> INEGALITES SCOLAIRES, MIXITE SOCIALE, PAUVRETE, ETHNICITE, OUVERTURE (...) > Inégalités scolaires (Types de document) > Inégalités scolaires (Etudes) > "Société française et passions scolaires. L’égalité des chances en question", (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

"Société française et passions scolaires. L’égalité des chances en question", par Aziz Jellab, Presses universitaires du Midi. Extraits de l’entretien avec le Café

23 janvier 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Aziz Jellab, Société française et passions scolaires. L’égalité des chances en question. Presses universitaires du Midi. ISBN 978-2-8107-0465-1

Au milieu de la vague des pamphlets et des ouvrages incendiaires ou assassins sur l’Ecole, des navires de la pensée peuvent-ils encore tracer leur route ? C’est ce qu’essaie de faire le livre d’Aziz Jellab, "Société française et passions scolaires". L’ouvrage montre comment l’Ecole entretient des relations complexes avec le pays, son histoire, ses valeurs, ses idéaux, ses doutes et aussi ses contradictions. L’auteur, inspecteur général et chercheur à l’Université de Lille 3, interroge nos résistances face à la démocratisation de l’éducation. Nos résistances ne sont pas que celles de la société française. C’est d’abord aux enseignants et aux acteurs de l’Ecole qu’il s’adresse. Pour démocratiser l’Ecole il faut incarner la démocratisation dans les pratiques pédagogiques. Un sacré défi...

[...] Ces discours vont très loin, parfois jusque dans la folie. On n’assiste pas à un règlement de compte collectif avec l’Ecole ?
Il y a une critique radicale de l’Ecole portée par des catégories de personnes qui n’ont pas intérêt à ce que l’Ecole change et se démocratise. Pour eux elle est perçue comme une institution subversive qui attaque les intérêts des dominants. Certaines résistances aux réformes tiennent à ce que certains n’ont pas intérêt à la démocratisation.

Mais d’une certaine façon, la thèse de la reproduction sociale peut elle aussi rejoindre une forme de conservatisme. Car dans cette optique tout progrès peut paraitre illusoire. Par exemple, il y a davantage d’enfants d’ouvriers qui accèdent à l’université mais c’est au moment où les élites se recrutent dans les grandes écoles. On assiste à une complicité objective entre ceux qui n’ont pas intérêt à ce que ça change et les adeptes d’une théorie de la reproduction très déterministes.

Qui veut vraiment d’une Ecole qui se démocratise ?
Beaucoup de mouvements militants, des chercheurs qui sont portés par l’idée que l’Ecole doit former le futur citoyen . Ce discours défendu par une partie des intellectuels et de l’institution apparait en décalage avec la société qui devient plus individualiste et qui ne voit pas la démocratisation de l’Ecole comme une réalité pour nourrir le vivre ensemble.

Il y a aussi une sorte de conservatisme qu’on retrouve chez les classes moyennes ou populaires qui se disent progressistes. Par exemple on observe que le nouveau socle est plus exigeant mais on lui reproche d’être utilitariste. Ou encore quand on dit que l’enseignement en éducation prioritaire doit devenir plus explicite on entend sur le terrain des gens dire que cela peut empêcher les élèves de réfléchir. Mais si on le rend pas plus explicite on les prive de l’accès au savoir.

Ce qui apparait c’est qu’il n’y a plus les mouvements d’avant. Le débat se porte maintenant beaucoup sur les réseaux sociaux, les conférences de consensus. C’est là que se joue l’appel à la démocratisation.

[...] Pisa par exemple a la vertu de montrer que les inégalités scolaires peuvent être plus fortes que les inégalités sociales, comme c’est le cas en France. Les inégalités entre les systèmes éducatifs ne peuvent donc pas être expliquées uniquement par les inégalités sociales.

C’est une affaire de temps et de formation. On voit se développer l’idée que la démocratisation scolaire ne peut plus se jouer à travers un appel général au changement. Elle se joue aussi dans l’école et dans les établissements et les classes. C’est là qu’on doit s’emparer de la question des inégalités pour y remédier.
Propos recueillis par François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 18.01.17 : Aziz Jellab : L’Ecole, passion française L’Ecole, passion française

Répondre à cet article