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05/05 - « Des collèges différents » vus par un prof de ZEP

5 mai 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « Parutions.com » du 05.05.05 : des friches qui doivent prospérer par Marie-Laure Viaud, « Des collèges et des lycées différents » Edition PUF - Partage du savoir 2005 / 25 € / 258 pages.

« Des collèges et des lycées différents » est tiré de la thèse de Marie-Laure Viaud. L’objectif de ce travail est d’établir un bilan du fonctionnement des établissements du second degré dans le public comme dans le privé, qui sont dits « parallèles », « pionniers » ou « alternatifs » ; en un mot, « différents ».

Il ne s’agit pas simplement de dresser un bilan de ces établissements ; une question sous-tend le projet : existerait-il, dans l’enseignement secondaire, des pratiques pédagogiques permettant, davantage que d’autres, la réussite de tous, le plaisir d’apprendre et la formation de citoyens actifs ?

Pour répondre à cette question, Marie-Laure Viaud, qui a enseigné plusieurs années dans des collèges de Seine-Saint-Denis, en outre historienne, n’a pas hésité à compenser la rareté des traces écrites sur ces collèges et lycées différents par l’écoute des acteurs et l’enquête de terrain. Aujourd’hui, en France, quelques dizaines d’écoles différentes existent et quelques centaines au plus ont vu le jour au cours du XXe siècle. L’auteur commence par nous raconter l’évolution de ces écoles de 1918 à la rentrée 2002 en évoquant les effervescences de certaines années ou au contraire le creux de la vague pour ces mouvements pédagogiques suivant le contexte historique mais aussi selon les gouvernements au pouvoir ; de gauche ou de droite, ils ne donnent pas la même importance à ces établissements pionniers.

Même si les collèges et lycées différents partagent des valeurs communes, comme la certitude qu’il est toujours possible de faire quelque chose, que les initiatives doivent être multiformes, venir du terrain et non de la hiérarchie, on peut distinguer deux logiques principales et deux sous-logiques : les « Ecoles adaptées » donnent la priorité aux apprentissages scolaires et à l’épanouissement individuel alors que les « Ecoles intégrantes » privilégient les apprentissages à long terme (savoir-faire, valeurs.)

Les novateurs qui travaillent dans ces établissements sont divisés par deux lignes de clivages idéologiques : certains novateurs ont lié leurs théories à une volonté politique de transformation sociale alors que d’autres ont conçu des écoles au service des classes sociales privilégiées. Par ailleurs, certains estiment que les adultes doivent exercer le moins de contrainte possible sur les adolescents alors que d’autres considèrent qu’ils doivent conserver une part d’autorité et mettre en place certaines limites.

A travers le bilan dressé par l’auteur, quelques modèles et leurs logiques se révèlent plus performants que d’autres en ce qui concerne les résultats scolaires ou ne conviennent qu’à une certaine catégorie d’élèves. Toutefois l’auteur remarque que dans ces établissements les comportements violents ou les incivilités sont peu fréquents par rapport aux établissements traditionnels, ce qui est remarquable quand on sait que certaines de ces écoles différentes accueillent des élèves déscolarisés qui ne sont plus acceptés dans aucun établissement.

Le premier mérite de ce livre est ainsi de faire le point sur un territoire en friche : dresser le bilan sur les écoles différentes. On découvre aussi qu’il est possible de faire fonctionner un établissement scolaire de manière très différente en inventant une organisation du temps qui permette de mieux s’adapter aux rythmes et au besoin des adolescents ; de partir des intérêts et des interrogations des élèves et de favoriser l’épanouissement de toutes les potentialités d’un individu. Avec ce livre, l’auteur sillonne des territoires méconnus de l’éducation avec l’espoir d’y faire germer quelques perspectives pour l’école de demain. Un effort admirable, que l’on espère fertile...

Stéfan Philippot

(L’auteur du compte rendu : après des études en mathématiques pures, Stéfan Philippot enseigne actuellement dans un collège classé ZEP. C’est un établissement dans lequel un plan contre la violence a été mis en place ; il s’agit en outre d’un poste à exigence particulière de type PEP IV).

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