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L’Echec scolaire, par Caroline Hache, Caroline Ladage, Jean Ravenstein, Ed. Retz, 2021 (avec un chapitre sur l’éducation prioritaire). Entretien du Café avec Jean Ravestein

5 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Jean Ravestein : L’échec scolaire et ses mythes
A quoi tient l’échec scolaire ? Beaucoup pointent le manque de capacités des élèves, ou les parents, ou les professeurs, selon le coté où on se place. Dans l’excellente collection "Mythes et réalités" (chez Retz éditeur), Jean Ravestein, Caroline Ladage et Caroline Hache publient un excellent petit livre qui balaie ces mythes. "Le but est simple : examiner les causes d’échec scolaire habituellement évoquées, les remettre à leur place grâce aux résultats des travaux de la recherche scientifique.. afin d’indiquer des pistes prioritaires pour tendre vers la fameuse égalité des chances". Jean Ravestein, professeur des universités émérite, revient sur quelques mythes qui ont la vie dure et explique comment se fabrique l’échec scolaire.

L’échec scolaire est-il un problème typiquement français ?

Il existe dans tous les pays du monde à des degrés divers. Dans les pays nordiques, par exemple, il serait moindre. Mais cela tient surtout à un système d’orientation très performant. En France quand l’orientation est mal accompagnée, que la parole est peu donnée aux élèves, ça les pousse sur des voies qu’il n’arrivent pas à faire aboutir.

Il y a t-il quelque chose de pire pour un jeune français ?

En effet c’est le pire qui puisse lui arriver. Le terme échec est déjà stigmatisant. Et dans notre système , très vite, dès la fin du collège, le jeune est mis en compétition avec des imaginaires collectifs qui désignent des voies royales et d’autres qui aboutissent moins haut. Tout cela rend l’échec douloureux. Cet élitisme scolaire fait que beaucoup d’élèves conçoivent du ressentiment par rapport à l’école quand ils n’arrivent pas à répondre à des demandes.

L’échec scolaire est il une question de capacités des élèves ?

Les élèves ont des capacités divergentes parce que certains ont des handicaps avérés. Mais, en dehors de ces handicaps, on sait que les enfants ont un équipement cognitif à peu près identique quand ils entrent dans le système scolaire. Les différences de capacités apparaissent avec la confrontation avec la réalité scolaire. Le rôle du milieu dans lequel l’élève évolue, familial, territorial par exemple fait que pour lui le travail scolaire prend plus ou moins sens. En fait l’enfant a des capacités mais qui ne font pas sens pour lui.

On nous dit souvent que le premier facteur de réussite scolaire c’est l’enseignant. L’échec dépend-il des enseignants ?

Je ne crois pas du tout à cela. Tout simplement parce qu’un élève rencontre une cinquantaine d’enseignants différents au long de sa scolarité. Il va donc tomber sur des enseignants différents. Certains lui conviennent . D’autres non. Il y a des professeurs qui sont meilleurs que d’autres. Mais sur un parcours d’élève ce n’est pas déterminant.

L’échec scolaire n’est -il pas le produit naturel d’un système éducatif construit pour classer et éliminer ?

C’est tout à fait cela. A partir du moment où on fixe des normes de réussite on crée de l’échec pour ceux qui n’y arrivent pas. C’est tellement vrai qu’il faut rappeler que l’échec scolaire n’a pas toujours existé. Ou plutôt il était tout autant élevé hier mais sa perception était moins importante. A la fin de la 2de guerre mondiale, la moitié des chefs d’entreprise n’ont pas le bac. On pouvait avoir une place élevée dans la société sans avoir brillé à l’école. C’est petit à petit que s’est construite l’idée que le diplôme permet une carrière rapide et que ceux qui ne réussissent pas à l’école sont en échec. Et les familles emploient des stratégies sophistiquées pour naviguer dans le marigot de l’orientation pour intégrer les bonnes filières et les bons lycées.

Les nouvelles technologies peuvent-elles réduire l’échec scolaire ?

On s’est aperçu, notamment avec la crise sanitaire, que le numérique peut être d’un grand secours. Un exemple en est donné avec les ENT. Comme un facteur d’échec est la déconnexion entre la famille et l’établissement, les ENT créent une passerelle entre celui-ci et les familles.

Peut-on proposer une mesure urgente pour réduire l’échec scolaire ?

Et bien dédoubler les classes de CP et CE1 par exemple. JM BLanquer l’ a fait. C’est une excellente mesure. Malheureusement elle n’est pas assurée jusqu’au bout. Il faudrait dédoubler jusqu’au CM2 et aussi dans les collèges de banlieue. On pourrait aussi améliorer l’accompagnement des professeurs novices qui sont lachés en rase campagne sans rien. Enfin il faudrait revoir l’orientation : elle doit proposer davantage d’accompagnement.

L’échec scolaire est plus important en éducation prioritaire. Faut-il le supprimer comme N Elimas le propose pour les Rep ?

Certainement pas. On est obligé d’avoir ces zones. Il faut leur donner des moyens supplémentaires avec une politique volontariste et pas du saupoudrage.

Propos recueillis par François Jarraud

Caroline Hache, Caroline Ladage, Jean Ravenstein, L’échec scolaire, collection Mythes et réalités, Retz, ISBN : 978-2-7256-4028-0, 9€.

Extraits de l’ouvrage

Extrait de cafepedagogique.net du 05.02.21

 

Présentation éditeur

[...] Depuis les années 1960, toutes les recherches sur les trajectoires scolaires convergent vers l’idée que réussite ou échec sont les fruits de multiples facteurs, le plus souvent indépendants des projets ou des qualités intrinsèques des élèves.

Les auteurs passent en revue 10 des mythes et réalités les plus répandus, tels que :
« L’échec scolaire est un phénomène récent »,
« Les élèves en échec manquent de capacités »,
« L’échec scolaire, c’est la faute du Ministère »,
« L’éducation prioritaire : une politique inefficace de lutte contre l’échec scolaire »,
« Les bons établissements font les bons élèves »,
« L’effet maitre : les professeurs fabriquent les bons et les mauvais élèves »,
« La famille est-elle au cœur du succès ou de l’échec scolaire ? » …
Extrait de editions-retz

 

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