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Allocations de rentrée : des pauvres dans le (télé)viseur (Le Café)

26 août 2025

Idées / Débats
Allocations de rentrée : des pauvres dans le (télé)viseur

L’idée fausse de la rentrée : allocation de rentrée scolaire et écrans (plats), mais y a-t-il en 2025 d’autres écrans que plats ? preuve, s’il en fallait, que cette idée est une bonne vieille idée fausse, pourtant ressassée. Cette idée fausse véhicule au passage un soupçon sur les pauvres, accusés de détourner l’argent destiné à l’éducation de leur enfant au profit de consoles et téléviseurs. A cette polémique de rentrée, il est utile de rappeler les chiffres publiés en juillet 2025 qui confirment que la pauvreté augmente depuis le milieu des années 2000. Selon l’observatoire des inégalités, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté en 2023.

Téléviseur ou les pauvres dans le viseur

Cette idée fausse de rentrée avait même été colportée par Jean-Michel Blanquer alors ministre de l’Éducation nationale. Il déclarait en 2021 que l’aide versée aux familles pouvait être utilisée pour des achats d’écrans plats : « On sait bien qu’il y a parfois des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre qu’à d’autres moments ».

« On sait bien » vs ce que l’on sait ; rumeur vs faits

L’allocation de rentrée scolaire variable selon l’âge des enfants permet « d’acheter matériel, fournitures et équipements pour l’école » à la rentrée. L’ARS a été versée le 19 août et bénéficie à plus de 5 millions d’enfants âgés de 6 à 18 ans sous conditions de revenus. Revalorisée cette année de 1,7%, son montant s’élève de 423,48 euros à 462,33 pour un lycéen.

Selon les enquêtes de la Caisse Nationale des allocations familiales (CNAF), rien ne permet de « savoir » que l’allocation soit utilisée à d’autres fins. Les mois d’aout et septembre sont les plus mauvais mois pour les ventes de téléviseurs. Côté écran, les achats de télévisions comme de consoles connaissent le pic de vente autour des fêtes de fin d’année et des soldes. Les achats réalisés à la rentrée concernent les fournitures et vêtements.

Dans les différentes enquêtes, quasi tous les sondés affirment acheter des fournitures, suivaient des achats de vêtement et d’équipement informatique. La rentrée, c’est aussi les dépenses de restauration scolaire, d’assurance, transports, centre de loisirs, activités.

Ce qu’on sait et ce que cela dit : un discours anti-pauvres

Derrière ces polémiques et idées fausses : un fait, la pauvreté augmente et les écarts se creusent. « Quel que soit le seuil utilisé, la pauvreté augmente en France depuis le milieu des années 2000 » analyse l’Observatoire des inégalités. Selon lui, « la France compte 5,4 millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian [1] et 9,8 millions si l’on utilise le seuil de 60 %, selon les données 2023 (dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 8,4 % et, dans le second, de 15,4 %. »

La pauvreté à l’école, une vraie question

De nombreux enfants grandissent aujourd’hui dans la pauvreté, ce qui a un impact direct sur leur parcours scolaire. Loin d’être toujours un lieu d’égalité et de réussite, l’École aussi peut devenir, pour les plus défavorisés, un espace d’exclusion ou de douleur. L’ancien Inspecteur général Jean-Paul Delahaye consacre ses travaux et écrits à cette question. Il rappelle que la réussite scolaire dépend encore largement du milieu social, et que l’École ne parvient pas à corriger ces inégalités. Dans son rapport « Grande pauvreté et réussite scolaire » de 2015, toujours d’actualité 10 ans plus tard, il dresse un constat alarmant : l’École française ne parvient pas à compenser les effets de la grande pauvreté sur les élèves. Loin d’être un lieu d’égalité, elle peut parfois accentuer les inégalités et exclure les plus fragiles. « L’école n’est pas faite pour les pauvres » résume-t-il dans son essai paru en 2022 comme dans le roman publié à cette rentrée Frapper les pauvres.

Djéhanne Gani

Extrait de cafepedagogique.net du 25.08.25

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