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Qu’est-ce que la mixité sociale à l’école ? (entretien des Cahiers avec Amine Kessaci, maire adjoint à Marseille)

20 mai

Amine Kessaci : « On veut nous faire croire que les jeunes ne sont pas engagés, ce n’est pas vrai »

Les Voix de l’éducation, média vidéo créé par les Cahiers pédagogiques et la Fabrique des communs pédagogiques, ont rencontré Amine Kessaci à Marseille. Engagé auprès des jeunes et très actif sur les questions sociales, environnementales et sur la lutte contre le narcotrafic, il est aujourd’hui quatrième adjoint au maire de Marseille. Extraits d’un échange sur l’engagement, la jeunesse et l’éducation.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours scolaire ?

La particularité de mon parcours scolaire, c’est que j’ai été scolarisé dans ma cité à Frais-Vallon (quartier prioritaire dans au nord-est de Marseille, N.D.L.R.), puis, ma maman a décidé, pour mon petit frère et moi, de nous inscrire à l’extérieur de notre cité. Nous avons donc passé toute notre scolarité en dehors de nos quartiers. Le soir, nous étions avec nos amis, avec nos familles, avec les gens qui nous ressemblent, et la journée avec des gens qu’on ne connaissait pas, des gens qui ne vivaient pas de la même façon que nous, des gens qui n’allaient pas en vacances au même endroit que nous, qui ne faisaient pas leurs courses comme nous… Cela a forgé la vision de la mixité sociale que j’ai aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous a marqué pendant votre scolarité ?

L’humain. Les profs. Je pense que j’ai plus appris en discutant, en échangeant, en regardant mes enseignantes et enseignants faire et avec ce qu’ils ont pu nous transmettre de valeurs qu’avec les programmes scolaires. On sous-estime le rôle des enseignantes et enseignants et je pense que les premiers à éduquer les jeunes, ce sont eux. On passe plus de temps avec eux, la journée, en cours, quand on se construit, qu’avec nos parents. La journée, quand le cerveau des petits se construit, c’est leurs profs qu’ils voient. Leur rôle est à souligner et à applaudir parce qu’ils le font sans moyens.

Les enseignantes et enseignants sont des gens qui ne sont pas assez soutenus, pas assez accompagnés. On leur retire des moyens d’année en année et on leur demande de sauver le monde. On leur demande de porter la République sur leur dos sans jamais les remercier, sans jamais les traiter à leur juste valeur. Moi, ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à mes enseignantes et enseignants.

Quel rôle peut jouer la mixité sociale à l’école ?

Je pense qu’il y a un enjeu principal dans ce pays concernant l’éducation : redessiner les cartes scolaires pour travailler sur la mixité sociale. Mais la mixité sociale, ce n’est pas le fait de prendre deux bobos des centres-villes et de les mettre dans les quartiers nord. Ce n’est pas ça, la mixité sociale. C’est de permettre à des jeunes des quartiers nord d’aller dans les écoles des quartiers sud et de permettre aux jeunes des quartiers sud d’aller dans les écoles des quartiers nord.

Une fois qu’on a dit ça, on peut parler par exemple du lycée Thiers (le lycée réputé le meilleur de Marseille, N.D.L.R.). Pendant un moment, notamment en 2023, le lycée Thiers était classé premier lycée de France. Je disais que je voulais que tous les jeunes des quartiers, que tous les jeunes en dehors de Marseille, puissent venir et accéder au lycée Thiers. Et je me suis trompé. Il faudrait que tous les lycées de France deviennent des lycées Thiers. Il faudrait que tous les établissements aient les mêmes moyens que ce lycée-là, les mêmes capacités d’accueil que le lycée Thiers… C’est l’enjeu de l’école de la République, de reconstruire, de travailler, de structurer, de planifier, de faire sortir des écoles de terre et de réparer celles qui sont dans des états lamentables.

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Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 12.05.26

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