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"Lutter contre l’illettrisme. Un impératif économique et social" (note d’analyse et communiqué de presse de France Stratégie)

3 septembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Lutter contre l’illettrisme : enjeu social et économique
Note d’analyse

ÉDUCATION - À l’horizon de dix ans, la France sera plus et mieux formée. Cette tendance positive, liée au renouvellement générationnel et à l’allongement de la scolarisation, dissimule pour autant une réalité plus complexe : en 2011, sur le territoire métropolitain, 2,5 millions d’adultes âgés entre 18 et 65 ans ayant été scolarisés en France sont en situation d’illettrisme, soit 7 % de la population ; en 2014, lors des Journées Défense et Citoyenneté, 31 000 jeunes avaient des difficultés graves à l’écrit assimilables à de l’illettrisme.

Au-delà de ce "noyau dur" d’individus en grandes difficultés, on trouve un halo d’adultes ayant un niveau faible dans la maîtrise des compétences de base : selon une récente enquête de l’OCDE sur les compétences des adultes, 22 % des adultes français ont un faible niveau dans le domaine de l’écrit et 28 % dans le domaine des chiffres. De manière générale, le niveau moyen des adultes français en lecture et en calcul est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Seuls les adultes espagnols et italiens font moins bien. La part des adultes dotés d’un niveau faible en lecture est en France quatre fois plus élevée qu’au Japon et deux fois plus qu’en Finlande.

Ce constat sévère est préoccupant. Enjeu d’égalité et de cohésion sociale, la maîtrise des compétences de base est aussi un enjeu économique national. Au-delà d’accroître l’accès au marché du travail, la maîtrise de ces compétences favorise aussi la santé et l’engagement citoyen. Et à l’heure du numérique, elle est un levier crucial de développement économique. Pour chacun d’entre nous, c’est une condition essentielle de l’autonomie dans la vie quotidienne. Ces situations d’illettrisme induisent en effet des risques importants de précarité et d’enfermement socio-professionnel et peuvent brider la mobilité professionnelle et sociale des individus.

La lutte contre l’illettrisme doit ainsi être une priorité. Nombre d’acteurs, dans le monde de l’éducation et du travail, en ont pris conscience et mènent quotidiennement des actions particulièrement diverses (sensibilisation, familiarisation précoce à la lecture, actions éducatives familiales, formations spécifiques, etc.), en coordination avec l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). À côté de ces efforts, un objectif ambitieux doit être affiché par les pouvoirs publics. France Stratégie propose de viser une division par deux de la proportion de personnes en situation d’illettrisme d’ici à 2025. Malgré le recul de l’illettrisme - 9 % de la population en 2004 contre 7 % en 2011 -, une action volontariste est nécessaire. Cela passe par l’affirmation d’un droit pour chaque individu à un socle minimum de compétences de base et par la mise en place de dotations spécifiques pour les personnes concernées.

Concrètement, atteindre cet objectif implique de former 740 000 adultes en dix ans, avec une priorité pour les adultes de plus de 45 ans, qui représentent plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme. L’action devra aussi porter sur les 31 000 jeunes en très grandes difficultés, identifiés lors de la Journée Défense et Citoyenneté. On estime qu’il faudrait alors consacrer environ 50 millions d’euros supplémentaires chaque année à la lutte contre l’illettrisme, soit un tiers de plus que les financements actuellement disponibles.

Mais, au-delà, l’atteinte de cet objectif dépend de la mobilisation des acteurs pour prévenir et déceler les situations d’illettrisme. C’est probablement là que réside la principale difficulté. Parfois stigmatisées et souvent éloignées des dispositifs d’action publique, les personnes concernées peuvent cacher leurs difficultés. Aussi, en plus des politiques menées dans le cadre scolaire (nouveau socle commun, refondation de l’éducation prioritaire, etc.), la mobilisation des acteurs de l’entreprise - managers, partenaires sociaux, branches professionnelles - et du monde associatif reste une condition de la réussite d’un tel projet.

