com du 09.11.20

 

Voir aussi Paroles d’habitants. Portraits et paysages en quartiers populaires, par Adil jazouli, Ed. Parenthèses, octobre 2020

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