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Dans Le Monde, deux tribunes de Claude Lelièvre et Pierre Merle sur le bilan de J.-M. Blanquer évoquent d’abord le dédoublement

13 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

« On peut se demander si le long ministère de Jean-Michel Blanquer pourra marquer les esprits »
TRIBUNE
Claude Lelièvre,
Historien

Si la longévité du ministre à la tête de l’éducation nationale vient de dépasser celle de son prédécesseur Christian Fouchet (1962-1967), ses résultats sont bien moindres, estime l’historien Claude Lelièvre, dans une tribune au « Monde ».

[...] A ce sujet, deux mesures-phares focalisent l’attention. D’abord, le dédoublement des classes de CP puis de CE1 et, enfin, de grande section de maternelle situées en zone d’éducation prioritaire. Même si cela s’est fait en partie au détriment d’autres encadrements scolaires, c’est une mise en place sans précédent et massive. Ce sont 300 000 élèves qui auront bénéficié de ces classes dédoublées, selon le ministère. Le rapport publié en août par l’Institut Montaigne faisant le bilan du quinquennat Macron pour l’éducation a pu citer une étude menée par la DEPP (le département statistique du ministère) comparant des élèves de même profil social ayant bénéficié les uns du dispositif, les autres non. Cette étude montrait que le dédoublement avait permis une baisse de la proportion d’élèves en très grande difficulté de 7,8 % pour le français et de 12,5 % pour les mathématiques. Cela n’est pas rien. Mais c’est très en deçà de ce qui était espéré.

Ce résultat pose, au-delà de la progression quantitative de l’encadrement, la question de son amélioration qualitative. Or, on doit constater, sur ce point, des atermoiements de taille de la part du ministre. Car Emmanuel Macron avait accompagné sa proposition de dédoublement d’indications qualitatives, dont celle de ne plus affecter aucun professeur en zone prioritaire pendant ses trois premières années d’enseignement. Rien n’a changé dans ce domaine. Par ailleurs, Emmanuel Macron s’était prononcé en faveur d’une mobilisation pédagogique et éducative ad hoc des enseignants : « En zones REP et REP +, les enseignants doivent pouvoir proposer des méthodes plus innovantes. Je le valoriserai dans le parcours des enseignants. » On attend toujours des dispositions significatives allant dans ce sens.

Extrait de lemonde.fr du 10.09.21

 

« La politique éducative du quinquennat n’a pas réduit les déficiences de l’école française »
TRIBUNE
Pierre Merle,
Sociologue

La mixité aurait été plus efficace qu’une diversification de l’offre pédagogique pour promouvoir la réussite de tous, relève le sociologue Pierre Merle dans une tribune au « Monde ».

[...] Réalisée grâce à une démographie scolaire particulièrement favorable (le nombre d’écoliers a baissé de 255 000 de 2017 à 2021), la politique de dédoublement a manqué d’ambition.

D’une part, elle ne concerne que les 300 000 élèves des CP et CE1 de l’éducation prioritaire, soit moins de 5 % des écoliers. D’autre part, la majorité des élèves en difficulté sont scolarisés hors éducation prioritaire. Ils ne bénéficient donc pas du dédoublement. Enfin, en grande section de maternelle (GS), classe essentielle aux premiers apprentissages, le dédoublement demeure très limité. Selon les sources ministérielles, le nombre d’élèves par classe en GS n’a diminué que de 2,6 élèves en REP + et 1,9 en REP. En 2020, il s’établit à 19,5 élèves par classe en REP + et 20,8 en REP.

[...] Cette diversification de l’offre pédagogique a favorisé les stratégies de fuite des établissements populaires. Toujours selon les données officielles, en 2020, dans les 20 % des collèges les plus favorisés, 83 % des élèves de 6e ont un niveau satisfaisant en mathématiques. Dans les 20 % des collèges les plus défavorisés, plus de 50 % des 6e ont un niveau faible dans cette discipline. Dans ces collèges, outre une proportion élevée d’enseignants débutants et de contractuels peu qualifiés, les bons élèves, « locomotives » des classes, font trop souvent défaut.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Enquête sur la galaxie Jean-Michel Blanquer
Si Jean-Michel Blanquer souhaitait promouvoir la réussite de tous, une politique de mixité aurait été plus efficace qu’une diversification de l’offre. Cette ségrégation scolaire et sociale est aussi contraire à une politique du vivre-ensemble. Celle-ci ne peut se réduire à une focalisation sur l’enseignement moral et civique (EMC) contredite par des déclarations intempestives telles que « le voile n’est pas souhaitable dans notre société ». Cette laïcité antimusulmane est contraire à l’article 1 de Constitution – « La République (…) respecte toutes les croyances. »

Extrait de lemonde.fr du 10.09.21

 

Voir aussi :

Jean-Michel Blanquer, les ressorts d’une longévité record
Jean-Michel Blanquer devient en cette mi-septembre le ministre de la Ve République resté le plus longtemps à l’éducation.

Passionné d’échecs, il avance ses pions à toute vitesse, sans laisser le temps à la contre-attaque.

Quatre ans et quasiment quatre mois… Devançant Christian Fouchet, une figure du gaullisme en poste dans les années 1960, Jean-Michel Blanquer détient désormais le record du plus long mandat de ministre de l’éducation sous la Ve République. Comment expliquer une telle longévité dans ce fauteuil qu’un ancien membre du ministère décrivait, en riant, comme « la place du mort".

Extrait de lacroix.fr du 13.09.21

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