> Les rubriques antérieures à nov. 2025 (archive) > VI- NIVEAUX D’ENSEIGN. : Petite enfance, Maternelle.., Lycée, Interdegrés, (…) > MATERNELLE (par type de docs) > Maternelle (Témoignages, dont B. Devanne) > Maternelle : témoignages d’un Atsem et de deux enseignantes (Le Café)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Maternelle : témoignages d’un Atsem et de deux enseignantes (Le Café)

27 mars 2025

ATSEM : une fonction primordiale en quête de reconnaissance

« Leur rôle reste encore trop peu (re)connu » écrit Boris Chiron à propos des ATSEM, à qui il consacre sa chronique. Il souligne les difficultés de leur posture, à plusieurs égards et de leur métier. Pour lui, « trop peu rémunérées, avec des conditions de travail difficiles que cela soit en termes sanitaire ou psychologique, les ATSEM doivent être revalorisées. Finalement, elles aussi, ont choisi un métier qui visait un idéal, celui d’une éducation pour toutes et tous tournée vers le bien-être de chaque élève. Alors faisons-les participer pleinement à la construction de celui-ci. »

Voilà maintenant plusieurs mois que j’enseigne en maternelle, l’occasion pour moi d’en apprendre davantage sur le rôle central des agentes spécialisées des écoles maternelles (ATSEM). Je dis bien “agentes”, parce que le nom de cette fonction se doit d’être féminisé au vu des 99,7%[1] de femmes qui la composent. Ces spécialistes, comme leur nom l’indique, sont de véritables piliers de nos classes, faisant figure de référence pour les élèves au quotidien. Cependant, leur rôle reste encore trop peu (re)connu.

Un tandem prof – Atsem

Au sein d’une classe, l’enseignant est souvent identifié comme la personne de référence. Or, la préparation et la construction de cet espace, des activités, du rapport avec les enfants, de la gestion du groupe, ne seraient pas les mêmes sans l’ATSEM. En effet, elle me permet souvent de décentrer le regard, de prendre conseil auprès d’une personne qui me suit au quotidien et connaît la même réalité de la classe, avec en prime une présence là où je ne suis pas, notamment sur la pause méridienne, qui permet un suivi plus étayé de chaque élève. Ce que l’on ne voit pas, elle peut parfois le repérer, et inversement. Elle est également essentielle à la mise en place de la différenciation au sein d’une classe, grâce à sa capacité à prendre en charge un groupe d’élèves, permettant ainsi à l’enseignant de se concentrer sur ceux qui seraient plus en difficulté. Bref, je forme avec l’ATSEM avec qui je partage la classe un tandem, un binôme, qui rassemble nos compétences respectives pour les mettre au service des élèves afin de leur donner les meilleures conditions possibles.

Deux adultes dans la classe

La présence d’un second adulte au sein d’une classe est toujours un atout afin d’avoir un regard réflexif sur sa pratique mais aussi de pouvoir mieux accompagner les besoins de chacun des élèves, tout en partageant cette expérience, brisant ainsi la solitude que peut ressentir un enseignant seul face à sa classe. Cela est d’autant plus le cas lorsque cet adulte est spécialisé dans ce domaine, comme les ATSEM. Elles en connaissent les contours, les nécessités, le rythme, les indispensables tout au long de la journée. Ce sont d’ailleurs avec elles que les élèves passent le plus de temps, de l’accueil en classe au départ de fin de journée, en passant par la cantine et la sieste, parfois même pendant le temps périscolaire. Elles suivent donc chaque élève pas à pas, et connaissent leur fonctionnement à l’intérieur mais aussi en dehors de la classe.

Des conditions de travail difficiles

Ce rôle, ô combien primordial pour chacune des écoles maternelles, est cependant sujet à des conditions de travail souvent difficiles, sur des amplitudes horaires larges, avec une pause minime. Les ATSEM restent le plus souvent debout, répétant des gestes éprouvants sur la durée (port de charges, d’enfants, nettoyage des locaux), sont parfois exposées à des produits d’hygiène chimiques, dans une carrière qui commence parfois très jeune. Selon un rapport de la Fédération Nationale des Centres de Gestion de la Fonction Publique, l’exercice de cette fonction a de véritables conséquences sur leur santé, et les affections articulaires ainsi que les soucis de santé dermatologiques, notamment suite à des allergies, sont particulièrement répandus au sein de ce métier.

Une posture difficile

D’autre part, leur posture n’est pas la plus aisée à tenir. Il faut à la fois écouter les besoins des enseignants dans le cadre de la conception des activités pédagogiques, être sous l’autorité fonctionnelle de la direction de l’école durant le temps scolaire, tout en ayant pour supérieur hiérarchique la collectivité territoriale qui les emploie[2]. Une double, voire triple, parole, qui peut parfois créer des contradictions en cas de dissensions ou de confusions entre plusieurs de ces parties, et par conséquent générer du mal-être au travail. Enfin, des risques psychiques existent, par la sollicitation continue que suscitent les élèves et le bruit que cela peut engendrer, mais également à cause du manque de reconnaissance de ce métier.

Des missions bénévoles

Cette reconnaissance passe par un travail sur le volet financier certes, mais également moral et sociétal afin de renforcer leur place au sein de la communauté éducative. D’abord par la rémunération qui, malgré l’élargissement progressif de leurs missions ces dernières années, n’a pas été revalorisée de manière significative. Par ailleurs, au vu de leur place au sein de la classe, il serait pertinent que certaines des formations des ATSEM soient réalisées avec les enseignants. Chaque classe aurait à y gagner en termes de pédagogie et de compréhension mutuelle du fonctionnement de chacun, tout en reconnaissant le rôle pédagogique des ATSEM. Une démarche et un travail d’harmonisation qui permettrait une véritable montée en compétence et rendrait d’autant plus légitime leur place auprès des enseignants au sein des différentes instances de suivi des élèves. Aujourd’hui réalisées pour certaines d’entre elles, mais souvent de manière bénévole, ces missions seraient rendues possibles par la création d’un capital-temps dédié semblable à celui des enseignants, permettant de participer à ces réunions, comme le préconise le rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale et de l’Inspection Générale de l’Administration à propos des ATSEM[3].

