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SVT : une mallette pédagogique autour du sang
Voilà une belle occasion de faire un focus sur le sang en classe. Catherine Strassel, directrice de Recherche à l’EFS (établissement français du sang) a mis au point une mallette pédagogique idéale pour comprendre la coagulation sanguine, le rôle des plaquettes ou encore le système ABO. Avec une illustratrice et un enseignant de SVT, l’outil pédagogique s’avère très au point pour les écoles et les collèges. « Renforcer la physiologie humaine permettrait de former des citoyens plus à même de comprendre les questions de santé », souligne la chercheuse. « Cela permettrait également de lutter contre des discours parsemés de contre-vérité en donnant aux élèves des repères fiables renforçant leur esprit critique ».
Quelle est cette mallette pédagogique proposée autour du sang ?
Cette mallette a été codéveloppée par Clarisse Baron, illustratrice, Thibaud Lagache, professeur de SVT (en REP+), et moi-même Catherine Strassel, chercheure. Elle contient 4 ateliers, qui peuvent être utilisés indépendamment, et qui ont pour but de mieux faire connaître la fonction et la formation des cellules sanguines, avec un léger focus sur les plaquettes sanguines (mes « cellules » d’intérêt).
Elle est accompagnée d’un livret pédagogique à destination de l’enseignant pour lui permettre d’appréhender la prise en main des différents ateliers et de préparer sa séance, ainsi que d’un livret qui se présente sous forme de petits jeux, questions ouvertes ou à choix multiples, illustrations à faire et légender en fonction des ateliers à destination des collégiens.
Les 4 ateliers peuvent faire l’objet d’une séance complète (1H30 à 2H00) ou être utilisés de manière indépendante (20/25 min). Les 4 ateliers se découpent comme suit :
Dans la peau d’une chercheuse
3 chercheuses ont été interviewées et font part de leur parcours. 3 parcours très différents pour arriver au métier de chercheur, permettant aux élèves de leur montrer que tous les parcours ne sont pas linéaires.
Pour cela, un lecteur audio et une trentaine de cartes dessinées parsemées d’indices ou non sont disponibles dans la mallette. En écoutant les interviews de chacune, les élèves doivent, en coopérant, reconstituer les différents parcours.
Comprendre les fonctions des différentes cellules sanguines
Dans cet atelier, les élèves manipulent les différentes cellules du sang. Celles-ci ont été reconstituées en 3D, respectant leur taille et forme respective. On y manipule et observe les différents globules blancs, les globules rouges et les plaquettes. Des cartes sont à disposition pour comprendre leurs fonctions. Un focus sur les globules rouges est fait pour comprendre le système ABO et la compatibilité des groupes sanguins. D’autre part, et toujours à l’aide d’objets réalisés en 3D, la « recette » du sang est demandée à l’élève lui permettant d’appréhender, la taille (échelle) et la proportion des éléments du sang les uns par rapport aux autres. Une maquette permet également de revoir les grands principes de la circulation sanguine
Voyage au cœur de la moelle osseuse
Grâce à un squelette élaboré en 3D, les élèves doivent comprendre quels sont les os responsables de la production des éléments du sang. Après avoir compris qu’il s’agit de la moelle osseuse, à l’aide d’une loupe, ils doivent trouver l’hormone responsable de la production des plaquettes, la thrombopoïétine. La découverte de ce mot permet d’ouvrir une boîte en forme d’os, dans laquelle ils trouveront 3 puzzles.
Comment les plaquettes permettent l’arrêt des saignements
Dans ce dernier atelier, un vaisseau sanguin composé de ses 3 couches est illustré. Sur une partie de ce vaisseau, une brèche vasculaire est figurée et on y voit un épanchement sanguin qu’il faut colmater. Ainsi, à l’aide de plaquettes en 3D, il faut reconstituer le clou plaquettaire et le consolider à l’aide d’un filet pour comprendre que sans la stabilisation de ce clou par le filet que l’on appelle la fibrine, celui-ci ne pourra résister au flux sanguin
Comment a été conçue cette mallette ? Dans quel but ?
