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30/08 - Bilan d’1 an de ZEP à l’Ile Maurice (Le Mauricien)

1er septembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Mauricien » du 30.08.04 : bilan d’1 an de ZEP à l’Ile Maurice

Zone d’Education Prioritaire : un an après, la lutte contre l’échec continue.

Un an après l’entrée de 27 écoles du pays en zone d’éducation prioritaire, ceux exposés aux premiers changements dans cette partie du secteur éducatif font un bilan mitigé. Alors que la vocation sociale du concept et la participation active des partenaires commencent à rapporter leurs fruits, l’absence d’une pédagogie spécialisée pour des enfants de la ZEP fait défaut à leur détriment. D’autre part, des enseignants des écoles de la ZEP souhaitent se débarrasser d’une étiquette trop longtemps collée à ces établissements connus pour être le débarras de leurs collègues "punis" pour gross misconduct, entre autres...

S’il y a un point qui fait l’unanimité lorsqu’il est question de la Zone d’Education Prioritaire (ZEP), c’est bien le concept du projet. À ce niveau, tous : ministère de l’Education, partenaires du secteur privé entre autres, parents et enseignants sont sur la même longueur d’onde. Mais dans la réalité, une fois le seuil théorique franchi, le concept divise. Les uns ne sont plus en accord sur l’aspect technique et la pédagogie en cours, jusqu’ici, dans les écoles de la ZEP, les autres, y compris les enseignants, plus concernés par le côté humanitaire et social du projet, voudraient que certains responsables de l’administration scolaire changent leur regard sur les enfants défavorisés. Car, au bout du compte, l’enfant visé par le projet est loin du cliché de l’élève brillant d’une école five stars ! En effet, il porte sur les épaules les poids de la souffrance et présente les maux tant sociaux que familiaux ; des facteurs qui freinent sa capacité d’assimiler et d’apprendre au même rythme qu’un "bon" élève.

Points positifs

Peu après le lancement officiel du projet, des premiers signes, voire résultats, visibles n’ont pas tardé à s’afficher dans quelques écoles. Bâtiments relookés, fresques murales, embellissement des cours, réaménagement des salles de classes et des librairies... ces établissements, à l’instar des écoles Barkly, Emmanuel Anquetil, Rev. Espitalier-Noël ont fait une transition rapide en ZEP. La participation parentale et des partenaires du secteur privé n’a pas été étrangère à ces améliorations. "Nous avons eu la chance d’être dans la circonscription d’un député qui tient à l’image de sa région. Depuis, notre école a connu un changement radical. La cour est constamment entretenue, nous recevons des plantes vertes...", raconte une enseignante de la ZEP. Dons de livres, de matériel scolaires, ordinateurs, lunettes, aide financière, soins médicaux, entre autres n’ont pas manqué. En somme, comme le souligne un autre enseignant, "le secteur privé a apporté un plus inespéré pour ces écoles. Si nous devions attendre le ministère... Nous aurions attendu longtemps !" Par ailleurs, l’accord récent qui implique pleinement les 30 entreprises du Joint Economic Council, au programme de la ZEP, ne pourra qu’être bénéfique à la communauté scolaire. L’introduction des Liaison officers ôtera assurément une épine du pied des Parent Mediators, lesquels doivent, respectivement, assurer le lien entre 5 écoles et les parents. Toutefois avec le nombre d’écoles attribuées par Parent Mediators, il revient que certains ont eu du mal à répondre aux attentes des institutions et de la communauté. Des écoles ont, ainsi, dû davantage compter sur le dynamisme des parents ou de la Parent Teacher’s Association que sur la compétence des médiateurs. Il revient aussi qu’un de ces derniers, d’origine étrangère, ne maîtrisant pas le terrain local, n’a pu être à la hauteur de ses responsabilités, ce qui n’a pas été apprécié par l’école et les parents d’élève de l’école figurant sur son agenda.

Ainsi, chaque école disposera d’un Liason officer, une trentaine au total, qui fera le pont entre l’école la communauté, les parents et le ministère de l’Education. Par ailleurs, à l’école Jean-Eon RC (Grand-Gaube), du Bureau de l’Education Catholique, l’expérience des parents médiateurs a été mise à contribution dans la formation des nouveaux liason officers. Quant au ZEP Council du ministère de l’Education, il semblerait qu’aucun effort n’a été épargné pour encadrer les parents médiateurs et les parents d’élèves. Ces derniers, un des premiers partenaires du projet est un maillon indispensable dans le processus du programme. À l’IVTB House l’on est trop conscient des répercussions d’un éventuel mécontentement des parents. 200 des parents concernés ont participé à un séminaire résidentiel.

