> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025
> L’usage de l’IA et la catégorie des élèves « scolaires opportunistes », (…)
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Quel est l’impact de l’IA sur l’éducation ?
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Cédric Naudet est spécialiste en sciences de l’éducation dans l’équipe Éducation et scolarisation du Centre interdisciplinaire de recherche culture, éducation, formation, travail.
Selon l’enquête et les entretiens que j’ai menés en lycée général et professionnel, plus de 80 % des élèves utilisent déjà l’IA générative. Mais cet usage n’est pas le même pour tous, et fait craindre que la fracture scolaire, qui fait de l’origine des élèves un marqueur différenciant de réussite, s’élargisse encore avec ces nouveaux outils. En effet, j’ai pu identifier trois types d’usagers : il y a ceux qui emploient l’IA avec réticence. Ces « occasionnels légalistes » y voient une forme de triche, craignent d’être pris en faute et ne l’utilisent que pour des tâches précises, souvent simples. D’autres ont une posture distanciée de l’IA : ces « engagés réflexifs » s’en servent pour clarifier leur pensée, poser des questions, structurer leur travail. Ils dialoguent avec l’IA comme un compagnon pédagogique virtuel, dont ils se réapproprient les réponses. Restent les « scolaires opportunistes » qui recopient sans vérifier ni relire. L’IA fait le travail à leur place, souvent dans l’urgence. Or, ce sont le plus souvent ceux qui ont des difficultés scolaires préexistantes, et sont issus de milieux défavorisés. Rien à voir avec les engagés réflexifs, majoritairement issus de catégories socioprofessionnelles favorisées, dont le bagage socioculturel et familial leur permet de comprendre et de répondre aux attendus implicites de l’école, jamais formulés clairement par l’institution, comme les capacités argumentatives ou d’abstraction. Il faut donc absolument accompagner les élèves en difficulté dans l’usage de l’IA, les aider à interpréter les réponses, comprendre comment cela fonctionne, saisir comment un usage raisonné peut les aider pour ne pas accroître les inégalités préexistantes.