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Pourquoi considérer le décrochage scolaire comme un problème ? (le sociologue Pierre-Yves Bernard, dans La Vie des idées)

27 avril 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

"Le décrochage scolaire est finalement l’expression d’un nœud de contradictions" puisque "les structures sociales imposent une norme scolaire que nombre de jeunes peinent à satisfaire" et que l’institution éducative "fonctionne encore largement sur un principe de compétition qui les élimine".
Pierre-Yves Bernard revient, dans la revue en ligne "Idées.fr" sur la question du décrochage dont il se demande pourquoi le considérer comme un problème.

L’auteur évoque bien une solution optimiste, "la réduction progressive du problème grâce à la juxtaposition de parcours spécifiques permettant à tous de trouver une voie de réussite", mais il craint que "la politique de lutte contre le décrochage scolaire aboutisse à déplacer la question du décrochage vers l’enseignement supérieur" alors que, "tous baccalauréats confondus, 20 % des étudiants quittent leur formation supérieure sans diplôme".

Les sorties sans aucun diplôme ne sont pas un problème dans les années 70
Il rappelle que si on définit le décrochage "comme l’inachèvement d’une scolarité secondaire complète", le problème était bien plus important en 1980, quand "39 % des jeunes sortaient de l’école sans diplôme ou avec le seul brevet". Dans les années 1970, "la question des sorties précoces du système éducatif a fait l’objet en France d’un traitement particulier", mais "en dehors de l’institution scolaire".

En 1981, B. Schwartz remet au Premier ministre Pierre Mauroy un rapport dont il ressort que "le traitement de la question des jeunes non qualifiés ne relève pas de l’institution scolaire".

"Avec le sommet de Lisbonne en mars 2000, les membres de l’Union européenne fixent un ensemble d’objectifs en matière d’éducation et de formation, dont celui de réduire les sorties précoces du système éducatif (...) Il ne s’agit plus simplement de réparer ou de compenser (...) mais d’intervenir sur les conditions du décrochage", y compris du fait des modes de fonctionnement de l’Ecole.

S’y ajoute "la question sécuritaire" puisque "les ruptures de scolarité sont vues comme un ferment d’insécurité urbaine" tandis que le Haut commissariat à la jeunesse et Martin Hirsch favorisent le lancement d’un certain nombre d’expérimentations : "dans les appels à projet, l’expression ’décrochage scolaire’ est dorénavant explicite et se substitue à celle des ’jeunes non qualifiés’."

Cette mise à l’agenda politique "traverse l’alternance politique de 2012" et quantité de mesures sont prises, mais "au delà de la profusion des sigles assez caractéristique des politiques publiques françaises, ces actions portent sur un espace relativement délimité entre prévention et réparation (...) Quant à la prévention, elle reste embryonnaire" dans une institution scolaire où "l’activité d’enseignement se structure sur le principe de l’excellence". Et pourtant, "avec la montée du chômage et l’exacerbation de la concurrence entre les jeunes pour accéder à l’emploi", "les sorties sans diplôme prédisent de plus en plus un risque de chômage très élevé" et le décrochage scolaire "devient un problème".

Le coeur du système : le second degré et sa structuration disciplinaire

Pierre-Yves Bernard introduit à ce moment de sa démonstration une rupture logique. Au lien de "considérer l’institution scolaire comme un système (...) cohérent", il la voit "comme un ensemble de formes plus ou moins articulées entre elles, et reposant sur des principes parfois contradictoires". Elle "se transforme par ajouts de formes" mais "le cœur du système reste finalement inchangé : un second degré fortement structuré par des enseignements disciplinaires spécialisés et hiérarchisés (...) relativement stable et (résistant) aux changements comme le montrent les discussions actuelles sur la réforme du collège".

Dès lors, le décrochage scolaire n’est pas le révélateur d’un dysfonctionnement mais de son fonctionnement, même si l’enseignement professionnel joue un rôle très positif.

L’article de Pierre-Yves Bernard

Extrait de touteduc.fr du Le décrochage, pour quoi faire ? (P-Y Bernard)

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