Un concept qui revalorise l’enfant

Un autre aspect positif relevé par les enseignants est la considérable régression du taux d’absentéisme. "Cela est d’abord dû au Food Programme. Grâce à cela, les enfants qui ne pouvaient venir à l’école parce qu’ils n’avaient pas de quoi manger, peuvent venir en classe", observe un enseignant. Les différents types d’aide fournis par le Trust Fund for the Rehabilitation of the Vulnerable Groups, surtout en ce qui concerne le transport, ont aussi permis à la scolarisation des enfants à problème. Du côté de Jean Eon RC, la seule école catholique à faire partie de la ZEP, l’école dont le pourcentage de réussite au CPE ne dépasse pas les 20%, remonte peu à peu la pente. Il ne s’agit pas ici de la pente académique ! Pour cela, un comité d’éducation a pris l’école en main depuis trois ans et des résultats nettement plus positifs sont attendus. Mais, il s’agit plutôt du développement des écoliers. L’école qui est en quête de progression, explique Jocelyne Nombro du BEC, a mis sur pied différents clubs : Breakfast, Book work, Home work, Environmental... pour permettre aux enfants de s’affirmer en tant qu’individu. Cette initiative se fait avec la collaboration des partenaires du JEC. D’ailleurs, demain matin un groupe d’élèves du Breakfast Club se rendra dans un des hôtels du village côtier où après le petit-déjeuner, il rencontrera les cuisiniers de l’établissement pour mieux comprendre leur métier. "Ce projet est en lien avec le literacy and numeracy strategy, puisque de retour à l’école les élèves auront à décrire leur visite, soit par une rédaction, une fresque... Nous avons initié ce projet, aussi, avec le soutien des parents", souligne Jocelyne Nombro. Avec la collaboration d’un autre hôtel/partenaire, les enfants de l’école ont participé hier à un spectacle culturel où, aux côtés de leurs enseignants, ils ont démontré leur talent artistique. "Tout est fait pour revaloriser l’enfant", insiste Jocelyne Nombro.
Une pédagogie propre à la ZEP réclamée
Toutefois, lorsqu’il est question de fissures en ZEP, la pédagogie et une certaine mentalité prônée tant par des enseignants que par leur hiérarchie à l’égard des écoles en difficulté sont de facto pointées du doigt. Aux dires des enseignants, il est urgent de colmater ces failles qui risquent de s’élargir davantage. Selon ces derniers, les répercussions de leur environnement social et familial provoquant des difficultés d’apprentissage, le niveau académique de la majorité des écoliers de la ZEP nécessite une prise en charge spécifique. "Nous souhaiterons une pédagogie propre aux enfants de la ZEP. Nous ne pourrons pas atteindre plus de 40% de réussite au CPE dans le délai qui nous a été imposé par le ministère de l’Education. La majorité des enfants en upper primary des écoles de la ZEP n’ont toujours pas acquis la capacité d’écrire et de compter, puisque dès leur entrée en première ils ont grimpé de classe sans être en mesure de lire", explique un jeune enseignant. "D’où l’importance de mettre en place des remedial classes avec des enseignants spécialisés. Nous ne sommes pas formés pour travailler avec des enfants ayant ce genre de problème dans des classes de mixed abilities d’autant qu’il y a aussi des élèves brillants en ZEP", explique un autre enseignant d’une école de Roche-Bois. Qui plus est, le problème d’apprentissage se pose davantage quand une partie des élèves est carrément analphabète.
La situation se corse pour les enseignants du upper primary. Impossible, alors de compléter le syllabus, jugé trop "lourd" pour ces enfants, à temps ! "Je dois adapter mes explications par rapport à trois différents niveaux de compréhension : l’élève moyen, en dessous de la moyenne et extrêmement faible ! À ce jour je suis à 80% du syllabus et seul 50% arrivent à suivre le programme", confie ce dernier. Impossible aussi d’appliquer la stratégie visant à rehausser le niveau de lecture et la capacité de compter des enfants... faute de temps et de moyens. "Chaque enseignant qui a à cœur l’éducation et la réussite de ces enfants, est forcé de développer une méthode personnelle pour ne pas stagner avec le curriculum. En mathématiques, par exemple, j’ai appris aux enfants de procéder par une addition répétée pour arriver à la multiplication. En français, pour l’accord des verbes et des auxiliaires, j’ai trouvé une astuce de facilité qui consiste à ajouter la dernière lettre du pronom au verbe lorsqu’il faut l’accorder et ça marche !" explique l’enseignant de Roche-Bois. "Je ne suis qu’à un quart de mon syllabus. Je n’y peux rien, les enfants ne savent pas lire. Je dois toujours disséquer les phrases pour mes explications. Le plus drôle, c’est quand je leur demande s’ils ont compris, ils me répondent : Non Miss ! (rires)", raconte une enseignante de la quatrième. "Si la pédagogie de ces écoles n’a pas été redéfinie, pourquoi alors les avoir classées dans cette catégorie ?" se demande-t-elle.

