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La baisse des effectifs scolaires touche en particulier les départements ruraux ou désindustrialisés (article de Géoconfluences avec de nombreuses cartes et une réflexion sur la notion d’"accessibilité")

2 juin

La baisse des effectifs scolaires en France, sur presque tout le territoire mais à des degrés divers

Auteur(s) : Cassien Nourissat, étudiant à l’ENS de Lyon - en stage à Géoconfluences

La publication récente du rapport de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) sur les "projections d’effectifs d’élèves dans le premier et le second degré à horizon 2035" invite à une analyse géographique de la population scolaire dans l’enseignement primaire et secondaire. La répartition spatiale de la baisse des effectifs n’est pas homogène, et cette baisse suscite une réflexion sur l’aménagement du territoire, notamment le maillage des établissements scolaires et leur accessibilité.

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3. Une question d’aménagement du territoire ?
Cette baisse des effectifs scolaires pose la question du maintien d’un maillage territorial d’infrastructures scolaire et de leur accessibilité. Or, en matière d’éducation, la planification territoriale est encore insuffisante (Lecherbonnier, 2026). Édouard Geffray, ministre de l’Education Nationale, appelle à « regarder l’offre scolaire comme une question d’aménagement du territoire » (Lecherbonnier et Morin, 2026). Cette affirmation a un historique qui remonte à la fin du XIXe siècle, où les penseurs de l’éducation nouvelle évoquent déjà l’importance du territoire de proximité (Delage et al., 2023). Avec la décentralisation dans les années 1980, c’est l’objectif d’articulation entre le local et l’impératif d’équité territoriale qui se présente comme nouvelle norme (Delage et al., 2023, p. 203). La baisse des effectifs pose la question de l’adéquation des politiques éducatives à venir avec cette norme. Autrement dit, comment dans un contexte de baisse drastique des effectifs scolaires, maintenir un égal et équitable accès aux dispositifs d’enseignements pour tous ?

Aménager suppose la transformation des infrastructures scolaires existantes. Dans ce contexte de baisse des effectifs, cela peut supposer de fermer certains établissements ou de regrouper plusieurs établissements entre eux. Cela pourrait prendre la forme de la généralisation, dans certains de ces espaces, de « cités scolaires », d’ « école des savoirs », de dispositifs regroupant plusieurs niveaux scolaires (de la maternelle au collège, collège et lycée, lycée général et lycée professionnel, etc.). Par conséquent le maillage scolaire serait réduit et concentré dans certains établissements. Cette politique serait donc une forme de redéfinition de la carte scolaire plutôt qu’un assouplissement, comme cela avait pu être le cas en 2007 (ibid., p. 206), néanmoins cela pose aussi des questions d’équité territoriale en matière éducative.

La planification de l’aménagement scolaire s’appuie sur un double objectif : un objectif d’équilibre territorial de l’offre scolaire avec la carte scolaire, et un objectif de sectorisation en fonction du lieu de résidence (ibid., p. 201). Or, la fermeture d’établissements ou le regroupement de plusieurs établissements pourraient augmenter la distance entre ces infrastructures et les familles et remettre en question ces objectifs. L’école se présente comme une infrastructure matérielle qui témoigne de la citoyenneté effective des populations qui en bénéficient, elle témoigne d’une « citoyenneté infrastructurelle » (Lemanski, 2019), et relève un enjeu d’« équité territoriale » (Delage et al., 2023). Par conséquent, la réduction du nombre d’écoles risque de poser un problème d’inégalité d’accès aux infrastructures scolaires, notamment du fait des surcoûts financiers et de qualité de vie liés à la distance-temps, soit une remise en cause de l’accessibilité financière et spatiale de l’enseignement.

De plus, certains des départements les plus touchés par la baisse des effectifs, notamment dans les régions en difficulté sociale, sont aussi des départements très défavorisés en matière de réussite scolaire (Kouadria, 2025). Par conséquent il y a un double enjeu de soutien pour maintenir la présence d’une offre scolaire et améliorer ou ne pas dégrader la qualité de cette offre.

Le ministre de l’Éducation nationale souligne le besoin d’un « contrat social d’accessibilité »(Lecherbonnier et Morin, 2026) qui appelle à définir l’acceptabilité d’une certaine distance au domicile selon les territoires. On peut souligner la difficulté de cette question pour certains espaces déjà marqués par des contraintes liées aux distances et à l’accessibilité (comme les petites vallées de montagne ou les départements hyper-ruraux), dont il faudrait maintenir l’offre éducative pour assurer cet accès égalitaire à l’enseignement. Le géographe David Giband, dans un entretien pour Le Monde, évoque ainsi la tension entre le fait de conserver une éducation nationale pour tous (avec les mêmes programmes et objectifs) et une application différenciée selon les territoires (Lecherbonnier, 2026).

Enfin, cette accessibilité limitée aux infrastructures scolaires pourrait entraîner un report des effectifs vers des établissements privés sous contrat plus à même de maintenir leur présence dans certains territoires, donc accélérer une potentielle privatisation de l’offre scolaire. Ce problème se pose déjà dans certaines régions (notamment la Bretagne) qui développent des stratégies comme le maintien des établissements de très petite taille pour éviter l’attraction de la population scolaire vers le privé.

Conclusion
La baisse des effectifs scolaires, qui s’inscrit dans la continuité d’un déclin démographique général, vient catalyser les problèmes d’un secteur éducatif déjà en crise. Des difficultés supplémentaires d’accessibilité, voire une rupture d’égalité, pourraient en découler, ainsi qu’une concurrence avec l’enseignement privé sous contrat. Ce phénomène permet d’analyser la transcription spatiale de la décroissance démographique dans le maillage scolaire français. La réaction politique à cette baisse programmée reste à définir.

Extrait de geoconfluences.ens-lyon.fr du 19.05.26

 

Note du QZ : La notion d’"accessibilité aux structures scolaires" n’est pas sans rappeler celle de "zones éloignées", très présente dans la loi sur l’attribution de l’éducation prioritaire que le Sénat vient de voter.

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