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"L’éducation prioritaire ne devrait-elle pas être généralisée" Un dossier de l’Humanité avec 3 tribunes libres dont celle de Marc Douaire (OZP)

4 décembre 2014 Version imprimable de cet article Version imprimable

Par Bruno Garnier, professeur de sciences de l’éducation université 
de Corse, Clément Dirson, coresponsable du Syndicat national de l’enseignement secondaire de l’académie de Créteil et Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires OZP.

Extrait de humanite.fr du 04.12.14 (réservé aux abonnés) : L’éducation prioritaire ne devrait-elle pas être généralisée ?

 

Nous publions ci-dessous le texte intégral original de Marc Douaire :

Réussir la refondation de l’Education prioritaire

Ces dernières semaines, l’Education prioritaire est revenue au premier plan médiatique à l’occasion de mouvements liés à la redéfinition de sa carte pour la rentrée 2015. Certaines corrections sont à apporter aux propositions ministérielles notamment concernant « les écoles orphelines » et l’OZP est intervenu à plusieurs reprises en ce sens. On peut, cependant, s’étonner que les assises académiques organisées dans toute la France à l’automne 2013 et le plan ministériel de refondation de l’Education prioritaire présenté par V. Peillon le 16 janvier 2014 n’aient pas bénéficié de la même couverture médiatique alors que des questions fondamentales étaient posées.

Les dernières évaluations internationales confirment qu’il y a urgence. Le système éducatif français est essentiellement tourné vers la sélection d’une élite scolaire qui s’apparente dans les faits à la reproduction d’une élite sociale. Les inégalités ainsi produites se sont encore plus creusées depuis une dizaine d’années avivant les tensions entre l’institution scolaire et les aspirations légitimes à l’égalité des droits à l’éducation des familles des classes populaires en particulier. Dans ce contexte de perte de confiance dans l’Ecole publique, la labellisation « Education prioritaire » de l’établissement scolaire fréquenté par leurs enfants est revendiquée par un certain nombre de ces familles comme l’ultime reconnaissance de leurs droits à une école plus juste.
L’Education prioritaire constituerait donc la réponse à tous les maux générés par l’évolution inégalitaire de la société et le fonctionnement ordinaire de l’institution scolaire.
Suivre ce raisonnement conduirait à toujours étendre la carte de l’Education prioritaire et, par là même, à rendre caduque toute possibilité de priorité par sa généralisation.
Suivre ce raisonnement conduirait à considérer que la scolarisation des enfants des classes populaires relèveraient de l’Education prioritaire, l’école ordinaire étant réservée aux classes moyennes et supérieures. Suivre ce raisonnement conduirait à signer la mort de l’Ecole publique en France.

La refondation générale de l’Ecole est donc à engager dès maintenant . Elle doit concerner notamment les programmes, les contenus disciplinaires, l’évaluation et la notation des élèves, la continuité de la construction des savoirs , la cohérence des actes éducatifs, le métier enseignant, les dispositifs de formation initiale et continue, l’accompagnement, le soutien et la valorisation du travail des équipes pédagogiques.
Cette refondation doit s’appuyer sur une attribution différenciée des moyens en fonction de la composition sociale des établissements scolaires comme le réclame l’OZP depuis 2006. La refondation de l’Education prioritaire est partie prenante de cette refondation générale. Elle doit s’adresser aux réseaux scolaires situés dans les territoires de relégation sociale pour lesquels le fonctionnement ordinaire de l’école est impossible.

La refondation de l’Education prioritaire doit reposer sur plusieurs exigences :
- Affirmer le principe d’éducabilité de chaque jeune
- Favoriser l’émergence d’une vision éducative partagée et d’un travail commun entre tous les acteurs éducatifs d’un territoire avec en premier lieu les parents
- Redéfinir la géographie prioritaire en se recentrant sur les territoires les plus marqués par les inégalités, en cohérence avec d’autres politiques ministérielles
- Garantir un pilotage national de cette politique conçue comme une priorité d’action gouvernementale avec un encadrement mobilisé et des moyens pérennes
- Promouvoir une politique éducative et pédagogique ambitieuse s’appuyant sur les acquis de plus de trente ans d’Education prioritaire et sur les travaux de la recherche développant des projets de réseaux et permettant la transformation des pratiques professionnelles enseignantes
- Attribuer une place centrale au premier degré y compris dans la répartition des moyens d’enseignement et développant notamment la scolarisation dans de bonnes conditions des enfants de moins de 3 ans ainsi que le dispositif « plus de maîtres que de classes »
- Redéfinir le métier enseignant en favorisant l’émergence d’un collectif professionnel tout au long de la scolarité obligatoire, en reconnaissant et développant les fonctions spécifiques apparues dans l’histoire de l’Education prioritaire : coordonnateurs, enseignants référents, préfets des études.

L’OZP attend du plan ministériel de refondation de l’Education prioritaire qu’il réponde à ces exigences. Sa réussite constitue un impératif catégorique et le temps est compté. N’en doutons pas, réussir la refondation de l’Education prioritaire créera une dynamique permettant de mener à bien la refondation d’une Ecole plus juste.

Marc Douaire, président de l’OZP

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