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Recherche pédagogique en zones prioritaires

25 avril 2006

Extrait de « X.Y.ZEP » de mars 2006 : Circulons ! Y a de quoi voir !

La parution du bulletin « X.Y.ZEP » par le Centre Alain Savary (INRP) est toujours un moment important dans la vie des zones prioritaires. Après avoir publié le sommaire , nous publions ici l’éditorial.

Les relations entre la recherche, l’action et la décision ne semblent pas satisfaisantes : chercheurs, décideurs comme acteurs attendent mieux, ou autre chose. Les critiques croisées ne sont pas rares : « Comment cette décision a-t-elle pu être prise en contradiction manifeste de l’avancée des recherches ? » ; « Que ces chercheurs sortent un peu de leur tour d’ivoire ! ». Cette situation ne manque pourtant pas de paradoxe : les technologies cognitives et savoirs issus de la recherche imprègnent notre vie sociale, et nos pratiques quotidiennes actuelles. « L’appropriation réflexive de la connaissance », dit le sociologue Giddens, caractérise nos sociétés modernes avancées. Les sciences de l’éducation se sont considérablement renforcées, et tout acteur de l’Éducation nationale y a accès au moins le temps de sa formation. La création des IUFM, le développement d’une littérature professionnelle, l’INRP, entre autres, n’agissent-ils pas sans relâche pour la diffusion de ces savoirs ? N’oublions pas non plus que la grande majorité des chercheurs sont aussi enseignants.

Une attention aux débats et discours portés sur l’éducation et l’école rappelle comment concepts et notions savantes « circulent », l’air de rien. Mais quels savoirs exactement ? et comment ? et pour quels effets ? L’interpénétration des savoirs et des pratiques sociales ne marque pas toujours une avancée démocratique.

Elle peut aussi signifier légitimation ou normalisation, voire techniques de contrôle social (cf. M. Foucault). Ouvrir le dossier des relations entre recherche et action, c’est aussi rappeler cette complexité.

D’une part, des malentendus peuvent naître si on pense ces relations comme une « continuité linéaire » (cf. rapport Prost) : les chercheurs n’auraient qu’à définir les solutions que les acteurs n’auraient plus qu’à mettre en oeuvre... C’est faire peu de cas des logiques distinctes à l’oeuvre dans l’un et l’autre de ces mondes : les temporalités y sont différentes, le langage de la recherche n’est pas celui de l’action, sa logique n’est pas forcément celle de l’efficacité et c’est d’ailleurs précisément ce qui peut fournir sa pertinence. Par ailleurs, il nous faut aussi rappeler que la recherche en éducation est hétérogène : selon les disciplines, selon les paradigmes mobilisés, la question du rapport à l’action ne se pose pas de la même manière. Psychologie cognitive, didactique des mathématiques et sociologie critique n’ont peut-être pas les mêmes potentialités d’opérationnalisation.

Enfin, les savoirs scientifiques ne se diffusent pas linéairement, ils sont l’objet d’un constant et nécessaire travail de traduction-trahison, celui-ci mettant aussi en jeu des « passeurs », des relations de coopération, d’autorité ou autoritaires, etc.

Insatisfaction, paradoxe, malentendu, complexité : il semble nécessaire de conserver le dossier ouvert, bien loin des simples dénonciations de la « résistance » des uns et du « facile à dire » des autres. ■

Daniel Frandji, maître de conférences en sociologie, coordinateur scientifique du centre Alain Savary.

Rappel : la rencontre de l’OZP sur un thème proche avec Jean-Yves Rochex

Rappel : la rencontre OZP sur le Centre Alain Savary

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