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Quand les enfants dessinent la nature, ils représentent aussi leur classe sociale
Quelles visions de la nature transmettons-nous aux enfants ? Voici l’une des questions auxquelles le sociologue Julien Vitores a tâché de répondre. Il s’est pour cela rendu notamment dans trois établissements accueillant des élèves de trois à six ans. Une école catholique de l’Ouest parisien fortuné, une école publique du nord de Paris accueillant un public social très mixte et l’école d’une zone périurbaine du sud de la France. Dans ces bonnes feuilles du livre issu de sa thèse, il raconte les réactions diverses provoquées par la demande très simple faite à des enfants de 5 ans rencontrés : « Dessinez la nature. »
Extrait de la Nature à hauteur d’enfants. Socialisations écologiques et genèse des inégalités, « L’envers des faits », éditions La Découverte, 2025, 256 pages.
Extrait de theconversation.com du 21.08.25->https://theconversation.com/quand-les-enfants-dessinent-la-nature-ils-representent-aussi-leur-classe-sociale-263206 ?]
La nature à hauteur d’enfants
Socialisations écologiques et genèse des inégalités
Julien Vitores
Editions la Découverte, août 2025
Curieux et sensibles, les enfants seraient spontanément attirés par la nature, source infinie d’éveil et de découvertes. C’est oublier un peu vite les déterminants sociaux qui favorisent cette rencontre. Quelle " nature " les enfants s’approprient-ils avec leurs parents ou leurs enseignant.es ? En quoi est-elle pour eux une ressource précieuse dans les premiers apprentissages ? Comment s’en saisissent-ils concrètement ?
À partir d’une longue enquête de terrain auprès d’élèves âgés de trois à six ans et de leurs parents en région parisienne et dans une commune rurale du sud de la France, Julien Vitores montre comment les enfants se familiarisent à des usages de la nature très différenciés, selon leurs positions de classe et de genre. On comprend mieux ainsi en quoi acquérir le goût de l’effort en montagne ou le sens de l’observation en scrutant des insectes, apprendre à nommer les animaux ou les considérer comme des personnages, s’enthousiasmer pour la coupe des arbres ou vouloir les câliner peut contribuer à (re)produire des rapports au monde socialement situés.
À rebours des discours sur une nature à la portée de tous, l’auteur révèle les logiques de distinction à l’œuvre durant ces premières socialisations écologiques, dont témoignent les observations ethnographiques, mais aussi des jeux et des dessins. Sans nier l’intérêt de ces apprentissages et de la sensibilisation à l’environnement, il invite à tenir compte des inégalités sociales dès la petite enfance, afin d’envisager la nature comme un véritable bien commun au cœur d’un projet émancipateur.
Version papier : 22.00 €