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Un rapport pour le conseil scientifique de la DGESCO sur "le climat scolaire : définition, effets et conditions d’amélioration" est publié par le Café pédagogique

27 août 2012 Version imprimable de cet article Version imprimable

Alors que la « concertation nationale » pour la refondation de l’Ecole, étudie l’avenir du système éducatif français, un rapport interne de la Dgesco, que le Café pédagogique s’est procuré, montre le lien entre climat scolaire et formation citoyenne pour une école et une société démocratiques. Ce rapport est le résultat d’une demande faite par la Dgesco pour son conseil scientifique en 2012. Il a été réalisé sous la responsabilité d’Eric Debarbieux par une équipe internationale de chercheurs. Il fait le point des recherches internationales sur le climat scolaire. Surtout il montre, en termes décapants, qu’il n’y a pas de réponse miracle pour améliorer le climat scolaire. La réponse est collective et renvoie à la démocratisation de la vie scolaire.

Extrait de cafepedagogique.net du 27.08.12 : Climat scolaire : Un rapport de la Dgesco appelle à une formation citoyenne

 

Lire le rapport intégral (25 p.) Le « climat scolaire » : définition, effets et conditions d’amélioration

 

Extraits

p. 9 - Plusieurs travaux français ont montré les effets de ce type de regroupement et de la ségrégation supplémentaire qu’il induit. Ce qui apparaît le plus problématique est que cette constitution de classes de niveau contribue à construire à l’intérieur des écoles de véritables ghettos ethniques, sous des prétextes académiques. Dès 1995, Payet a montré comment la pratique locale de regroupement dans des classes particulières redouble les effets concurrentiels du marché scolaire en évitant la mixité sociale et ethnique peu souhaitée par les parents d’élèves (Payet, 1995). Cette pratique est dépendante d’un marché scolaire qui n’est pas fabriqué par l’établissement lui-même et qui est à prendre au niveau large des bassins de formation (Felouzis, 2005) et des ségrégations urbaines, elles-mêmes dépendantes de l’économie globale. Felouzis va même jusqu’à parler d’un véritable apartheid scolaire (Felouzis et alii, 2006). Les travaux de Debarbieux ont montré comment cette ségrégation et ces regroupements avaient pour conséquence la fabrication de noyaux durs fortement identitaires qui dérivent vers des groupes délinquants (Debarbieux, 2002 ; Debarbieux et Blaya, 2008), ce qui a été confirmé dans une enquête menée à Evry par Moignard (2008). Ceci montre l’importance du respect de la diversité dans la construction du climat scolaire, ce qui est aussi un consensus fort de la recherche.

S’il est une autre constante dans les recherches sur la violence à l’école, c’est celle de l’importance de la stabilité des équipes et de leur style d’animation. Dès 1985, l’enquête des Gottfredson avait montré que la stabilité des équipes éducatives était un des meilleurs facteurs de protection possible. Or comme cette stabilité est moins forte en milieu difficile, il y a là une des explications de la plus forte violence dans les établissements des zones défavorisées. Des travaux plus récents de ces mêmes chercheurs ont permis de montrer que cet effet est massif en ce qui concerne la victimation des élèves, la victimation des professeurs étant comparativement plus influencée par des facteurs
externes à l’établissement (Gottfredson, 2001, p. 70 ; voir la dernière enquête de victimation et climat scolaire auprès des enseignants d’un département « sensible » Debarbieux, 2011)).

p.17 - Finalement le groupe tient à insister sur plusieurs points, qu’il considère comme des conditions nécessaires mais aussi des étapes pour une action efficace.

Le premier point est la nécessité d’une action de long terme. Il n’est pas possible de décréter l’amélioration du climat scolaire, par circulaire ou par effet d’annonce. Des programmes ou des « bonnes pratiques » sont certes utiles, mais ne changeront pas en profondeur le système scolaire. Le long terme nécessite un consensus national et local. Cela nécessite surtout, et la locution a été fortement employée dans le groupe une « feuille de route », adaptée aux contextes nationaux et locaux, idéologiques entre autres. L’importance d’une vision partagée est sans doute le premier point qui nécessite une interrogation collective sur « ce que nous souhaitons comme école », avec une importance réelle accordée à la consultation des familles. Il apparaît également important que le lien entre réussite scolaire et qualité du climat scolaire soit mis en avant.

Le deuxième point est la nécessité de stabiliser les équipes éducatives, ce qui est en France problématique en particulier dans le second degré et surtout dans les Zones urbaines sensibles. Pour autant la stabilité, nécessaire, n’est pas une panacée et la régulation d’équipe stabilisée est importante. A cet égard la qualité de la formation des chefs d’établissements du second degré mais aussi des directeurs d’école (ce qui pose la question de leur statut) est nodale : dynamique de groupe, démocratie et leadership, ..).

Le troisième point est d’introduire l’étude du climat scolaire dans le curriculum tant des adultes que des élèves. Le groupe, sans mésestimer l’importance de la formation continue, insiste sur l’importance de la formation initiale des enseignants : travaux de groupe, pédagogies actives, variété didactique et styles d’enseignement. Au niveau des élèves il s’agit bien non de proposer des leçons de civisme ou de citoyenneté mais de faire vivre des compétences sociales. Il s’agit bien d’opposer à l’infantilisation (dans les apprentissages, dans la vie scolaire) la responsabilisation.

Le quatrième point est l’accompagnement des équipes éducatives. La « feuille de route » doit être individualisée. Il ne s’agit pas de se défausser sur les « équipes locales ». Le rôle de l’état comme employeur, prescripteur et formateur n’est pas en cause ; celui des collectivités locales non plus (par exemple au niveau du bâti). Il n’en reste pas moins que le « climat scolaire » est une complexité localisée. A cet égard un système d’évaluation formative, aidante, est fondamental. Les enquêtes dites de « climat scolaire » sont un outil intéressant à cet égard. Ne pas se contenter de « l’enquête nationale de climat scolaire » - devenue indispensable – mais la décliner localement est fortement recommandé.

Le cinquième point est l’importance d’inclure dans les actions d’amélioration du climat scolaire la « communauté ». Ce n’est évidemment pas un appel au communautarisme mais la certitude que le climat scolaire doit être approché de manière « écologique », impliquant les habitants et « la voix de la communauté » en « reconnaissant la voix de chacun » comme importante, condition d’un réel engagement. Une stratégie d’engagement des élèves, des parents, des professionnels et des habitants peut faire la différence.

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