Extrait destratégie.com du 30.08.15 : Note d’analyse

 

Communiqué de presse

France Stratégie préconise la mise en place d’une politique volontariste afin de diviser par deux la proportion des adultes en situation d’illettrisme à l’horizon de dix ans, soit de ramener le taux de 7 % à 3,5 % de la population.

En 2011, 2,5 millions d’individus entre 18 et 65 ans en France métropolitaine et ayant été scolarisés en France sont en situation d’illettrisme. Le niveau moyen des adultes en lecture et en calcul est même parmi les plus faibles des pays de l’OCDE : 22 % des adultes âgés de 16 à 65 ans ont un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit et 28 % dans le domaine des chiffres, selon l’enquête PIAAC de l’OCDE, publiée en 2013.

Ces mauvais résultats peuvent s’expliquer.

Si les jeunes générations sont de mieux en mieux formés, une personne en situation d’illettrisme sur deux a plus de 45 ans.
Au-delà de ce « stock » d’adultes, chaque année 31 000 jeunes sont identifiés comme ayant des difficultés graves dans la maitrise des compétences de base, lors des Journées Défense et Citoyenneté.
La formation professionnelle continue, qui a un fort impact sur l’entretien des compétences et l’acquisition de nouvelles, ne s’adresse pas à tout le monde. Les inégalités d’accès sont importantes. En 2012, par exemple, 68 % des cadres y ont eu recourt contre seulement 37 % des ouvriers. Le niveau de diplôme, l’âge, l’origine sociale, le statut sur le marché du travail, le secteur d’activité constitue des facteurs discriminants.

Pourtant, la maitrise des compétences de base est un enjeu social essentiel.
Les individus possédant un faible niveau en lecture ont davantage de risques d’être en mauvaise santé. L’engagement dans le cadre public et collectif (associations, bénévolat) est aussi plus fort pour les individus qui maitrisent les compétences de base.

D’un point de vue économique, plus la part des adultes possédant les compétences de base est élevée dans un pays donné, plus le revenu par habitant est important. De plus, les individus qui ont un fort degré de maitrise des compétences de base ont davantage de chance d’être en emploi et d’obtenir une rémunération élevée. Enfin, la maitrise des compétences de base est nécessaire face à processus de la polarisation des qualifications observé dans nos économies avancées : les individus qui les maitrisent s’adaptent plus facilement aux nouvelles compétences requises.

France Stratégie propose de travailler pour diviser par deux la proportion des adultes en situation d’illettrisme à l’horizon de dix ans, soit de remmener le taux de 7 % à 3,5 % de la population.
Dans un contexte de faible accès à la formation, de l’allongement de la vie professionnelle et d’intensification des changements technologiques, il est nécessaire de cibler les séniors tout autant que les jeunes. 50 millions d’euros supplémentaires, soit un budget total de 210 millions d’euros, seraient nécessaire pour remplir cet objectif. Concrètement, des dotations spécifiques destinées à l’acquisition de ces compétences génériques doivent être proposées, notamment dans le cadre du compte personnel de formation.

La réalisation de cet objectif ne se fera que par la mobilisation de l’ensemble des acteurs afin d’identifier et d’accompagner les personnes en situation d’illettrisme.

Chez les jeunes, la Journée Défense et Citoyenneté est importante : elle permet de mesurer le niveau d’illettrisme chez les jeunes et d’orienter les individus. Elle devra également permettre de proposer aux jeunes détectés un accompagnement spécifique.
Concernant les adultes, l’ensemble des parties prenantes doivent s’impliquer dans le processus de détection : managers, partenaires sociaux, branches professionnelles… Par ailleurs, des actions spécifiques, par secteurs, doivent être mises en place afin de renforcer le recours à la formation. Le BTP ou l’agriculture devraient être des secteurs prioritairement ciblés.

La réflexion autour de la mise en place du compte personnel d’activité devra intégrer cette dimension : il s’agit d’inciter les individus à mobiliser leur droit à la formation pour lutter contre leur situation d’illettrisme.

Lire le communiqué de presse

France Stratégie est un organisme de réflexion, d’expertise et de concertation placé auprès du Premier ministre.
Ses publications sont disponibles sur strategie.gouv.fr

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