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Une nouvelle organisation du temps scolaire était en marche ! Il y a 30 ans… (Claude Lelièvre au Café)

26 novembre

Une nouvelle organisation du temps scolaire était en marche ! Il y a 30 ans…

« Le temps scolaire, une vieille histoire et un serpent de mer », rappelle l’historien Claude Lelièvre. Des matinées pour les apprentissages théoriques sont déjà expérimentées … en 1995 où « l’approche à la hussarde de Guy Dut, tranchant entre les matières « fondamentales » et celles de la « sensibilité » essuie le refus cinglant de maîtres qui y voient un regrettable recentrage sur le seul « lire, écrire, compter », faisant finalement peu de cas des disciplines artistiques ou de l’EPS, importantes en tant que telles, mais aussi constitutives de l’apprentissage pris comme un tout et non un conglomérat de savoirs factuels vite oubliés ».

Le président de la République nouvellement élu Jacques Chirac était foncièrement favorable à une nouvelle organisation des temps scolaires. Pour des raisons d’équilibre politique de la majorité présidentielle, François Bayrou a été reconduit à la tête du ministère de l’Education nationale. Mais on sait qu’il se montre prudent et réservé sur la question des « rythmes scolaires ». C’est donc à Guy Drut, un fidèle de Jacques Chirac, qu’était dévolu le rôle de créer une dynamique à partir de son ministère de la Jeunesse et des Sports.

Le ministre de la Jeunesse et des Sports Guy Drut annonce le 5 octobre 1995 que des expérimentations vont se dérouler dans des établissements appartenant à dix-huit communes différentes. Toutes les matinées seront consacrées aux « apprentissages fondamentaux », et au moins trois après-midis de la semaine à des activités sportives ou culturelles. Comme il n’est pas matériellement possible sur quatre jours de libérer trois après-midis sans réduire le nombre d’heures d’enseignements fondamentaux, la semaine de 4 jours – si populaire – est condamnée dans cette organisation.

Le ministre accepte des réductions peu significatives de la durée de la journée, mais il est intraitable sur la semaine de cinq jours. Et il arrive que l’approche à la hussarde de Guy Dut, tranchant entre les matières « fondamentales » et celles de la « sensibilité » essuie le refus cinglant de maîtres qui y voient un regrettable recentrage sur le seul « lire, écrire, compter », faisant finalement peu de cas des disciplines artistiques ou de l’EPS, importantes en tant que telles, mais aussi constitutives de l’apprentissage pris comme un tout et non un conglomérat de savoirs factuels vite oubliés.

Guy Drut reçoit le soutien ostensible du Président de la République Jacques Chirac qui se rend le 7 mars 1996 sur le site pilote de Pouilley-les-Vignes, attirant par là même l’attention des média. « Au commencement était l’enfant. L’enfant heureux de Pouilley-les-Vignes qui, le matin, fait du calcul, de la grammaire, de l’orthographe et de l’histoire-géographie ; et, l’après-midi, chante, découpe le bois, monte sur scène, saute en hauteur ou apprend à battre les œufs. L’enfant heureux de Pouilley-les-Vignes est à lui tout seul un ‘’ projet éducatif ‘’ qui a retenu, toute la matinée, l’attention présidentielle » ( Le Monde du 9 mars 1996).

Au congrès des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP) du 17 mai 1996, le ministre de la Jeunesse et des Sports Guy Drut et le ministre de l’Education nationale François Bayrou affichent leur accord récent sur les modalités et le calendrier de mise en place des nouveaux rythmes scolaires. Deux départements seront choisis pour expérimenter « à grande échelle » de nouveaux rythmes scolaires. « Cette démarche nouvelle doit être bâtie sur le terrain et non imposée du ministère. Il faudra procéder à des évaluations et donner du temps pour que cette réforme soit bâtie sur une construction solide et durable », convient Guy Drut. « Cette évolution va prendre des années » et « l’horizon de dix ans paraît crédible » précise François Bayrou.

Lors du colloque du 6 mai 1997 qui dresse le bilan des expérimentations en cours, Guy Drut affirme que « la question n’est plus de savoir s’il faut généraliser ces nouveaux rythmes scolaires, mais comment il faut faire pour les généraliser ». Il considère que cela doit avoir lieu dans les cinq ans à venir car « si l’expérience dure trop longtemps, on court le risque d’une école à deux vitesses ». Le ministre de la Jeunesse et des Sports estime que cela coûterait 6 milliards de francs, soit 2,5% du budget du ministère de l’Education nationale

Selon l’évaluation des premières expériences (menées dans les 170 sites pilotes auprès de leurs 100000 élèves) la semaine de cinq jours avec au moins trois après-midi consacrés aux activités artistiques ou sportives a eu des effets bénéfiques sur le comportement des enfants, « plus attentifs en classe et plus épanouis ». Pour autant, il n’a pas été possible de mettre en évidence une amélioration de leurs résultats scolaires.

De nombreuses évaluations du CESARE sur les sites pilotes montraient en effet que les enfants avaient davantage d’appétences pour les activités proposées, qu’ils avaient une relation plus sereine à l’adulte, qu’ils commettaient moins d’incivilités (même si les effets n’étaient « pas patents en ce qui concerne les performances scolaires »)

Guy Drut conclut que « le passage de l’expérimentation à la généralisation demandera au Parlement de légiférer. Un projet de loi devra être déposé avant la fin de l’année 1997. Tout d’abord pour donner un nouveau cadre à l’aménagement du temps scolaire, quotidien, hebdomadaire et annuel ; ensuite pour donner un statut aux intervenants ».

Mais l’échec de la majorité présidentielle aux élections législatives de mai-juin 1997, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale, ôte à Jacques Chirac et à son protégé Guy Drut la possibilité de légiférer en la matière.

Claude Lelièvre

Extrait de cafepedagogique.net du 26.11.25

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