Chercheure au sein de l’UMR.S1255, hébergée par 3 tutelles, l’Etablissement Français du Sang (EFS), l’Inserm et l’Unistra (Université de Strasbourg), mes activités de recherche se centrent autour des mécanismes régulant la production de plaquettes. Personnel de l’EFS, je suis également sensible aux enjeux du don du sang.
C’est dans ce cadre, que depuis quelques années, je réalise des interventions pédagogiques dans les écoles ayant pour but de sensibiliser les plus jeunes au don du sang et d’éveiller leur curiosité pour la biologie. J’avais déjà conçu des outils simples pour les élèves de primaires et développé un casque de réalité virtuelle pour les lycéens, pour leur permettre de découvrir la formation et la fonction des plaquettes, tout en abordant toujours les questions relatives au don du sang, mais je n’avais pas encore d’outils pour les collégiens.
La biologie étant une combinaison d’observation et de manipulation, j’ai voulu, avec cette mallette, revenir à ces fondamentaux. J’avais déjà rencontré Clarisse Baron, par ailleurs, et ensemble nous avons imaginé les différents thèmes et outils de cette mallette. Après en avoir tracé les grandes lignes, j’ai répondu à un appel à projet à la région Grand Est pour permettre le cofinancement du développement de la mallette, entre la région Grand Est, l’Inserm et l’Etablissement Français du Sang.
Le but de cette mallette est tout simplement de faire connaître les cellules du sang aux élèves, leur formation, leurs rôles, leur proportion de manière ludique et pédagogique et in fine de les sensibiliser à un geste citoyen, le don du sang. Pour être certains d’être en adéquation avec les programmes de l’éducation nationale, nous nous sommes rapprochés de Thibaud Lagache, professeur de SVT en collège à Strasbourg. Avoir les connaissances et le regard de Thibaud était indispensable pour être certain de répondre aux attentes des collégiens. Nous avons vraiment pensé et développé cette mallette à 3, alliant nos connaissances et nos métiers. Grâce à Thibaud qui enseigne dans un collège de centre-ville et de REP+, nous avons pu tester la mallette sur différents publics et l’adapter pour tenter de répondre au mieux aux attentes.
Quel regard avez-vous sur l’enseignement de la physiologie humaine dans le second degré ? Comment faire pour susciter davantage de vocations chez les lycéen.nes autour de ces sujets ?
Je pense que la physiologie humaine est sous enseignée. Je déplore qu’en fonction des spécialités, on puisse ne plus avoir de SVT en 1ere et terminale au-delà du cadre de « l’enseignement scientifique ». Je pense qu’augmenter les heures dédiées à la physiologie humaine permettrait d’une part une meilleure appropriation des défis liés à la santé humaine et susciterait d’autre part, plus d’intérêt pour les SVT car les adolescents sont avides de comprendre comment fonctionne leur organisme et leurs émotions, ce qui en plus pourrait favoriser une orientation vers des études liées à la santé et l’environnement. En effet, comprendre la physiologie humaine c’est également comprendre les enjeux environnementaux, comprendre comment ces changements affectent notre organisme et donc comment lutter et/ou comment tenter d’y remédier.
Renforcer la physiologie humaine permettrait de former des citoyens plus à même de comprendre les questions de santé, ce qui se traduirait par une meilleure compréhension des campagnes de prévention et de compréhension des enjeux de santé publique. Cela permettrait également de lutter contre des discours parsemés de contre-vérité en donnant aux élèves des repères fiables renforçant leur esprit critique.
Pour susciter davantage de vocations, ajouter des heures de physiologie humaine serait donc un premier levier d’action. Donner plus de place à l’expérimentation me paraît également indispensable, les SVT étant avant tout une science de l’expérimentation et de l’observation. Renforcer l’intervention de scientifiques me paraît tout aussi fondamental pour que les élèves puissent sous forme de débat poser des questions, découvrir et aborder des thématiques variées, évoquer des parcours de scientifiques et entrevoir tous les métiers et débouchés qui s’offrent à eux. De telles initiatives sont en place, ce qui est une très bonne chose, mais les amplifier me paraît important.
Propos recueillis par Julien Cabioch
Extrait de cafepedagogique.net du 27.01.26