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28/12/05 - Yves Durand, député PS : Trop de ZEP tue l’idée des ZEP

28 décembre 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site «  Réformer », le 27.12.05 : Les Zones d’Education Prioritaire pour l’égalité des chances.

Le Premier Ministre a décrété que l’année 2006 serait celle de l’égalité des chances... comme si le combat pour l’égalité des chances pouvait se cantonner dans l’action d’une seule année.

Cependant, son discours sur les ZEP montre qu’il n’en est rien.

Il y a d’abord la cacophonie gouvernementale, entre un Premier Ministre se réclamant de l’éducation prioritaire et son numéro 2 qui en demande « le dépôt de bilan ». Il y a ensuite un budget de l’enseignement scolaire, discuté « clandestinement » à l’Assemblée Nationale, qui retire à l’éducation tous les moyens qui permettraient d’encadrer mieux les élèves les plus en difficulté.

Mais surtout, les mesures annoncées Jeudi 1er Décembre par Dominique DE VILLEPIN ouvrent les vannes à la responsabilité individuelle comme seule réponse à des problèmes qui sont pourtant collectifs. Il en va ainsi de cette vieille idée de la droite qui consiste à supprimer les allocations familiales aux parents d’enfants absents à l’école, sanctionnant ainsi toute une famille en difficulté parce que l’un des enfants pose des problèmes, ce qui d’ailleurs sanctionne du même coup ceux qui n’en posent pas ! C’est aussi l’état d’esprit de la loi Fillon sur l’école qui fait porter la responsabilité de l’échec scolaire sur l’élève et sur sa famille. Derrière ces mesures que le gouvernement veut faire passer pour du « bon sens », se cache l’un des piliers de la pensée ultra conservatrice qui prétend que chacun peut réussir s’il en a la volonté et le mérite.

Pour la droite, l’échec scolaire ne résulte pas d’une accumulation de difficultés économiques, sociales, familiales, mais constitue une faute dont sont responsables l’élève et sa famille.

En plaçant la responsabilité individuelle au cœur de son action, la droite cherche à nier l’accroissement des inégalités sociales et territoriales et leur importance pour le futur de chacun. La discrimination positive qui nous est vantée par Nicolas Sarkozy, puis par le Premier Ministre depuis quelque temps répond à cette logique. Même si on ne peut que se féliciter que quelques jeunes des ZEP puissent accéder à Sciences Po ou aux Universités, ces réponses strictement individuelles ne règlent pas le problème de fond, celui de la création des inégalités dès l’école élémentaire, qui frappent des jeunes des mêmes catégories sociales, souvent relégués dans les mêmes territoires.

C’est bien pourquoi la gauche doit faire de l’égalité réelle son combat prioritaire.

Nous ne construirons pas l’égalité réelle si nous nous contentons d’apporter des remèdes aux inégalités existantes, mais en nous donnant les moyens de les combattre là où elles se créent ; et donc, dès le plus jeune âge, à l’école, et par l’école.

Or il faut bien reconnaître que l’école, malgré l’implication personnelle des enseignants, n’a pas réussi à effacer les inégalités sociales : le fils d’ouvrier reste encore majoritairement à la porte de l’enseignement supérieur et quand il y entre, il subit plus que d’autres l’échec dès les deux premières années.

Les Zones d’Education Prioritaire ont été créées par la gauche pour contribuer à construire cette égalité réelle.
Or, cette politique, après plus de 20 ans, s’est affadie, notamment par une banalisation excessive. L’extension des ZEP à des territoires trop nombreux a dilué l’effort nécessaire pour ceux qui en ont réellement besoin. Trop de ZEP tue l’idée des ZEP.

Il est temps de retrouver le souffle que les ZEP avaient à l’origine en redéfinissant les conditions de leur réussite :

1ère condition : les ZEP ne sont pas des ghettos où l’exigence scolaire serait moins forte qu’ailleurs. Il ne s’agit pas tant de permettre à quelques élèves de ZEP de fréquenter des lycées d’excellence et d’accéder aux classes préparatoires, mais d’apporter l’excellence dans les ZEP. Pour cela, non seulement il faut donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, mais surtout, il faut donner autrement. Ne pas dépasser 15 élèves par classe est une nécessité ; ça ne suffira pas si on applique à ces 15 élèves les mêmes méthodes pédagogiques qu’aux enfants dont le milieu familial est propice à la culture. Pour cela, il faut des enseignants non seulement formés, mais surtout des militants volontaires.

2ème condition : reconnaître enfin qu’il n’existe pas de bonnes et de mauvaises filières. La culture technologique et professionnelle doit être ouverte à tous les élèves et non pas uniquement à ceux qui ne réussissent pas dans l’enseignement académique trop souvent considéré comme seule voie de la réussite. Pourquoi ne pas demander à des professeurs de lycées professionnels de venir enseigner en collège ? La diversification de voies de réussite doit aller de pair avec l’égalité des chances.

3ème condition : la mobilisation de tous les acteurs publics autour de l’éducation. Là où, malgré les efforts de l’école, l’institution scolaire n’est plus en mesure d’assurer sa mission à elle toute seule, il faut créer un partenariat fort entre les équipes éducatives, les travailleurs sociaux, les élus, les psychologues, les professionnels du logement.

Cette politique prioritaire restera nécessaire tant que des ghettos urbains subsisteront. C’est dire qu’il ne peut pas y avoir de politique éducative permettant la réussite pour tous sans une politique de la ville volontariste.
4ème condition : L’Education Prioritaire, pour être véritablement prioritaire, doit être exceptionnelle : dans le temps et dans l’espace.

- dans le temps, parce que le premier objectif d’une ZEP est d’en sortir ; ce qui demande un travail d’auto-évaluation rigoureux par les enseignants eux-mêmes.

- dans l’espace, parce que l’effort d’éducation est vain s’il n’est pas accompagné d’une reconquête de la ville et des territoires.

Les ZEP ne peuvent pas être la réponse à la demande d’égalité des chances que l’Etat doit apporter à chaque Français : elles sont l’appui exceptionnel que la République doit consentir à des territoires d’où elle a disparu.

Les ZEP ne peuvent donc pas se substituer au traitement inégalitaire qui doit tenir compte des inégalités sociales et culturelles, et ce sur l’ensemble du territoire national.

Pour cela, c’est une nouvelle gestion des moyens de l’Education Nationale qu’il faut mettre en place, plus proches des réalités sociales de chaque territoire, à partir d’un dialogue constructif entre les rectorats et les établissements qui devraient bâtir leurs projets pédagogiques en réseau.

C’est par l’action conjuguée d’une gestion inégalitaire des moyens sur l’ensemble du territoire et d’une politique d’éducation prioritaire massive, parce que ciblée sur les seuls territoires qui en ont besoin, que l’école retrouvera sa mission républicaine : donner à chaque enfant les mêmes chances de réussite, quelle que soit son origine, sociale, ethnique, culturelle ou territoriale.
Alors, la conquête d’une réelle égalité des chances aura rendu la discrimination, même positive, inutile.

Yves Durand, député du Nord.

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