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Le logiciel Kalulu, Stanislas Dehaene, le Csen et les questions de ToutEduc

9 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 09.06.21

La Lettre de ToutEduc n° 566, 9 juin 2021

EDITORIAL.
Peut-on dire "en même temps" blanc et noir ?
Stanislas Dehaene s’apprête à publier un article répondant à toutes les normes académiques dans lequel il expose les résultats de l’étude des effets du logiciel Kalulu, créé et promu par le laboratoire qu’il dirige. Celui-ci a de bons résultats pour les élèves de grande section, encore sensibles quand ils arrivent au cours préparatoire, mais qui s’évanouissent complètement dans les mois qui suivent, au point que les enfants qui n’ont pas participé à ce programme font mieux. S’il ne remet pas en cause ses certitudes sur la "méthode syllabique", il pose à cette occasion deux questions essentielles. Les tests qui valident des compétences correspondant exactement à ce qui a été appris et immédiatement après sont-ils prédictifs d’une réussite à long terme ? A mettre le focus sur la reconnaissance des syllabes, ne perd-on pas de vue l’objectif, la lecture courante ?

Une réponse positive à ces deux questions remettrait en cause les fondements même de sa démarche. Penser contre soi-même et publier des données qui vont à l’encontre de ce que l’on voulait démontrer est incontestablement tout à l’honneur du chercheur, professeur au Collège de France.
Mais sur son site (ici), il reste écrit que les résultats de Kalulu sont "encourageants" et le CSEN, le Conseil scientifique réuni par J-M Blanquer et qu’il préside, vient de publier une note sur les difficultés en lecture d’élèves de 6ème qui propose, parmi les moyens de remédiation, l’utilisation de Kalulu et de GraphoGame (un logiciel développé par un autre membre du CSEN) qui ont "commencé à démontrer leur efficacité". Une telle affirmation, alors qu’il a en main les résultats de l’étude ne pose-t-il pas un problème de cohérence ? Nous lui avons communiqué le texte de cet éditorial comme celui de la dépêche référencée ci-dessous et Stanislas Dehaene nous a annoncé en retour, avec l’autrice principale de l’article, Cassandra Potier Watkins une réponse que ToutEduc publiera bien volontiers évidemment. Les résultats de l’étude n’iraient pas à l’encontre de ce qui est écrit dans la note ou sur le site qui présente le logiciel.

Extrait de touteduc.fr du 09.06.21

 

Le logiciel Kalulu élaboré par S. Dehaene pour préparer les enfants à la lecture a peut-être des effets négatifs (article de S. Dehaene)

Le logiciel Kalulu propose des petits jeux pour "apprendre à lire et à calculer", il est développé par l’équipe de Stanislas Dehaene qui indique sur le site "Mon cerveau à l’école" qu’une étude "en cours de finalisation a permis de "comparer les performances d’enfants de grande section de maternelle qui jouaient, soit à la version Lettres, soit à la version Chiffres, de Kalulu, 20 minutes par jour trois fois par semaine" et d’enfants qui avaient, à l’école maternelle, les pratiques habituelles : "Les résultats, encourageants, seront publiés dès que nous aurons suffisamment de recul sur le devenir de ces enfants en CP", ajoutait-il.

Par ailleurs, le Conseil scientifique, dans sa "note" sur le niveau de lecture en 6ème, en recommande l’utilisation pour les élèves en difficulté, car il a "commencé à démontrer (son) efficacité". Mais dans un article qu’il signe avec Cassandra Potier Watkins (INSERM) et qui en est au stade de la pré-publication, il indique dans son résumé que l’avantage qu’ont en début d’année de CP les enfants qui ont utilisé ce logiciel, aussi bien en connaissance des lettres et des sons que des nombres disparaît en milieu d’année. Les auteurs estiment que ces résultats mettent en évidence la différence entre les effets à court et à long terme.

"Malgré des résultats encourageants au début du CP, au milieu de l’année, il n’y a avait plus de bénéfice repérable pour les enfants qui avaient été exposés au Kalulu à la maternelle. En fait, les enfants du groupe contrôle avaient de meilleurs résultats en orthographe et, potentiellement, en compréhension et en vocabulaire." Les auteurs trouvent des résultats semblables pour les mathématiques. Ils émettent l’hypothèse que ce type de logiciel a des effets négatifs à long terme, les méthodes purement phonétiques provoquant une sur-dépendance aux compétences de décodage aux dépens du but recherche, la reconnaissance des mots et une lecture courante. A moins que les élèves du groupe témoin, qui avaient moins bien réussi les tests de début d’année, aient bénéficié d’un enseignement renforcé. Les auteurs ignorent en effet ce qui a pu se passer durant les premiers mois de l’année, n’ayant accès qu’aux résultats des évaluations nationales. Autre hypothèse, cet apprentissage est intervenu trop tôt, il aurait fallu attendre le CP. "On sait peu de choses du bon moment pour l’enseignement de la lecture."

Ils concluent que les bénéfices d’un tel dispositif devraient être évalués avec des tests standardisés mesurant les effets à long terme. En effet, quand ceux-ci reflètent uniquement ce qui a été inculqué, ils ne sont pas nécessairement prédictifs d’une future réussite scolaire.

L’article "Can a game application that boosts phonics knowledge in kindergarten advance 1st grade reading ?" est pré-publié

en anglais ici .

Extrait de touteduc.fr du 02.06.21

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