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Urgence pour l’école républicaine, par Camille Dejardin, Gallimard, septembre 2022 (présentation ToutEduc et podcast de Radio-France)

18 octobre

“L’école trahit ses usagers, ses acteurs et, surtout, ses promesses d’égalité des chances par l’instruction et l’éducation à la citoyenneté“ (ouvrage)
“Réforme du collège en 2016, réforme du lycée et du Baccalauréat en 2019... : le décalage entre les choix opérés et les besoins essentiels révèle une faillite orchestrée où règnent l’absurde et l’iniquité“, estime la philosophe Camille Dejardin dans un essai paru en septembre.

Il s’agit ici de décrire un système scolaire “inefficace et pourvoyeur d’illusions“ et “de plus en plus frustrant pour tous ses acteurs“, autant de “signaux forts“ . Car, pour l’auteure, “la dévaluation de l’enseignement public ratifie l’abandon de ceux qui n’ont que l’école pour s’élever“, tandis qu’a contrario “l’ascenseur social républicain est en panne parce que son moteur, l’école, est en panne.“

Ainsi l’Éducation nationale du XXIe siècle, assure-t-elle, fait valoir “un égalitarisme qui confond la bienveillance avec l’indulgence et l’indulgence avec le laxisme“. Or l’égalitarisme “ne sert pas l’égalité mais un élitisme réel, qui fait reposer la majeure partie de la réussite sur d’autres facteurs que la fréquentation de l’école publique, quand ce n’est pas sur la non-fréquentation de celle-ci. Il ne récuse l’exigence que pour ratifier la sélection là où s’affirme le déterminisme social. Prôner l’école démocratique en tenant les élèves pour des individus achevés, c’est condamner l’éducation à la démocratie qui exige de leur donner accès à la maturité. Dévaluer l’école, ce n’est donc rien de moins que piétiner les promesses républicaines. En un mot : une authentique malfaisance.“

A partir de comparaisons internationales, la philosophe évoque le niveau des écoliers français en mathématiques, pointant “des effets néfastes déjà attestés sur la baisse du niveau des lycéens et de la représentation des filles dans cette spécialité“, de la réforme du lycée et du baccalauréat par Jean-Michel Blanquer. Un niveau également “accablant en lecture“, pour lequel “dès que l’on mesure la capacité des élèves à donner du sens à ce qu’ils lisent (voire écrivent), a fortiori avec une dimension implicite (sens figuré, ironie...), les résultats dénotent une vulnérabilité alarmante dans notre société de la communication.“

Sont critiquées des mesures mises en œuvre sous les gouvernements d’Emmanuel Macron tout comme de François Hollande. Pour ce dernier, il s’agit de la refonte de la loi Jospin qui “organise le début de la scolarité en quatre ‘cycles‘ de trois ans qui empêchent toute remédiation immédiate aux difficultés“, mais également la fin du redoublement, “qui n’est plus permis qu’en cas de ‘rupture de continuité d’apprentissage‘ (surtout pour raisons médicales) ou sur demande instante de la famille et non de l’équipe pédagogique, même unanime.“ Ainsi l’autorité des professeurs, “légalement tenus d’acquiescer aux désirs des élèves et de leurs parents-rois, en sort irrémédiablement affaiblie“. Au final, deux mesures qui se combinent “pour que les élèves traînent leurs difficultés pendant toute leur scolarité.“ D’ailleurs, si “tel élève ne sait pas écrire en CE2, sans s’enquérir de l’apprentissage de l’écriture dont il a pu bénéficier, certains médecins lui accorderont un ‘plan d’accueil personnalisé‘ avec mise à disposition d’un clavier, d’un logiciel à commande vocale voire d’un scribe (sous l’acronyme d’AESH).“