Tout enseignant exerçant en école maternelle pourra vous dire combien l’ATSEM présente au sein de la classe est essentielle à son quotidien, mais aussi à quel point ce métier souffre d’un manque de reconnaissance criant. Trop peu rémunérées, avec des conditions de travail difficiles que cela soit en termes sanitaire ou psychologique, les ATSEM doivent être revalorisées. Finalement, elles aussi, ont choisi un métier qui visait un idéal, celui d’une éducation pour toutes et tous tournée vers le bien-être de chaque élève. Alors faisons-les participer pleinement à la construction de celui-ci.

Boris Chiron

[1] Les Agent(e)s Territoriaux Spécialisé(e)s des Écoles Maternelles Rapport FNCDG, 23 février 2017

[2] Les missions des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM)

Rapport IGEN-IGA n° 2017-068, juillet 2017

 

Maternelle : « Lire une histoire à ses élèves est une activité professionnelle »

Marie-Pierre regarde une vidéo de Maude qui lit un album à ses élèves en montrant les images au fur et à mesure de la lecture. Elle s’étonne de ce choix et déclenche une controverse professionnelle sur la manière de lire un album à des élèves. Dans cet article, Frédéric Grimaud relate des entretiens de professeur.es des écoles, qui parlent de leur métier, de l’organisation de leur travail, et de tous les choix auxquels le quotidien de la classe les confronte.

Marie-Pierre enseigne en grande section de maternelle : Mais là c’est une histoire plaisir ou un album sur lequel tu travailles ? Parce que je vois que tu lis une page et puis tu retournes l’album pour montrer les images. Donc les enfants ils ont l’image quasi immédiatement après avoir écouté le texte. Moi si c’est une histoire plaisir, soit je lis le livre et je montre les images en même temps, parce que à ce moment là l’illustration soutient le texte et y’a des infos que tu as dans l’image et pas dans le texte aussi. Soit je lis mais je ne montre aucune image. Je fais avec les albums comme on fait avec les livres de contes. Ça frustre un peu les enfants et y’en a même qui essayent de se pencher pour regarder les dessins sur mon livre.

Mais à ce moment ce que je recherche c’est que les enfants imaginent les personnages, les lieux tout ça, dans leurs têtes. Je fais ça avec des bouquins que je prends de chez moi parce que ceux de la classe c’est biaisé. Souvent ils l’ont déjà lu. Ou alors une année je m’étais aperçu que pendant la garderie la dame leur lisait les livres de ma classe donc après les enfants ils connaissaient en fait. En tous cas je lis rarement, je crois, le texte puis l’image comme tu fais. Et puis si c’est un album qu’on exploite en classe alors ce n’est pas pareil, tout est imaginable. Même montrer d’abord les images sans le texte et les faire imaginer ce qui se passe dans l’histoire que tu lis après. D’ailleurs tu dis dans la vidéo que tu lis l’histoire, mais en fait tu la racontes non ?

« Moi lire à l’envers là je ne sais pas faire. Donc oui je lis la page et je montre le dessin après »

Maude : Alors oui, là c’est une histoire plaisir comme tu dis. Et je lis mais j’interprète aussi car j’aime ça. C’est un moment plaisir pour moi aussi et j’aime raconter une histoire en mettant le ton et même parfois c’est vrai je rajoute ou j’enlève des choses selon comme ça me vient, pour que ce soit plus compréhensible pour les enfants. Tu le vois quand il y a besoin de soutenir l’histoire par une forme personnelle de narration. Avec mon mari on a une association de théâtre et j’ai toujours aimé interpréter. Et ce n’est pas grave si ce n’est pas pile poil le texte. Après les illustrations c’est vrai je n’y ai pas pensé. Moi je montre toujours les images au fur et à mesure car je vois bien que c’est ce que les enfants attendent. Et puis moi lire à l’envers là je ne sais pas faire. Donc oui je lis la page et je montre le dessin après.

Et c’est vrai qu’il faut se méfier car parfois les illustrations ne sont pas raccord avec le texte ou bien il y a des infos qui se rajoutent. Même parfois il y a 2 illustrations sur la page donc tu donnes des infos en avance aux enfants et ça court-circuite la cohérence et la fluidité du texte. Mais là ce sont des bouquins que je connais bien. Même très bien. J’ai un stock de livres que j’ai lu et relu… la plupart viennent de chez moi et étaient à mes filles donc tu penses que je les ai lus et relus. Et je n’ai jamais eu l’impression que c’était gênant pour les enfants d’avoir à écouter une lecture puis regarder une image, et ainsi de suite.

Le mot du chercheur : l’échange est assez long entre Maude et Marie-Pierre et il témoigne de la grande professionnalité logée dans le fait de lire une histoire, à l’école. Lire une histoire à ses élèves est une activité professionnelle, avec des buts et des motifs liés à l’institution scolaire et ce n’est pas la même chose que de lire une histoire à ses enfants. Bien que n’ayant pas la même manière de faire, les deux enseignantes font vivre, au travers d’une controverse, les gestes de leur métier.

Frédéric Grimaud

Extrait de cafepedagogique.net du 26.03.25

 

Les deux chroniqueurs du Café

Boris Chiron (hors EP) : Rechercher plein texte

Frédéric Grimaud (en EP) : Rechercher plein texte

Répondre à cet article