Remarques

Le laxisme et le désintérêt de certains de la hiérarchie de l’administration des écoles freinent aussi l’élan pris par le personnel impliqué à 100% dans la réussite du programme. Dans cette institution des basses Plaines-whilems, le matériel pédagogique sort des placards selon l’humeur du maître d’école. "Il ne nous transmet jamais les points forts de ses rencontres avec le ministère dans le cadre de la ZEP ! Il sort le matériel lorsqu’il est averti que les inspecteurs passeront à l’école", déplore une enseignante. Là-bas, l’ingérence politique en matière de promotion et de décision se fait aussi sentir. "D’où une attitude désinvolte envers notre école parce qu’elle est de la ZEP", explique-t-elle. "Sinon, comment expliquer les éternelles remarques désobligeantes et décourageantes du maître d’école à l’égard des élèves, leur rappelant qu’ils sont voués à l’échec ?" ajoute l’enseignante. Les écoles de la ZEP seraient victimes de leur statut bien avant leur entrée en catégorie prioritaire. En retrait géographique, état insalubre, environnement social précaire, niveau académique peu reluisant des enfants... font que ces écoles portent encore les stigmates du passé. Et beaucoup persistent encore à prôner un regard péjoratif sur ces institutions. Malgré un vent de changement positif, les écoles de la ZEP "demeurent le débarras où les enseignants sont envoyés en cas de transfert punitif pour gross misconduct !" déplore un enseignant. "Les enseignants de la ZEP sont toujours étiquetés, nous avons peu de chance de travailler dans une star school... Malgré l’allocation que nous percevons, nous ne sommes pas nombreux à être volontaires pour travailler en ZEP. Moi je veux quitter la ZEP pour une autre école de meilleur niveau car je ne souhaite pas finir ma carrière qu’avec des enfants en difficulté d’apprentissage", concède ce dernier.

Les deux écoles primaires d’Agaléga feront enfin, concrètement, partie de la Zone d’Education Prioritaire. Si depuis toujours, le ministère de l’Education n’a pas manqué d’inclure ces deux écoles dans ses projets, il demeure que dans la pratique celles-ci pour des raisons d’éloignement géographique - restaient à l’écart de toutes nouvelles initiatives. L’Amical Maurice-Agaléga qui avait déploré cette situation a rencontré des représentants du ministère de l’Education il y a peu et il ressort que cette réunion apportera des changements dans le paysage éducatif des deux îles. Une visite conjointe dans l’archipel par le ministère de l’Education et l’Amical Maurice-Agaléga a été suggérée et sera sans doute effectuée avant la fin de l’année. D’autre part les représentants de la communauté d’Agaléens ont insisté sur la participation du secteur privé sur ce plan. Une entreprise privée déjà présente à Agaléga sera approchée.

Les parents d’élèves de l’école gouvernementale de Nicolay faisant partie de la ZEP n’auraient pas apprécié une mesure prise par des enseignants quatre jours avant le début des dernières vacances. Ces derniers auraient selon un parent, demandé aux écoliers de rester chez eux après les examens du deuxième trimestre, alors qu’aucune disposition n’avait été prise par les familles pour la surveillance des enfants. "Il y a même un enfant n’a pas voulu aller à l’école parce que son enseignant aurait menacé de punir les élèves qui seraient présents en classe", raconte-t-il. Le ministère de l’Education informé par cette mesure aurait réagit et donné un avertissement aux enseignants. Mais peu avant ce rappel à l’ordre, une réunion très animée entre les parents d’élèves, l’administration et les enseignants, a alourdi l’atmosphère à l’école. Chez les parents la consternation avait atteint son apogée quand on a osé leur dire qu’ils devraient être reconnaissants envers "des enseignants qui ont accepté de travailler dans une école de la ZEP !" Du côté des enseignants il ressort que cet incident relève "d’un message mal reçu." Plusieurs d’entre eux auraient demandé à leurs élèves de "rester à la maison uniquement s’ils seraient sous la surveillance d’un adulte. Au cas contraire ils devraient retourner à l’école jusqu’aux vacances »

Ce qu’il reste à faire...

Pour le ZEP Coordinator, Eshan Abdool Raman, du ministère, La ZEP a franchi le premier cap de son projet qui consistait à jeter les premières bases pour l’implémentation et la réussite du concept. Ce qui veut dire, constituer les différents partenariats dès les premiers six mois suivant le lancement de la ZEP, y compris la formation des maîtres d’école par des spécialistes de la Brighton University et de la Craft Academy, pour ce qui est du développement créatif des enfants. Récemment les écoles ont été constituées en clusters, une équipe pédagogique travaille actuellement sur un nouveau programme adapté aux enfants de la ZEP, une vingtaine d’enseignants de matières générales a été formée pour travailler dans des remedial classes, l’identification des enfants ayant des difficultés d’apprentissage a été faite, et ces derniers seront canalisés vers des Learning Support Groups selon le ZEP Coordinator, pour renforcer le concept. D’autre part, Eshan Abdool Raman rappelle que la participation du secteur privé est plus que jamais un atout, surtout pour leur savoir-faire en gestion. Dans deux ans, le ministère de l’Education devra procéder à une première grande évaluation du projet.

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