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Lolita M’Gouni, ordre des arts et des êtres
Agrégée d’arts plastiques, cette prof a choisi d’exercer à Clichy-sous-Bois, dans le quartier du Chêne Pointu, où elle soulève des montagnes pour ses élèves.
Devant le mur des noms du mémorial de la Shoah, à Paris, Lolita M’Gouni s’y prend comme avec ses élèves. « Ta mission, c’est de choisir un prénom et un nom, Elsa. » S’extraire du vertige provoqué par ces dizaines de milliers d’âmes déportées par le régime nazi pour s’accrocher à l’une d’elles. Imaginer un visage, une existence. Lui redonner une histoire, même fantasmée. La ramener chez soi « et voir jusqu’où la mémoire peut aller ». Des dizaines de déportés vivent ainsi dans l’esprit d’ados du collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, où la néo-quinqua enseigne, depuis plus de dix ans, les arts plastiques. Les arts plastiques, pas l’histoire. Car Lolita M’Gouni n’est pas du genre à s’astreindre sagement à une case.
Pour organiser cette rencontre, il a fallu se créer un trou de souris dans un quotidien bien tassé. Attendre son retour d’Auschwitz avec ses troisième, se glisser avant un rendez-vous avec des rescapés tutsis, qu’elle fera intervenir en classe l’an prochain. Le lieu s’est imposé comme une évidence. « Il n’y a plus d’élèves juifs dans les collèges REP + [réseau d’éducation prioritaire renforcée, ndlr] de Clichy-sous-Bois, soupçonne-t-elle de sa voix grave et énergique.