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La question du genre et l’enseignement de la philosophie, dossier de la revue du GFEN "Pratiques de la philosophie" (ToutEduc)

10 février Version imprimable de cet article Version imprimable

Les questions de genre sont-elles des questions philosophiques et pédagogiques ? (Revue du GFEN)

Dans son dernier numéro, la revue Pratiques de la Philosophie du GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle), s’intéresse à la thématique du genre. "Effet de l’affaire de Weinstein et du mouvement #MeToo ?", se questionne Geneviève Guilpain, directrice de la publication. Dans son éditorial, elle écrit encore : "Sans doute (...). Mais pas seulement. Depuis longtemps cette question était présente et ressurgissait régulièrement."

La voici donc, une fois de plus, cette question sur les "Sexes, genre et philosophie", à laquelle la revue consacre un long dossier, d’une autre manière... "Le champ est immense, constate l’éditorialiste ; les philosophes l’ont peu déchiffré et la plupart d’entre eux ont pratiqué le déni ; le discours philosophique leur a semblé au-dessus ou au-delà des querelles de genre." Toutefois, à cette affirmation, elle répond : "Il n’en est rien pourtant et le trouble s’est installé dans notre discipline, porté par des voix s’élevant de la société civile et nous invitant à modifier nos pratiques."

En effet, comment modifier les pratiques ? "S’initier aux questions de genre : échos d’un stage" est le premier titre qui invite à la réflexion. Fatima Daoudi, professeure de Lettres modernes, pendant son stage, sur le terrain, porté sur la question "Sexes, genre et féminismes, la philosophie à l’épreuve du genre", remarque : "On a longtemps fait culpabiliser les femmes en leur disant qu’il suffit qu’elles changent pour que le monde change." Elle poursuit : " Pourquoi pas, prenons à partie ce changement comme solution salutaire, et comme le préconise Edgar Morin, il est urgent de changer de paradigme. Mais changer de paradigme, est-ce bien une question de volonté ?"

Cette volonté s’immisce ainsi dans ce que l’on peut appeler une rencontre... Aller vers l’autre ? Fatima Daoudi, après son observation sur le peu de présence d’hommes, en "ce lundi matin, dans une salle d’Ivry, (où elle était) curieuse de découvrir les nouveaux participants", constate que "les hommes se sont placés spontanément ensemble". Ainsi peut l’être cette habitude sociale, dans une classe où l’on remarque qu’une fille s’assoit avec une camarade et un garçon avec un camarade... Néanmoins, la professeure va, peu à peu, au gré des jours, se rendre compte que se sont là des "idées reçues que génère la notion de ’sexes’ (…)". Son expérience l’incite à comprendre que la majorité de ses élèves choisissent de préférence de "s’asseoir à côté des ’potos’ (camarades), à côté de ceux qui les comprennent et qui pensent comme elles ou eux, parce que c’est plus tranquille". Ensuite, dans un atelier elle évoque ces moments où le vécu, "a pris au dépourvu l’enseignant ( par exemple, un élève qui reste à la fin du cours pour avouer son sentiment amoureux à sa professeure ; plusieurs garçons qui insultent une élève de ’sale pute’ ; un élève de Terminale qui suce érotiquement son stylo... )", et l’autrice de l’article commente : "Il est peu fréquent que nous prenions le temps de nous interroger sur notre manière, sur nos pratiques et nos postures d’enseignants." Elle poursuit : "Il est nécessaire d’astreindre par des lois si on veut un résultat immédiat, d’éduquer par un renouvellement du programme scolaire et de laisser opérer dans le quotidien le dialogue et les résolutions à plus d’égalité et de partage."

Pour ce faire, "former les professeur-e-s de philosophie à l’approche genrée de leur discipline" semble nécessaire. Geneviève Guilpain, enseignante de philosophie et formatrice à l’INSPE, écrit : "L’intégration du genre dans l’enseignement philosophique s’impose d’autant que les élèves y sont désormais sensibilisé-e-s avant la classe de Terminale dans les cours de sociologie, d’histoire et de SVT. Il est impensable, ajoute-t-elle, que la discipline qui a la charge de développer un regard réflexif sur les savoirs et de les articuler à des questionnements éthiques, sociaux et existentiels se dédouane de la responsabilité d’assumer cette dimension." Pour elle, il est de la responsabilité institutionnelle et universitaire (à l’image des professeur-e-s d’histoire ou de sciences économiques qui bénéficient à l’université de formations spécialisées, ndlr) d’organiser sans plus tarder telles formations".

Le mot est lâché : responsabilité institutionnelle. A commencer par les petit-e-s. Le titre de cet autre article, de Marie-Pierre Dubernet, professeure des écoles "Un défi impossible : enseigner l’égalité Filles-Garçons à l’école primaire", est éloquent. Au fil du compte rendu d’une séquence pédagogique, menée dans une classe de CM2, dont l’objectif est d’ "amener les élèves à se questionner sur les représentations ’filles-garçons’ en leur proposant de débattre (...), de mesurer l’impact culturel (...), de croiser leurs représentations des tâches, des jeux (...), de visiter un mythe, celui de Narcisse (...), on remarque que la tâche est rude (…). L’Éducation nationale inscrit ’l’égalité filles-garçons’ dans les programmes. Le fait de la poser par écrit implique-t-il qu’elle se vive au quotidien ? Les enfants réclament-ils à être rangés dans le même bocal (dans l’album les cornifilles et les cornigarçons) ? Entend-on leurs réelles revendications ?" Elle termine : "Nous n’avons donc pas de réponses mais le doute est là, les questions, la remise en cause, le premier pas vers l’émancipation peut-être !".

Pratiques de la philosophie (GFEN), N°13, ISSN N° 1287 84 99. 10 euros.

[Extrait de toueduc.fr} du 09.02.21

 

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