Plusieurs solutions sont avancées, comme avancer tous les apprentissages d’un an, systématiser les petits effectifs, ou encore évaluer “avec bon sens“. A ce titre, il est pour Camille Dejardin “certain que l’organisation de l’évaluation sert de justification à l’évacuation des cohortes d’élèves sans égard pour ce qu’ils ont été mis en capacité de savoir et de faire, au service d’une politique globale de dépeçage du service public. Une véritable ingénierie de l’écran de fumée est à l’œuvre derrière chaque résultat, mobilisant l’énergie d’acteurs plus ou moins conscients ou contraints tout au long de la chaîne hiérarchique (souvent dans l’ignorance de ce que font les autres) pour fabriquer de toutes pièces une ‘réussite‘ soluble dans l’enseignement supérieur, le marché de l’emploi et toute forme de difficulté hors des murs de l’école... mais qui ‘sauve les apparences‘ pour un temps, tandis que les maux s’invétèrent. “ Et c’est ainsi que “personne n’est satisfait, ni les élèves à qui l’on dénie l’aide dont ils auraient besoin, ni les professeurs aux prises avec l’illettrisme toléré et des copies à lire à voix haute pour deviner ce que l’élève a voulu écrire (...).“

En outre, le slogan “mettre l’élève au cœur de son apprentissage“ est pour la docteure en sciences politique “également inepte“ suggérant que l’élève “n’aurait besoin que de lui-même“ et dès lors “c’est l’école qui devient superflue : ‘Venez comme vous êtes.‘ De fait, on assiste à sa McDonaldisation : présentez-vous, composez votre menu, patientez dans l’ordre de la queue et repartez avec votre commande, ultra-transformée. Bac ou BigMac.“

Sont par la suite évoqués les enseignants, qui subissent “une dégradation des conditions de travail à laquelle les mesures gouvernementales répondent par le mépris en multipliant les dérivatifs qui aggravent le mal". Camille Dejardin explique comment, “entre conscience professionnelle malmenée et conditions de travail éprouvantes, humiliantes voire clairement risquées, les démissions de professeurs se multiplient, parfois à la veille de la retraite.“ Elle considère “important que nul ne puisse enseigner (plus de quelques heures) sans réussir un concours attestant ces deux aptitudes. Actuellement, le recours à des non-lauréats ne fait que ratifier la coexistence de statuts professionnels divers propice au dumping et au discrédit des enseignants.

Les concours doivent donc être repensés pour être nécessaires à la pratique de l’enseignement et suffisants à garantir un niveau satisfaisant, spécialisé et transversal (registre de langue, élocution, connaissance et respect des valeurs de la République). On ne peut revaloriser la profession sans revaloriser, à tous les niveaux, le savoir.“ En revanche, qu’il faille un Master pour se présenter est “discutable“, car “si l’on accepte des impétrants sans condition de diplôme, comme les ‘parents de trois enfants ou plus‘ et les ‘sportifs de haut niveau‘, pourquoi pas n’importe qui ? Ni barrières à l’entrée, ni passe-droit : un concours bien pensé, ciblé et discriminant assurerait à lui seul un recrutement cohérent.“

Camille Dejardin, Urgence pour l’école républicaine, Gallimard, 64p., 3,90€ ici

Extrait de touteduc.fr du 17.10.22

 

Répliques

L’école républicaine a-t-elle un avenir ?

Résumé

Quand un certain désenchantement plane sur l’Education nationale : débat autour de la question avec Camille Dejardin et Mathilde Brezet
avec :

Mathilde Brézet (Professeur agrégée de lettres classiques), Camille Dejardin (Docteur en sciences politiques, professeur de philosophie).

Alain Finkielkraut s’entretient avec les universitaires, Camille Dejardin, auteure de Urgence pour l’école républicaine (essai paru aux éd. Gallimard), et Mathilde Brezet.

"La dévaluation de l’enseignement public ratifie l’abandon de ceux qui n’ont que l’école pour s’élever.
Ce qui se joue à l’école concerne chacun de nous du fait de ses conséquences sur la société. Or l’ascenseur social républicain n’opère plus. L’école trahit ses usagers, ses acteurs et, surtout, ses promesses d’égalité des chances par l’instruction et l’éducation à la citoyenneté." Camille Dejardin, Urgence pour l’école républicaine.

Extrait de radiofrance.fr du 08.10.22

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1 Message

  • Je viens de le terminer et je le trouve trop limité dans sa critique du système éducatif, avec plusieurs inexactitudes, et une absence totale de références sur les recherches en didactique, en pédagogie (Celine Alvarez n’en est pas une de valable), rien non plus sur l’origine socio-économique des élèves et le rôle du système éducatif dans la reproduction des inégalités socio-économiques. Elle met en évidence beaucoup des travers que tout le monde constate et elle arrive à en donner un tableau cohérent, ce qui n’est déjà pas mal. L’école publique n’est pas assez présentée comme porteuse d’avenir.

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