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École et pauvreté Trois questions à Marie-Aleth Grard, présidente honoraire d’ATD Quart Monde (Témoignage chrétien)

13 août

École et pauvreté
Trois questions à Marie-Aleth Grard, présidente honoraire d’ATD Quart Monde

La France est l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale pèse le plus sur la scolarité. En janvier dernier, ATD Quart Monde a publié les fruits de Cipes (Choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation). Cette recherche participative a, pendant six ans, associé des militants d’ATD Quart Monde à des universitaires. Ensemble, ils ont travaillé avec une dizaine d’écoles primaires. Ces chercheurs et ces personnes en situation de pauvreté sont allés dans les classes, ont échangé avec les enseignants pour comprendre les raisons de l’échec scolaire chez les enfants issus de familles précaires et réfléchir à une autre façon de faire école en ne laissant aucun élève de côté.

L’école n’accueille pas tous les élèves de la même façon ?

C’est la même école, mais on ne vient pas du même lieu et, surtout, on n’a pas le même bagage en arrivant. C’est une inspectrice générale honoraire de l’Éducation nationale qui le dit : à l’entrée en maternelle, il y a mille heures d’écoute d’histoires de différence entre un enfant de milieu favorisé et un enfant de milieu défavorisé. Cela ne veut pas dire que les parents de milieux défavorisés n’ont pas envie de lire des histoires à leurs enfants, mais, trop souvent, ils ne se sentent pas légitimes, n’osent pas ou ont trop de choses en tête pour le faire. Quand on vit dans la pauvreté, on a souvent derrière soi un parcours scolaire difficile. C’est compliqué, une fois parent, de remettre les pieds à l’école, même si l’on croit vraiment à l’importance de l’école pour permettre à son enfant d’avoir une vie meilleure. Bien souvent, on n’a ni le langage, ni les codes, et on a parfois du mal à comprendre ce que veut nous dire l’enseignant.

Les chiffres racontent un déterminisme social, une orientation précoce de ces enfants vers des filières spécialisées, voire des filières du handicap. En Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire), classes permettant la scolarisation d’élèves en situation de handicap, 80 % des élèves sont issus de milieux défavorisés ; en Segpa (sections d’enseignement général et professionnel adapté), dont les horaires et les programmes sont aménagés, ils sont plus de 72 %. En sortie de Segpa, 37 % des jeunes sont dirigés vers un CAP et 63 % n’ont rien. C’est dramatique. Ils viennent rejoindre les rangs des 80 000 jeunes qui, chaque année, quittent le système scolaire sans diplôme. Pour ces jeunes-là, il faut organiser des accompagnements personnalisés, parce qu’il faut du temps pour oser reprendre une formation.

Pourquoi notre école se désintéresse-t-elle des enfants issus de milieux précaires ?

Il ne s’agit surtout pas d’accuser les enseignants. Si autant d’enfants de milieux défavorisés se retrouvent dans ces impasses, il s’agit d’un problème multifactoriel. Nous sommes à un moment où les plus pauvres sont montrés du doigt comme s’ils étaient responsables de leur situation. Dans l’Éducation nationale, on ne donne pas aux enseignants et aux personnels les moyens de formation (connaissance et compréhension de la grande pauvreté…), ni les moyens matériels pour organiser les actions nécessaires, adapter leur pédagogie pour que ces enfants-là soient pris en compte. Proportionnellement, beaucoup plus de moyens sont investis pour un jeune en classe préparatoire que pour un enfant en école primaire.

Peut-on lutter contre le déterminisme social ?

Bien sûr. C’est une question de volonté politique, de cap que l’on se donne. Je vais vous donner un exemple : il y a quelques années, dans l’académie de Reims, une rectrice avait donné pour mission à un cadre de l’Éducation nationale de prendre contact avec tous les jeunes qui, à 16 ans, sortaient du système scolaire sans diplôme. Il les rencontrait un par un pour comprendre ce qu’ils cherchaient, ce qui aurait pu les motiver à revenir à l’école. Cette expérience a porté des fruits. Mais, pour cela, il faut du personnel et des moyens.

À ATD Quart Monde, nous voulons une école qui ne laisse personne de côté, comme nous voulons une société qui ne laisse personne de côté. Cette recherche participative Cipes donne des pistes à l’Éducation nationale pour soutenir les enseignants dans leur quotidien et leur formation, pour faire en sorte que les moyens soient mis là où ils permettront à davantage d’enfants de réussir, mais aussi aux enseignants et parents de tisser une relation d’estime mutuelle. Car cette relation est essentielle. Les enseignants doivent oser aller à la rencontre de chaque parent pour mieux connaître leurs élèves. Il s’agit de tisser un lien dans lequel le parent est reconnu comme premier éducateur de son enfant et l’enseignant accepté dans son rôle d’éducateur dont la mission est d’instruire cet enfant. Ces adultes peuvent dès lors dialoguer ensemble au service de la réussite de l’enfant.

Propos recueillis par Stéphanie Gallet.

Extrait de temoignagechretien.fr du 17.07.26

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